Machine Vendetta - Alastair Reynolds

Tu connais mon blog, lecteur, tu sais qu’à chaque nouveau volume d’un même cycle mon envie de chroniquer décroît. Je vais donc traiter brièvement le tome conclusif de la saga Prefect Dreyfus Emergencies ; il s’intitule Machine Vendetta . Bref ne signifie pas insignifiant. Je vais donc t’apprendre, lecteur, que ce troisième ouvrage est à la hauteur des précédents, qu’il les surpasse même en ceci qu’il fait encore évoluer ses personnages tout en dénouant tous les fils de l’intrigue tissés depuis le début du cycle. Sans trop spoiler, sache que, au fil d’enquêtes sur une série de meurtres et d’attentats, on ira dans cet ouvrage jusqu’à la conclusion de la guerre d’usure entre IA surpuissantes entamée dans le tome 1 . Sache que l’ouvrage, comme son prédécesseur, peut être lu avec un œil politique. La division à l’intérieur du Glitter Band , les actions violentes qui opposent les radicaux de « communautés » présentées comme adverses, le poids des vieilles rancœurs et des péchés pas...

La fantastique famille Telemachus - Daryl Gregory - Retour de Bifrost 91


Durant les années 60, au plus fort de la Guerre froide, Teddy Telemachus rencontre la jeune Maureen McKinnon. Les deux participent à des tests universitaires cherchant à valider et comprendre les pouvoirs paranormaux. Teddy est un escroc charmeur et sans limite, virtuose de la manipulation et de la prestidigitation, Maureen, elle, est une vraie médium qui peut voir à distance. Qu'importe leur différence de fond, les deux sont recrutés par l'une de ces agences gouvernementales qui, à l’époque, essaient de militariser les prétendus pouvoirs psi. Cerise sur le gâteau, Teddy et Maureen tombent amoureux l'un de l'autre, se marient, et engendrent trois enfants, tous doués, Irene, Frankie, et Buddy.

Les cinq formeront la fantastique famille Telemachus, aussi célèbre qu'Uri Geller jusqu'à une prestation télé catastrophique, suivie, peu après, par la mort de Maureen. 21 ans plus tard, la famille n'a plus que l'ombre de sa gloire passée.

Frankie – le télékynétique – est un loser du genre de ceux qui pensent toujours que le prochain coup sera celui qui leur permettra de se refaire, Buddy – le voyant – est affligé de ce qui ressemble à une forme d'autisme, Irene – qui sait toujours quand on lui ment – vit avec son fils Matty chez Teddy, incapable qu'elle est de garder un emploi ou une relation amoureuse. Partant de là, le roman entremêle les présents compliqués des membres de la famille : Frankie doit une grosse somme au mafieux local, Buddy est engagé dans une série d'actions qu'il est le seul à comprendre, Irene tente de retrouver une vie amoureuse et professionnelle plus satisfaisante. Si ça ne suffisait pas, Matty et ses cousines ont aussi visiblement des pouvoirs, et l'agence gouvernementale des 60's se rappelle au souvenir de la famille.

Le roman est régulièrement touchant. Les angoisses d'Irene émeuvent. Le projet à très long terme de Buddy intrigue puis attriste, les graves soucis de Frankie aussi. Il y a aussi Matty, adolescent en quête de lui-même et d'histoire familiale, ou Teddy qui voudrait une relation sentimentale et aime profondément les siens mais ne sait être qu'autocentré. On sent, entre les Telemachus, un amour véritable qui a trop souvent du mal à s'exprimer. Le poids des responsabilités et des déceptions personnelles, le manque, inguérissable, de Maureen, rendent tout trop compliqué.

Et pourtant, l'amour et le soutien des uns aux autres ne se dément jamais, s'exprimant de la manière la plus éclatante dans les messages très émouvants que Maureen envoie à sa famille par-delà la mort ou dans la vie gâchée par l'inquiétude d'un Buddy trop clairvoyant qui aura passé son existence à essayer de protéger sa famille d'un risque inconnu. De grands pouvoirs ne donnent pas de grandes responsabilités, de grands pouvoirs donnent de grandes misères.
Bonus : l'histoire fonctionne comme un des tours de magie de Teddy, avec préparation, construction, et prestige à la fin.

Ceci posé, le roman est néanmoins décevant. Présenté comme très drôle, il l'est parfois mais pas souvent. Problème de texte, de traduction, de références culturelles, je l'ignore. Toujours est-il que, s'il est régulièrement touchant, il est rarement exaltant, et parfois ennuyeux. Trop rempli, trop brouillon, il passe trop souvent d'un coq à un âne, hésitant entre plusieurs histoires et plusieurs genres sans jamais choisir ce qu'il veut dire ou comment le dire. Dommage.

La fantastique famille Telemachus, Daryl Gregory

Commentaires