Hyde Street t1 - Johns - Reis

Hyde Street, une rue qui existe en tout lieu et à toute époque. Dans cette sorte de purgatoire organisé et managé par un être mystérieux nommé le Compteur atterrissent les âmes viles en attente de traitement. A Hyde Street, elles devront être damnées, définitivement tuées, ou, rarement, absoutes. Ce sont les démons qui la hantent qui se chargent de l'orientation finale. Ces derniers y ont grand intérêt ; en effet, après 10000 âmes traitées sans absolution, chaque démon – des ex-humains à l’âme noire sélectionnés par le Compteur pour être ses agents sur Hyde Street – pourra revenir sur Terre avec, en prime, ce qu’il peut souhaiter. Les démons de Hyde Street sont hauts en couleurs. On compte dans leur rang Mr X-Ray (un publicitaire des 60’s, cynique et mauvais père) , Pranky (un boy-scout des 50’s, enfant martyrisé et tueur en série) , Le Monstre Mutique (acteur de rôles de monstres chez Universal, tueur par accident en raison d’une paranoïa aiguë liée à sa carrière peu glorieuse) , ...

La fantastique famille Telemachus - Daryl Gregory - Retour de Bifrost 91


Durant les années 60, au plus fort de la Guerre froide, Teddy Telemachus rencontre la jeune Maureen McKinnon. Les deux participent à des tests universitaires cherchant à valider et comprendre les pouvoirs paranormaux. Teddy est un escroc charmeur et sans limite, virtuose de la manipulation et de la prestidigitation, Maureen, elle, est une vraie médium qui peut voir à distance. Qu'importe leur différence de fond, les deux sont recrutés par l'une de ces agences gouvernementales qui, à l’époque, essaient de militariser les prétendus pouvoirs psi. Cerise sur le gâteau, Teddy et Maureen tombent amoureux l'un de l'autre, se marient, et engendrent trois enfants, tous doués, Irene, Frankie, et Buddy.

Les cinq formeront la fantastique famille Telemachus, aussi célèbre qu'Uri Geller jusqu'à une prestation télé catastrophique, suivie, peu après, par la mort de Maureen. 21 ans plus tard, la famille n'a plus que l'ombre de sa gloire passée.

Frankie – le télékynétique – est un loser du genre de ceux qui pensent toujours que le prochain coup sera celui qui leur permettra de se refaire, Buddy – le voyant – est affligé de ce qui ressemble à une forme d'autisme, Irene – qui sait toujours quand on lui ment – vit avec son fils Matty chez Teddy, incapable qu'elle est de garder un emploi ou une relation amoureuse. Partant de là, le roman entremêle les présents compliqués des membres de la famille : Frankie doit une grosse somme au mafieux local, Buddy est engagé dans une série d'actions qu'il est le seul à comprendre, Irene tente de retrouver une vie amoureuse et professionnelle plus satisfaisante. Si ça ne suffisait pas, Matty et ses cousines ont aussi visiblement des pouvoirs, et l'agence gouvernementale des 60's se rappelle au souvenir de la famille.

Le roman est régulièrement touchant. Les angoisses d'Irene émeuvent. Le projet à très long terme de Buddy intrigue puis attriste, les graves soucis de Frankie aussi. Il y a aussi Matty, adolescent en quête de lui-même et d'histoire familiale, ou Teddy qui voudrait une relation sentimentale et aime profondément les siens mais ne sait être qu'autocentré. On sent, entre les Telemachus, un amour véritable qui a trop souvent du mal à s'exprimer. Le poids des responsabilités et des déceptions personnelles, le manque, inguérissable, de Maureen, rendent tout trop compliqué.

Et pourtant, l'amour et le soutien des uns aux autres ne se dément jamais, s'exprimant de la manière la plus éclatante dans les messages très émouvants que Maureen envoie à sa famille par-delà la mort ou dans la vie gâchée par l'inquiétude d'un Buddy trop clairvoyant qui aura passé son existence à essayer de protéger sa famille d'un risque inconnu. De grands pouvoirs ne donnent pas de grandes responsabilités, de grands pouvoirs donnent de grandes misères.
Bonus : l'histoire fonctionne comme un des tours de magie de Teddy, avec préparation, construction, et prestige à la fin.

Ceci posé, le roman est néanmoins décevant. Présenté comme très drôle, il l'est parfois mais pas souvent. Problème de texte, de traduction, de références culturelles, je l'ignore. Toujours est-il que, s'il est régulièrement touchant, il est rarement exaltant, et parfois ennuyeux. Trop rempli, trop brouillon, il passe trop souvent d'un coq à un âne, hésitant entre plusieurs histoires et plusieurs genres sans jamais choisir ce qu'il veut dire ou comment le dire. Dommage.

La fantastique famille Telemachus, Daryl Gregory

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