Beneath the Trees Where Nobody Sees - Horvath

Woodbrook est une charmante petite ville de l’Amérique rurale. Les gens y sont bienveillants. Ils s’entraident. Ils vivent et travaillent ensemble en bonne intelligence. Dessinée en images enfantines (avec même une voix off écrite sur des fragments de cahier d’écolier) , peinte en couleurs pastels, Woodbrook nous est présentée par Samantha, l’ourse qui tient le magasin de bricolage et compte parmi les piliers de la communauté.  A Woodbrook, la vie est paisible, tout le monde se connaît, on n’y ferme pas sa porte tant la délinquance y est minuscule – sache, lecteur, qu’on n’y a noté aucun meurtre depuis quarante ans. Et voilà qu’un crime atroce est commis et mis en scène lors de la parade qui célèbre les deux cent ans de la ville. C’est toute la bourgade qui est bouleversée par cet acte impensable. Beneath the Trees Where Nobody Sees est un album de Patrick Horvath, lettré par Hassan Otsmane-Elhaou. Prenant son lecteur à contre-pied, il présente un petit paradis rural qu’il plonge ...

The Undefeated - Una McCormack


"The Undefeated" est une novella SF de Una McCormack, récemment publiée chez Tor.

Monica Greatorex a 60 ans. Sa vie a été aussi pleine qu'agréable. Riche héritière devenue une journaliste puis une romancière engagée, présente sur tous les fronts, Monica a couvert l'expansion du Commonwealth humain du Centre vers la Périphérie. Elle en a dit les guerres et les malheurs, les exodes et les réfugiés, la misère et l'inégalité, les manœuvres et la domination, les ethnocides. Au luxe dans lequel elle a toujours vécu se sont ajoutés le succès et la célébrité que lui valurent un sincère et public engagement progressiste, celui d'une femme qui ne cessa jamais de dénoncer l'exploitation de la Périphérie par le Centre.

Mais Monica est vieillissante, et le Commonwealth menacé. Les jenjers arrivent dit-on, d'abord à la Périphérie ; de là, ils s'apprêtent à envahir tout l'espace humain. Nouveaux exodes, nouvelles fuites vers le Centre, nouvelles inégalités entre les happy few qui peuvent s'exiler dans de bonnes conditions et les masses de réfugiés pauvres qui s'entassent dans des camps de fortune.

Nostalgie, volonté de nager contre le courant, vague intention d'écrire quelque chose, Monica décide de retourner sur sa planète natale, Sienna, aux franges du Commonwealth, face à la vague déferlante. Sur une planète en désarroi, elle remonte, telle un saumon, jusqu'à la petite ville, en ruine, de son enfance, et y retrouve les souvenirs de la jeune fille qu'elle fut, quand son monde dut céder au Commonwealth et que s'annonçaient d'encore bien plus grands bouleversements.

Texte contemplatif, nostalgique et beau, "The Undefeated" est une interrogation sur l'inégalité ultime qu'est l'esclavage. Car si les jenjers arrivent du Grand Dehors, ils sont d'abord Dedans. Ils sont les esclaves génétiquement tweakés que s'est donnée l'humanité. Possédés par des entreprises ou de riches particuliers – Monica entre autres dont le compagnon de voyage, Gale, est un jenjer qu'elle possède – ils ne peuvent survivre longtemps qu'à l'aide des drogues fournies par leur propriétaire ; des Réplicants qu'on tiendrait en servitude grâce à une médication qui, ralentissant leur métabolisme, leur donne une espérance de vie normale. Le monde tourne grâce à eux, celui de Monica, passé et présent, plus encore.
Et ce n'est que sur Sienna, malgré tout l'engagement d'une vie, et parce qu'elle peut réinterpréter les souvenirs d'une enfance choyée et rendue facile par le service des jenjers domestiques de ses parents que Monica – Scarlett O'Hara du futur – comprend enfin le préjudice, et accepte la soif de rétribution qui l'accompagne.

Beauté de la narration, écriture irréprochable, thème, on sort touché de cette lecture admirable.

Tout n'est pas dit dans "The Undefeated" mais tout est clair. Parfois un texte parle autant par ses silences que par ses mots. Les deux sont ici à écouter sans modération.

The Undefeated, Una McCormack

PS : On notera que le couple éphémère formé par Monica et son « grand écrivain » évoque celui de Martha Gellhorn avec Ernest Hemingway – jusqu'aux initiales. On notera aussi qu'Hemingway a écrit une nouvelle intitulé The Undefeated. My two cents.

Commentaires

Chris a dit…
Juste une question : que signifie tweaké ?
Gromovar a dit…
Modifiées pour améliorations (physique et cognitives).