dimanche 31 mars 2019

La citadelle écarlate - Brunschwig - Le Roux


"La citadelle écarlate" est une adaptation one-shot de la nouvelle éponyme par le duo Brunschwig / Le Roux. Deux noms qui, associés à ceux d'Howard, fleurent bon la qualité.

Conan, qu'on ne présente plus – en tout cas pas chez moi –, est roi d'Aquilonie. Il l'est devenu de ses propres mains après avoir chassé du trône – disons plutôt occis – le piètre roi Numedides III, un sybarite fou, corrompu et sadique, qui faisait le malheur de son peuple.
Sous le règne sévère mais bienveillant du Cimmérien, pays et peuple prospèrent. Ici encore, terre et roi sont uns.

Mais voilà que Conan doit conduire une armée de 5000 hommes au secours d'un roi ami, Amalrus d'Ophir.
Il ignore encore qu'Amalrus est un traître, et que l’infâme a comploté sa perte au sein d'une coterie noire qui compte aussi Strabonus de Koth, le sorcier Tsotha-Lanti, et surtout Arpello de Pellia, un noble envieux qui se dit de sang royal aquilonien.
C'est donc 30000 hommes plus un magicien qui attendent le Cimmérien et son armée, dans un défilé qui rappelle celui de Roncevaux où Roland fut trahi. Force et honneur ne suffisent pas à donner la victoire. L'armée d'Aquilonie est anéantie, et Conan capturé puis jeté dans les cachots terrifiants de Tsotha-Lanti
Pendant ce temps, dans la capitale aquilonienne, Arpello élimine les derniers proches de Conan et prend le pouvoir.

Il faudra à Conan courage, ingéniosité, et force – sans oublier l'aide décisive du sorcier Pelias qu'il libère des geôles de Tsotha-Lanti – pour reprendre son trône, châtier les coupables, et, avec l'aide de tous, éliminer la menace qui pèse sur le peuple d'Aquilonie.

Texte captivant très joliment adapté, "La citadelle écarlate" est l'une des meilleures nouvelles de Conan.

C'est l'une des rares occurrences où Conan et un sorcier sont alliés plutôt ennemis.
C'est aussi un texte qui dit vivement la politique d'Howard, son mépris des aristocraties héréditaires, son idéal d'un pouvoir qui ne se doit qu'à lui-même. C'est une approche presque existentialiste du pouvoir que développe l'auteur texan dans ce texte.
On pourrait y voir un penchant pour l'autocratie – répréhensible en nos temps démocratiques – mais il est tempéré ici par une bienveillance du souverain qui est le sine qua non de sa légitimité. Conan se veut despote éclairé et fait sienne en actes la doctrine thomiste « Omnis potestas a Deo sed per populum ».

"You sit on satin and guzzle wine the people sweat for, and talk of divine rights of sovereignty—bah! I climbed out of the abyss of naked barbarism to the throne and in that climb I spilt my blood as freely as I spilt that of others. If either of us has the right to rule men, by Crom, it is I! How have you proved yourselves my superiors?
"I found Aquilonia in the grip of a pig like you—one who traced his genealogy for a thousand years. The land was torn with the wars of the barons, and the people cried out under oppression and taxation. Today no Aquilonian noble dares maltreat the humblest of my subjects, and the taxes of the people are lighter than anywhere else in the world."
Le Conan de Howard, en Gwynplaine apostrophant la Chambre des Lords.

Un bien beau texte, fort bien adapté – pour ça on peut toujours compter sur Brunschwig. A lire donc.

Conan, La citadelle écarlate, Brunschwig, Le Roux

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