Ithaque - Livre Premier - Laurent Mantese

Pour un non-antiquiste, L’Odyssée commence vraiment au chant IX du poème d’Homère. C’est le récit du voyage de retour d’Ulysse vers son foyer d’Ithaque auprès duquel l’attendent, depuis dix ans et son départ pour la Guerre de Troie, son trône, sa femme Pénélope et son fils Télémaque. Un voyage long et tourmenté, plein de merveilles et d’effroi, de périls et de monstres. C’est cette partie aussi que Laurent ‘old Conan’ Mantese a choisi de redire dans son roman Ithaque , dont le Livre Premier vient de sortir. L’histoire, tous la connaissent, ou au moins en ont une idée. Ulysse, le Rusé, est parti pour les rivages de Troie à la tête d’une flotte de douze vaisseaux. Joignant les troupes grecques assemblées autour d’Agamemnon, il est allé reprendre Hélène, la plus belle femme du monde, enlevée par Pâris fils de Priam, et venger l’honneur de son mari Ménélas, et par extension celui de tous les Grecs. Guerre gagnée après dix ans et pléthore de hauts faits, d’aristies et de massacres, Hélèn...

Uter Pandragon - Thomas Spok


"Uter Pandragon", le premier roman de Thomas Spok, publié aux Forges de Vulcain, est une réécriture de la légende arthurienne, ou, pour être plus précis, des temps qui précèdent la conception d'Arthur. Tant ont écrit sur la geste arthurienne, tant l'ont racontée depuis le Moyen-Âge, qu'il faudrait bien du courage pour en dresser une liste exhaustive, un courage que j'avoue ne pas posséder. Ils étaient n, depuis Spok ils sont n+1.

Dans "Uter Pandragon", il y a quelque chose du Macbeth de Shakespeare.

La prédiction d'abord, qui sait ce qui sera et ne peut le changer, médiatisée par les sinistres sorcières chez Shakespeare, par un Merlin discret et versatile (fils haï d'un démon) chez Spok.
Le surnaturel ensuite, chasse royale et faerie, présent juste à côté ou en-dessous du monde ; Mab et Aubéron intriguent et se querellent de si humaine façon, Viviane est bien plus étrange que dans le film de Boorman, Morgause observe et témoigne, sans oublier les cerfs porteurs d'insignes royaux, etc.
Le roi fou de peur enfin, Vortigern ici, incapable de dormir, incapable de régner, saisi tout entier par l'horreur sacrilège du crime qui le plaça sur le trône. Et une reine qui, si elle n'est pas ici son inspiratrice, lui est loyale jusqu'à la mort.

C'est aussi un récit de meurtre, de vengeance, de guerre, et de fureur.

Dans un monde de couronnes conquises, de serments à tenir, de suzeraineté qui (plus encore que noblesse) oblige, terre et roi sont un. Quand Vortigern défaille, quand son règne inopiné, fut-il pacifique, devient insupportable de spoliation, d'ivrognerie, et de démence, les barons bretons vont chercher les fils exilés de l'ancien roi, pour qu'au mauvais roi succède un roi thaumaturge qui soignera la terre. Deux fils donc, deux frères d'un aîné assassiné : Pandragon le sage, le réfléchi, plein de toutes ces qualités qui font les bons souverains, et Uter, fougueux, rongé par une rage inextinguible, si bouillant qu'il en devient berserker au cœur de la bataille.
Grâce à la conversion de Pandragon au christianisme, les princes obtiennent le soutien de la puissante Byzance. Ils rentrent en Bretagne à la tête d'une armée qui, progressivement, se christianise, pour y affronter les troupes mercenaires de Vortigern et s'y heurter sans le vouloir aux manigances d'une faerie qui ne cesse jamais d'interférer dans les vies humaines. A leur côté, Merlin, voyant et guide, plus trickster que vieux sage, qui les a suivi en exil et cache, depuis leur enfance commune, sa sinistre ascendance. Les frères et leurs alliés mettront un terme au règne illégitime de Vortigern et prépareront la geste d'Arthur à venir, entre ancien et nouveau monde.

"Uter Pandragon" revient sur la geste d'Arthur dans un style, quelque part entre conte et chanson médiévale, qui rappelle un peu celui de La Source au bout du monde, du même éditeur. Ce n'est pas vraiment du roman, mais ce n'est pas non plus de la chronique ; c'est entre les deux.

On y voit l'intrication entre terre humaine et monde surnaturel. On passe de l'une à l'autre. On s'y déplace par accident dans le temps ou l'espace. On peut s'y découvrir dans le vieillard qu'on deviendra, ou n'être encore qu'incomplet, écho d'un être à venir.

On y voit les vestiges de l’occupation romaine, sur une île au peuplement sans cesse renouvelé par invasions successives. Et on (re)découvre la mainmise rapide du christianisme sur des îles celtes qui auraient pu rêver une renaissance de leur culture ancestrale après la chute de l'Empire romain d'Occident.

On y voit les nécessités politiques des alliances et du gouvernement s'opposer à la brutalité indispensable pour conquérir ou conserver le pouvoir. Il faut bien deux frères pour occuper le rôle, ou un frère en deux.

On y voit la part du devoir royal qui est de se donner à voir pour exalter et entraîner – jusqu'au sacrifice si nécessaire. On y voit aussi le prix à payer pour la puissance ; l'épée qui tue blesse aussi son porteur, Excalibur rejoint en cela la Stormbringer d'Elric.

Premier roman très (peut-être un poil trop) écrit, "Uter Pandragon" est un beau texte qui prend le parti de s'arrêter avant la conception même d'Arthur. On y trouve de beaux passages, des personnages complexes pleins de fureur et de contradiction, une attention à replacer nature et faerie (tout ce qui est non-humain, car l'humain n'est qu'une partie de la création, et pas la plus pérenne) au cœur palpitant du récit, une tension qui ne se dément pas vers une conclusion qui est aussi une ouverture.
Après ce coup d'essai, on ne peut que souhaiter « Longue vie et prospérité » au Spok de Vulcain.

Uter Pandragon, Thomas Spok

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