Cauchon - Dorison - Delahaye - Parnotte

Le 23 mai 1430, après un an de campagne militaire victorieuse, Jeanne d’Arc est capturée par les Bourguignons, alliés des Anglais, lors d’une sortie hasardeuse au siège de Compiègne. Vendue aux Anglais par Jean de Luxembourg pour la somme de 10000 livres tournois, elle est conduite à Rouen afin d’y être jugée pour hérésie, entre autres chefs d’accusation dont le très scandaleux « port d’habits d’homme ». C’est l’évêque Pierre Cauchon qui a négocié cet achat pour le compte des Anglais, contre l’Inquisition qui voulait la juger elle-même. C’est Pierre Cauchon aussi qui présidera son procès, à Rouen, entre février et mai 1431 ; il s’agira, lors de ces audiences, de démontrer que l’inspiration de celle qu’on nommait « La pucelle » ne venait pas de Dieu et des saints mais bien plutôt du diable. C’est cette histoire que racontent Xavier Dorison, Louis-David Delahaye et Joël Parnotte dans l’imposant album Cauchon… ou l’homme qui tua Jeanne d’Arc . A la lecture du mag...

Le fantôme de la Mary Céleste - Valérie Martin - Retour de Bifrost 83


4 décembre 1872, au large des Açores. La Mary Céleste, un brigantin américain qui faisait la traversée de New-York à Gênes est découvert, à la dérive et vide de tout équipage, par le Dei Gratia, un navire britannique qui suivait la même route. A bord, aucune trace de violence, et même si le bâtiment est endommagé, il est encore en état de naviguer. Remorquage, spéculations, procès, le temps passa mais nul ne sut jamais ce qu’il était advenu du capitaine Benjamin Briggs, de sa femme Sarah et de leur fille Sophia, ainsi que du reste de l’équipage.

L’époque se passionna pour ce mystère, puis l’oublia. Valerie Martin y revient aujourd’hui dans un roman touchant dont le point central n’est pas la résolution de l’énigme mais bien plutôt la manière dont celle-ci a impacté la vie de beaucoup, proches ou étrangers. Il est surtout l’occasion d’une plongée dans le XIXème anglo-saxon, époque troublée entre spiritualisme, romantisme, explosion du champ littéraire, et féminisme naissant.

"Le fantôme de la Mary Céleste" est un roman difficile à décrire. Bifrost oblige, disons qu’il contient un peu de fantastique mais très peu ; cela ne l’empêche en rien d’être d’une lecture très agréable. En effet, Martin offre au lecteur un texte qui rappelle fortement les œuvres épistolaires (même si on n’y trouve que peu de lettres) du XIXème avec leur ton gothique plein de mystère, de morts tragiques, de drames familiaux, de jeunes filles énamourées ou inconsolables. La narration est chronologique mais éclatée. De 1859 à 1898, des USA à Londres, de passages narrés à fragments de journaux intimes, de télégrammes officiels à extraits de romans, l’ouvrage est une frise chronologique sur laquelle se succèdent les rédacteurs, chacun dans son style propre.

Si trois personnages se détachent, la médium Violet Petra, la journaliste Phoebe Grant, le célèbre Conan Doyle, ceux-ci sont surtout des projecteurs éclairant la réalité d’un siècle contrasté. On y croise des femmes qui, progressivement, s’affirment dans une époque qui peine à leur faire une place (de l’anonyme « Femme du capitaine » du premier récit jusqu’à Violet et Phoebe – qui paient leur émancipation d’un célibat définitif – sans oublier la suffragette Mrs Atlas). On y voit des filles amoureuses de l’idée même de mariage dans une société où ceux-ci unissent non des individus mais des lignées. On y constate la stratification sociale rigide et inégalitaire ainsi que le racisme naturaliste d’intellectuels comme Conan Doyle lui-même qui exécra l’Afrique et ses habitants. On s’y amuse de la folie spiritualiste qui saisit la bonne société (jusqu’à Conan ‘Holmes’ Doyle) alors même que le progrès scientifique avançait à grands pas.

Mais plus que tout, "Le fantôme de la Mary Céleste" est, en pointillé, l’histoire de la vie si triste de Violet, dont la haute société fit son animal domestique. Choyée mais jamais libre, hébergée puis transmise de famille en famille au gré des caprices de ses protecteurs, Violet est une figure tragique qui passe à côté de sa vie comme, chez Ishiguro, James Stevens passa à côté de la sienne.

Le fantôme de la Mary Céleste, Valérie Martin

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