84K - Claire North - Retour de Bifrost 105

Marx et Lénine l'ont affirmé, « l'Etat n'est qu'un instrument au service de la bourgeoisie », oubliant que parfois, en bon Léviathan, il empêchait aussi les religions de se foutre sur la gueule. Puis vint Thatcher qui du Léviathan coupa les appendices (éducation, santé, transport, aides sociales) qui servaient le peuple, ce que même les deux grands anciens n'avaient pas su prédire. Dans 84K , Claire North imagine une Angleterre qui serait allée tout au bout de la logique thatchérienne, une Angleterre dans laquelle privatisations, externalisations et suppressions des crédits sociaux auraient atteint des niveaux tels qu'une population plongée dans une très grande misère y entrevoit (derrière des barrières) une petite élite qui en extrait sans limite la plus-value. Jusqu'au point où même la police, la justice et la fiscalité sont passées entre les mains de la Compagnie (holding quasi métaphysique qui possède toutes « les compagnies qui possèdent des compagnie

Tokyo Ghost - Remender - KO debout


Suite (et fin?) du Tokyo Ghost de Remender et Murphy. Après l'Eden atomique du tome 1, voici qu'arrive l'Enfer atomique.

Le fiasco de la fin du premier tome semble avoir offert la totalité du pouvoir à Flak. Sur les ruines de Tokyo, celui-ci a construit une nouvelle cité ordurière de divertissement, différente de LA en ceci qu'elle sera réservée aux riches et aux beaux ; « les gens biens » en d'autres termes. Flak compte bien y être le roi du 0,01%, protégé par son ancien ennemi passé sous le contrôle du psychopathe Davey. Mais les mailleurs plans ont des failles. Dans le fief même de Flak, le fantôme de Tokyo – une ombre guerrière dotée de pouvoirs EMP – s'en prend aux opérations et au personnel du magnat, provoquant peu à peu le chaos.
Pour le fantôme, il s'agit de venger Tokyo, de sauver son amour, de tenter de remettre l'humanité sur des rails plus satisfaisants. Un vaste programme, difficile à réaliser, et sûrement très coûteux à tous points de vue. Pour les fous qui tiennent les rênes, l'objectif est plus simple : conserver, voire accroître si possible, leur pouvoir.

Le contexte est toujours celui du tome 1. On assiste, atterré, à la désintégration du monde humain entre gamification, hypersexualisation, brutalisation, et primauté de la gratification immédiate au détriment de toute perspective ; une désintégration dont on peut se demander si elle n'est pas l'avenir qui nous guette.

Remender, superbement secondé par les dessins impressionnants de violence dynamique de Murphy, raconte son histoire et lance son cri d'alarme d'une façon extrêmement convaincante. Il oppose le rêve foudroyé d'amour et de pureté de Debbie au cynisme, à la folie, et à l'indifférence d'une humanité qui ne mérite guère d'égards. Il décrit l'innocence piétinée de Led. Il montre un monde si tordu qu'il empêche tout espoir crédible d'exister. Il met en scène des sacrifices que leur inéluctable nécessité ne rend pas moins atrocement douloureux.

C'est d'une dureté et d'une crudité extrême. Ca tord l'estomac. Et, en dépit d'une fin qui permet d'espérer (bien que son ambiguïté ne laisse d'inquiéter), c'est d'une noirceur terrifiante, même au sein d'un genre dystopique qui n'est en général pas gai. Oppressant, étouffant, "Tokyo Ghost" est une belle histoire d'amour, de combat, d'adversité, de malheur, de sacrifice, d’espoir (un peu). Porté par une action permanente et des personnages inoubliables, "Tokyo Ghost" est un comic à lire absolument, en sachant bien qu'on en sortira ébranlé.

Tokyo Ghost t2, Enfer atomique, Remender, Murphy, Hollingsworth

Commentaires

GeishaNellie a dit…
Ah la la, je ne sais plus. Je n'ai pas trop aimé le premier volume. Je n'accrochais pas aux dessins et j'hésitais pour !e deuxième. On m'avait pourtant dit que le deuxième est moins bon que le premier.
Gromovar a dit…
J'avais vraiment aimé le premier et le second va plus loin dans le même style. Alors à toi de voir.

Sur ce qu'on t'a dit, la fin est un peu fantastique, c'est peut-être ça que certains ont moins aimé.