Women in Chains 2026 - Thomas Day

En 2012, je chroniquai positivement le recueil Women in Chains, de Thomas Day, qui venait de sortir chez ActuSF . Voilà qu’il revient aujourd’hui au Bélial, dans une édition revue et corrigée avec couv' et illustrations intérieures d'Anouck Faure. Exit la préface, bienvenue à un amuse-gueule (qui évoque sans le dire l’affaire French Bukkake ) et à une coda. Exit aussi la nouvelle Poings de suture . Arrivée de l’inédite El Fantasma et réécriture de Tu ne laisseras point vivre , retitrée Toute la vérité sur la sorcière de l’est . Brève revue. Eros-Center , La ville féminicide et Nous sommes les violeurs restent identiques à la version originale. Trois textes forts et percutants. Deux mots donc sur ce qui bouge. Un mot bref d’abord sur Toute la vérité sur la sorcière de l’est . Réécrite, cette histoire de femme affligée d’une malédiction qui lui fait voir la grande mort dans la petite est devenue plus efficace, plus cohérente que dans sa version précédente. Un mot plus long en...

On a red station, drifting - Aliette de Bodard - Mouaip


"On a red station, drifting" est une novella SF d'Aliette de Bodard. Elle veut y « construire un empire galactique qui ne prenne pas Rome comme modèle, mais le Vietnam et la Chine, donc une culture confucéenne et bouddhiste ». Dont acte. C'est à la fois son accomplissement et, à mon avis, son problème.

Fuyant l'invasion de sa planète (la 23ème de l'Empire) par des seigneurs rebelles, la magistrate Linh arrive comme réfugiée sur la station Prosper. Elle y est recueillie par la famille fondatrice dont elle est un membre éloigné. Ses jours d'exil sur place se passeront mal, entre devoirs familiaux, culpabilité, inquiétude politique, et impératif de ne pas perdre la face.

Voulant apporter l'Asie dans l'espace, de Bodard fait un travail de copiste plutôt convaincant. C'est sur une Asie (et singulièrement une Chine) médiévale qu'elle extrapole pour créer son empire spatiopérégrin.

Loin du fonctionnalisme froid de la SF occidentale, de Bodard décrit une station où peinture, calligraphie, et poésie font partie du quotidien autant qu'ils sont moteurs du récit, sans oublier d'y mettre des vaisseaux finement ornementés.

Elle raconte un monde bouddhiste dans lequel le culte des ancêtres et le respect qui leur est dû va jusqu'à la création d'implants mémoriels grâce auxquels on peut transporter des constructs émulant ses ancêtres avec soi. Elle décrit une station dont l'IA centrale est « l'Honorée Ancêtre », une simulation plutôt convaincante de la fondatrice de la famille.

Elle installe ses personnages dans un empire qui rappelle furieusement l'empire chinois, avec ses magistrats - mi juges, mi préfets - qui sont « le père et la mère du peuple », ses seigneurs rebelles aux Marches de l'empire, sa cour impériale aveugle et autocentrée, ses crimes de lèse-majesté qui peuvent provoquer la destruction d'une famille entière. On y retrouve même ces fameux examens impériaux qui servaient de base au cursus honorum chinois et s’appuyaient largement sur la connaissance des classiques, confucéens notamment.

Décrivant un monde dans lequel la hiérarchie - stricte - est autant sociale que familiale, elle développe ces deux traits majeurs de la culture asiatique que sont le devoir filial et l’impossibilité de perdre la face. Ces deux traits nourriront l'opposition vive et finalement désastreuse entre Linh et celle qui l'a recueillie, Quyen, qui lui est inférieure en tous points mais administre la station.

Deux options :
On peut apprécier le projet et se réjouir de lire enfin une SF non occidentale, voire trouver agréable de pénétrer dans une psyché différente.

On peut aussi penser que l'exercice est très artificiel. Connaissant un peu les structures chinoises médiévales, j'ai trouvé cette transposition pure et simple dérangeante. J'ai cru lire par moments un de ces Juge Ti dont j'ai dévoré tous les volumes - jusqu'au fidèle sergent du tribunal ou ce personnage nommé Bao, comme un autre juge historique célèbre. Et je ne parle pas de la tentative de suicide dans la cuve de nuoc-mâm !

C'est la Chine ancienne, pour les structures, et l'Asie, pour la culture, qui est envoyée dans l'espace, sans la moindre transformation sociale ou culturelle. Difficile à croire. Difficile à aborder autrement que comme un amusant exercice de style.

On a red station, drifting, Aliette de Bodard

Commentaires

Xapur a dit…
Arf, dommage.