Green City Wars - Adrian Tchaikovsky

Futur peut-être pas si lointain. Le désastre environnemental en cours a continué. En réaction, des firmes construisirent quelques Cités Vertes (Green Cities) , à savoir de grandes villes autonomes, environnementalement neutres, autosuffisantes en énergie et en nourriture (grâce à leurs fermes extérieures liées) . Neuwien est l’une de celles-ci, et c’est dans ses murs que se déroule l’action de Green City Wars . Pour comprendre le monde imaginé par Adrian Tchaikovsky, il faut savoir que les Villes vertes (et singulièrement Neuwien) ne sont pas juste des cités écoresponsables. Elles sont aussi des lieux d’où a été rendu invisible tout le travail de service qui permet à une ville de fonctionner et à ses habitants de vivre une vie agréable consacrée à des activités à forte valeur ajoutée. Une ville sans prolétariat donc, peuplée seulement de CSP+ vaquant à leurs occupations intellectuelles. Problème : ce prolétariat que les CSP+ ne veulent pas voir (comme en Grande-Bretagne au XIXe siècle...

Pline - Yamazaki - In urbs


Du Pline de Yamazaki et Miki, tout est là.

En deux tomes de 200 pages chacun (suite à venir), les deux mangakas proposent une vie rêvée de Pline - car on ne sait pas grand chose de sa vie réelle. Nonobstant, ils mettent en scène l'auteur de la monumentale Histoire Naturelle ou des Guerres de Germanie, entre autres, en le montrant mû par une curiosité insatiable qui seule peut expliquer le caractère pléthorique de sa production intellectuelle ainsi que sa volonté encyclopédique.

Ce Pline invite le lecteur à rencontrer un personnage étonnant, passionné jusqu'à l'obsession de connaissance. Se fondant sur les écrits de Pline, les auteurs montrent un homme qui passe sa vie à observer, à noter, et à élaborer des hypothèses à partir de ses constatations. Disposant de moyens d'observation frustes et de données trop parcellaires pour être vraiment fiables, Pline se trompe souvent, mais c'est toujours dans le cadre d'une utilisation raisonnable des éléments disponibles. Influencé par Sénèque, il condamne le luxe et la corruption morale (ici, on le voit choisir de vivre dans le Trastevere, très loin du luxe de Rome).

Traversant l'Italie, fréquentant le palais de Néron, vivant dans le Trastevere, ce Pline est pour les auteurs l’occasion de faire visiter une Rome antique bien éloignée de celle des péplums et proche de celle de la série Rome et de faire partager les réflexions du maître (loin d'être stupides) sur les éruptions volcaniques, les tremblements de terre, la foudre, ou l'univers.

Et puis il y a Rome, à laquelle est consacrée le tome 2. Une cité immense, surpeuplée, violente, et dure. Une cité très avancée aussi, où les ingénieurs créent la modernité. Une cité cosmopolite enfin où s'installent des hommes du monde entier.
On y voit les lupanars, les gangs, les mendiants, mais aussi le petit monde simple des citoyens, entassés dans des insulae trop peu nombreuses et soumises au risque du feu.
On comprend l'importance des lignées, de la gens à laquelle on appartient dans une société qui s'est pourtant longtemps vue comme une république.
On voit avec amusement l'état des connaissances médicales d'un monde où on écrit des traités pour expliquer que l'asthme se soigne bien à l'aide de millepattes ou de crottin de lièvre.
On fréquente aussi le sommet de l'Etat, où règne un Néron matricide, puéril, inconstant, qui évolue lentement, et sous l'influence de Poppée, vers une forme de folie paranoïaque. Un roi fainéant qui ne veut pas gouverner. Un empereur en manque de Sénèque, qui l'a formé puis abandonné et qu'il forcera au suicide.
On voit Haut et Bas - parce qu'il faut bien un peu de drame - se mélanger dans les rues enténébrées de Rome.


Si le tome 1 met un peu de temps à engager le lecteur, la familiarité avec les personnages monte de manière satisfaisante, et l'introduction de la politique romaine finit d'emporter l'adhésion. Avec ce personnage exigeant qui place la curiosité scientifique (et la gastronomie !) au dessus de tout, Yamazaki et Miki délivrent un message de raison bien utile en nos temps de retour des superstitions et de post-vérité. Ils entrainent pour cela le lecteur dans la réalité romaine et c'est un plaisir, d'autant que - ils le disent eux-mêmes – n'étant pas de culture judéo-chrétienne ils en ont une vision sans doute plus dépassionnée que celle qui est d'habitude véhiculée.


Les dessins, réalistes et d'une grande précision, sont superbes. Les détails y abondent, des nombreuses objets manufacturés aux rues et bâtiments en passant par les animaux ou les enseignes écrites en grec. Manquent juste d'énormes plans à la Murena. Ca viendra peut-être dans le tome 3.

Pline 1 et 2, Yamazaki, Miki

Commentaires