Sandman Nightmare Country 1 - Tynion IV - Estherren

BLOG EN MODE DÉGRADÉ ON REFERA MIEUX QUAND ON POURRA MIEUX. JUSQUE LÀ, LECTEUR, POUR ENCORE QUELQUES MOMENTS, IL TE FAUDRA ACCEPTER DE ME FAIRE CONFIANCE SUR JUSTE DEUX OU TROIS LIGNES. Sortie chez Urban du tome 1 du cycle Sandman Nightmare Country , traduit par l'incontournable Patrick Marcel. L'infâme Corinthien y est de retour dans le monde, à la recherche d'un autre cauchemar mortel, celui-ci non créé par Dream. Aidé de deux monstres sadiques à mi-chemin entre des Cénobites de Hellraiser et le couple Travolta/Jackson de Pulp Fiction , le mystérieux nouveau cauchemar, à l'origine inconnue, assassine tous ceux qui peuvent le repérer ; il traque ici notamment une jeune artiste qui a le malheur de le voir quand les autres ne le peuvent pas, et dont l'entourage est la tragique victime collatérale de ce don. Comme dans le brillant The Nice House on the Lake (qui sort d'ailleurs en VF chez Urban et que je conseille très vivement) , J. Tynion IV plonge le lecteur

Pline - Yamazaki - In urbs


Du Pline de Yamazaki et Miki, tout est là.

En deux tomes de 200 pages chacun (suite à venir), les deux mangakas proposent une vie rêvée de Pline - car on ne sait pas grand chose de sa vie réelle. Nonobstant, ils mettent en scène l'auteur de la monumentale Histoire Naturelle ou des Guerres de Germanie, entre autres, en le montrant mû par une curiosité insatiable qui seule peut expliquer le caractère pléthorique de sa production intellectuelle ainsi que sa volonté encyclopédique.

Ce Pline invite le lecteur à rencontrer un personnage étonnant, passionné jusqu'à l'obsession de connaissance. Se fondant sur les écrits de Pline, les auteurs montrent un homme qui passe sa vie à observer, à noter, et à élaborer des hypothèses à partir de ses constatations. Disposant de moyens d'observation frustes et de données trop parcellaires pour être vraiment fiables, Pline se trompe souvent, mais c'est toujours dans le cadre d'une utilisation raisonnable des éléments disponibles. Influencé par Sénèque, il condamne le luxe et la corruption morale (ici, on le voit choisir de vivre dans le Trastevere, très loin du luxe de Rome).

Traversant l'Italie, fréquentant le palais de Néron, vivant dans le Trastevere, ce Pline est pour les auteurs l’occasion de faire visiter une Rome antique bien éloignée de celle des péplums et proche de celle de la série Rome et de faire partager les réflexions du maître (loin d'être stupides) sur les éruptions volcaniques, les tremblements de terre, la foudre, ou l'univers.

Et puis il y a Rome, à laquelle est consacrée le tome 2. Une cité immense, surpeuplée, violente, et dure. Une cité très avancée aussi, où les ingénieurs créent la modernité. Une cité cosmopolite enfin où s'installent des hommes du monde entier.
On y voit les lupanars, les gangs, les mendiants, mais aussi le petit monde simple des citoyens, entassés dans des insulae trop peu nombreuses et soumises au risque du feu.
On comprend l'importance des lignées, de la gens à laquelle on appartient dans une société qui s'est pourtant longtemps vue comme une république.
On voit avec amusement l'état des connaissances médicales d'un monde où on écrit des traités pour expliquer que l'asthme se soigne bien à l'aide de millepattes ou de crottin de lièvre.
On fréquente aussi le sommet de l'Etat, où règne un Néron matricide, puéril, inconstant, qui évolue lentement, et sous l'influence de Poppée, vers une forme de folie paranoïaque. Un roi fainéant qui ne veut pas gouverner. Un empereur en manque de Sénèque, qui l'a formé puis abandonné et qu'il forcera au suicide.
On voit Haut et Bas - parce qu'il faut bien un peu de drame - se mélanger dans les rues enténébrées de Rome.


Si le tome 1 met un peu de temps à engager le lecteur, la familiarité avec les personnages monte de manière satisfaisante, et l'introduction de la politique romaine finit d'emporter l'adhésion. Avec ce personnage exigeant qui place la curiosité scientifique (et la gastronomie !) au dessus de tout, Yamazaki et Miki délivrent un message de raison bien utile en nos temps de retour des superstitions et de post-vérité. Ils entrainent pour cela le lecteur dans la réalité romaine et c'est un plaisir, d'autant que - ils le disent eux-mêmes – n'étant pas de culture judéo-chrétienne ils en ont une vision sans doute plus dépassionnée que celle qui est d'habitude véhiculée.


Les dessins, réalistes et d'une grande précision, sont superbes. Les détails y abondent, des nombreuses objets manufacturés aux rues et bâtiments en passant par les animaux ou les enseignes écrites en grec. Manquent juste d'énormes plans à la Murena. Ca viendra peut-être dans le tome 3.

Pline 1 et 2, Yamazaki, Miki

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