Falstaff - Boisserie - Goho - Merlet - Rouger

Henri IV, dit Henri de Bolingbroke , fut roi d’Angleterre de 1399 à 1413. Il monta sur le trône après l’éviction de Richard II, consécutive à une rébellion dont le jeune Henri avait pris la tête et qui comptait dans ses rangs une partie des plus grands seigneurs d’Angleterre. Capture du roi, interprétation créative de l’ordre de succession, Henri est couronné à Westminster en 1399. Mal arrivé sur le trône, Henri devra lutter durant tout son règne contre des rébellions successives qui rallieront même ses alliés originels. Il mourra le 20 mars 1413 après plusieurs années de troubles de santé. Son fils aîné lui succédera sous le nom d’Henri V. Ce dernier relancera la guerre de Cent Ans. De cette histoire pleine de bruit et de fureur, Shakespeare tira une pièce en deux parties, Henri IV , puis Henri V , deux pièces historiques. Il y inséra, du moins dans la première, le personnage de Falstaff (pardon, sir John Falstaff) , un protagoniste fictif d’une irrésistible truculence, un bouffon gr...

Company Town - Madeline Ashby - Troué aux mites


"Company Town" est un roman cyberpunk de Madeline Ashby, qui démarre bien avant de s’écrouler. Après une ou deux autres déconvenues du même genre, je commence à me demander si les auteurs lisent vraiment les livres qu’ils louent.

Futur. Hwa vit sur l’immense plateforme pétrolière New Arcadia, au large du Canada. Elle gagne sa vie comme garde du corps pour les « travailleuses sexuelles » du site ; un marché protégé, syndiqué, régulé. Quand la plateforme est rachetée par la puissante famille Lynch, Hwa est remarquée par un des cadres dirigeants de la société, qui l’engage pour protéger Joël, 15 ans, l’héritier désigné de la dynastie. Forte, rapide, intelligente, Hwa est surtout – hélas pour elle – 100% naturelle dans un monde où chacun porte de multiples augmentations corporelles et un génome modifié. Mais dans ce cas précis, étant impossible à hacker, Hwa est ipso facto la garde rapprochée idéale.
Hwa entre donc dans l’Olympe et sa vie s’en trouve bouleversée. Il lui faut protéger un Joël menacé de mort, mettre à jour un complot bien plus diabolique, et tenter de venger ses amies prostituées qu’un inconnu assassine.

"Company Town" commençait bien.

D’abord grâce à un style plutôt nerveux et à une écriture régulièrement elliptique qui savait suggérer du background ou modifier une ambiance en un mot ou une phrase seulement.

Ensuite, grâce à un lieu original. Le roman se déroule sur une plateforme géante, taille ville, au milieu de l’Atlantique, ce qui donne quelques belles descriptions et une multitude de coins et de recoins où comploter ou se dissimuler. Sans oublier qu'elle abrite des « trolls », lumpenprolétariat condamné aux coursives sous la station (dont Ashby ne fera rien).

Enfin – et surtout – grâce à une collection de personnages très intéressants.

Hwa travaille pour l’industrie du sexe. Sa mère, Sunny, est, je cite, « une pute ». Refaite de partout, toujours scintillante mais de plus en plus grotesque, Sunny fut membre d’un groupe de K-Pop avant de se reconvertir dans le sexe tarifé en indépendante. Pauvre, elle n’eut pas les moyens de payer les tests génétiques sérieux qui auraient détecté le syndrome de Sturge-Weber chez son bébé à naitre. Inconséquente, elle rata la fenêtre légale d’avortement. Inconsidérément optimiste, elle voulut abandonner Hwa mais en fut empêchée par l’agence d’adoption ; qui voudrait d’un bébé naturel, non édité, et porteur d’une maladie génétique grave et défigurante pour couronner le tout ? Poser la question c’est y répondre.

A 24 ans, Hwa est l’équivalent coréen d’une white trash américaine. Elle a arrêté ses études très tôt, vit dans un minuscule studio de la plateforme sans espoir de le quitter, paie ses factures grâce à ses compétences de combat, est fondamentalement pauvre, pauvre du genre qui ne mange pas souvent de viande et rêve de gagner assez pour se tirer, laisser derrière elle crasse et mauvais souvenirs. Ah oui, car, aurais-je oublié, le frère ainé de Hwa est mort il y a trois ans dans un énorme accident industriel sur la plateforme. Tae, qui aimait Hwa alors que sa mère la méprise, qui a sacrifié une carrière sportive prometteuse pour rester veiller sur sa petite sœur, qui n’hésitait jamais à la regarder vraiment là où les autres utilisent les filtres de leurs implants visuels pour éditer son visage hors du champ. Tae qui aurait pu partir mais a choisi de rester, et qui est mort – parmi cent - dans une immense explosion.

Hwa, la femme d’en-bas, la combattante amie des prostituées, la belle personne bien mal traitée par la vie, développe dans le roman deux belles relations. L’une avec son recruteur – un homme tellement modifié, augmenté, édité qu’il en est presque transhumain –, toute de respect puis d’amour, l’autre avec Joël, scion humaniste et génial, qui rappelle beaucoup celle que partagent Dunk et Egg.

Hwa, la femme d’en-bas, la combattante amie des prostituées, la belle personne bien mal traitée par la vie, est déchirée entre ses loyautés naturelles – ses amies prostituées qui la voit s’éloigner avec tristesse ou colère – et la perspective de changer de vie, d’échapper à la misère. Déchirée aussi entre ce qu’elle apprend sur Lynch Co. et son histoire propre. Elle oscillera sans cesse dans sa réponse à ces dilemmes.

Où est le loup alors ? Dans l’histoire.

Le cyberpunk et le murder mystery, plutôt classiques, avec augmentations corporelles, indices, meurtres graphiques à la Jack L’Eventreur, commencent par faire leur boulot. Puis, au fil des pages, il y a de plus en plus de fils dont l’auteur ne fait pas grand chose, de résolutions manquantes ou trop fragmentaires, d’affaires réglées en trois coups de cuillère à pot, d’ellipses qui le sont tellement qu’elles en deviennent fautives. Une narration Powerpoint.
Le tout culmine dans une révélation finale qui est un délire post-humaniste comme on n’en voit pas tous les jours.

Très décevant. A éviter.

Company Town, Madeline Ashby

Commentaires

shaya a dit…
Ah c'est dommage, un peu de cyberpunk ça ne m'aurait pas déplu pourtant ! S'il est traduit, je note de l'éviter :)
Gromovar a dit…
N'hésite pas à l'éviter.