All That We See or Seem - Ken Liu

Il y a un très grand nombre d’années, j’achetai le Neuromancien de Gibson à la FNAC sans vraiment savoir ce que c’était. Je commençai à le feuilleter dans le bus et ne pus plus le lâcher jusqu’à l’avoir fini. All That We See or Seem m’a fait à peu près le même effet. All That We See or Seem est le dernier roman de Ken Liu. All That We See or Seem est l’histoire d’Elli Krantz, une célèbre tisseuse-de-rêve – ou « oneirofex » –, qui fuit une nuit sa maison pour protéger son mari, Piers, sans savoir si sa disparition suffira à le sauver. All That We See or Seem est l’histoire de Piers Neri, un avocat un peu technophobe, un mari abandonné, fou d’amour et d’inquiétude, qui cherche l’aide d’une hackeuse asociale que son associé avait défendue dans un passé récent. All That We See or Seem est l’histoire de Julia Z, une brillante hackeuse au lourd passé, qui fait profil bas depuis de grandes déconvenues. Elle trouve Piers à sa porte et, touchée par son histoire, son impuissance e...

Le roi des rats : un Miéville premier jet

"King Rat" (Le roi des rats en VF) est le premier roman de China Miéville. C’est une œuvre d’urban fantasy située à Londres, de nos jours. Mais, bien sûr, un Londres dans les tréfonds duquel s’agitent, loin du regard des simples humains, de bien étranges créatures.

Saul Garamond est un jeune homme orphelin de mère qui vit avec un père, militant marxiste fervent, avec lequel il ne s’entend plus depuis des années. Rentrant, un soir tard, dans l’appartement qu’il partage avec son père, Saul est bien content de ne pas entendre celui-ci dans le salon. Y voyant une occasion d’esquiver une énième conversation paternelle dont il ne veut pas, Saul fonce dans sa chambre, se couche, et s’endort. Ce sont les coups frappés par la police qui le réveilleront le lendemain matin : son père est mort au pied de l’immeuble. Le pauvre homme est passé par la fenêtre à un moment indéterminé de la nuit, et Saul, endormi dans l’appartement non loin de la baie vitrée explosée, devient de facto le suspect idéal. Arrêté, il est magiquement sorti de sa cellule par un être étrange qui dit être le Roi des rats, le frère exilé de sa défunte mère, son oncle maternel donc. Saul, hybride qui s’ignorait, se retrouve alors au centre d’une vengeance dont il est l’enjeu, une vengeance qui implique Saul, ses quelques amis humains, plus l’incroyable Roi des rats, sans oublier un Roi des araignées, un Roi des oiseaux, et leur Némésis à tous le Joueur de flute de Hamelin, tout droit sorti d’un conte de Grimm.

Jamais déplaisant à lire, "King Rat" est un roman qui témoigne régulièrement du jeune âge et de l’inexpérience de son auteur au moment de son écriture.

D’une part, les personnages ne suscitent pas d’empathie chez le lecteur. Même le malheureux Saul, accusé à tort, manipulé et trahi, et qui murit progressivement au fil de l’histoire et des révélations, n’a pas les éléments de personnalité qui en feraient un personnage aimable au sens premier du terme. Le Roi des rats, à force de mystère entretenu, ne parle guère au lecteur. Et on aurait pu détester le « méchant », le Joueur de flute, mais celui-ci est trop peu construit pour être vraiment inquiétant ou haïssable.

D’autre part, le nombre de pages consacrées à des déplacements dans Londres est absolument rédhibitoire. Certains romans exaspèrent par leur excès de name-dropping, ici c’est le name-dropping de lieux qui énerve. Tout le monde passe son temps à se déplacer, dans les rues de Londres, au ras du sol de Londres, sur les toits de Londres, dans les égouts de Londres, dans le métro de Londres, avec des dizaines de noms associés. Le page count est énorme. C’est très pénible à la longue.

On pourrait dire la même chose des pages sur la Jungle et du développement même de l’histoire sur cette ligne. L’idée de moderniser la légende du Joueur de flute en lui faisant intégrer sa musique à des morceaux de jungle – avec de surcroit l’idée « brillante » de  pouvoir hypnotiser plusieurs races de créatures à la fois grâce à la « magie » du sample – devait permettre de dépoussiérer la légende et de rendre le personnage plus menaçant par l’audience potentielle énorme que lui assurent les moyens électroniques de reproduction. A l’arrivée, on a juste un mongrel qui ne fonctionne guère tant les deux mondes sont distincts, et un luxe de détails qui sent plus le fanboy que l’auteur abouti.

On ne dira rien ici de l’enquête policière en tache de fond, qui se rappelle régulièrement au souvenir du lecteur tout en ne cessant jamais d’être cosmétique, et dont visiblement Miéville ne sait pas quoi faire.

Beaucoup de défauts structurels donc pour un seul roman, et on est bien loin du Neverwhere de Gaiman. Pas de sous-monde ici, juste trois hommes-bêtes et un farfadet maléfique qui font vraiment pièces rapportées.

C’était son premier, Miéville a fait bien mieux après.

King rat, China Miéville

PS : Sur Hamelin, on pourra lire la très belle adaptation en BD.

Commentaires

Tigger Lilly a dit…
Je lirai ça à l'occasion, sans en attendre de trop.
Gromovar a dit…
Voilà. C'est comme ça qu'il faut le lire ;)
Baroona a dit…
Une bonne idée initiale et tout plein de défauts. Et comme en plus un Londres imaginaire fait forcément penser à "Neverwhere", c'est encore plus dur pour Miéville...
Anonyme a dit…
Tiberix : Bien d'accord sur le fonds et la forme. Le roman, comme tout roman d'initiation a ses bons moments. Certains passages peuvent être zapés.