Brombal - Phillips - Tout ce qui meurt et agonise

L’apocalypse zombie a eu lieu, elle a emporté presque toute l’humanité. Mais dans la petite ville américaine de Caverton, Jack Chandler, un fermier, s’est découvert immunisé ; seul de sa petite communauté, il a survécu au fléau. Seul survivant certes, mais pas solitaire. En effet, autour de Jack et avec lui, « vivent » son mari Luke, leur fille Daisy, qu’il adore, et aussi tous les habitants de la petite ville. Ces morts-vivants, par pure mémoire musculaire, rejouent chaque jour sa dernière journée, sans agressivité car, nourris par Jack, ils n’éprouvent plus le besoin de mordre ni d’attaquer. Jack, le seul qui n’est pas trépassé, est leur fermier – un religieux dirait leur berger. Il prend soin d’eux, les nourrit, veille à entretenir les cultures et le bétail grâce auxquels lui-même survit. Mais voilà qu’arrive dans la ville un groupe d’humains, pleins de violence et d’idées définitives sur les places respectives des hommes et des zombies. Tout part alors en vrille. Tout ce q...

Sandman VI : Crépuscule

Sixième et avant-dernier volume de l’Intégrale Sandman chez Urban Comics. On y trouve un seul arc, Les Bienveillantes, le plus long de la série.

Lyta Hall, superhéroïne en retraite et mère stressée de bébé Daniel, sort un soir, pour la première fois depuis longtemps, afin d’aller à un diner. Durant la soirée, un terrible pressentiment l'assaille. Elle rentre précipitamment chez elle, où elle découvre que Daniel a été enlevé par des inconnus. Rose Walker, la baby-sitter qui le gardait, n’a rien pu faire. Elle est endormie au milieu du salon, et, une fois réveillée, ne se souvient de rien. Etrange affaire ; surnaturelle peut-être. Pour Lyta en tout cas, aucun doute : le responsable est le Rêve. Et cette conviction enfle comme un bubon quand la mère éplorée reçoit une photo montrant le cadavre carbonisé de son fils.
Lyta en perd la raison. Anéantie, elle laisse sa rage l'emporter et la mettre en quête des Furies (qu’on ne doit jamais nommer ainsi, trop dangereux, mieux vaut utiliser le nom de Bienveillantes). Après maintes pérégrinations, elle finira par les trouver, et les lancera sur les traces du Rêve, pour une vengeance sacrée qui peut couter au noir Eternel son royaume et sa vie.

Avec cet arc très long aux accents de tragédie grecque, Gaiman dresse une sorte d’inventaire avant liquidation (celle-ci n’arrivera qu’après le volume VII, à paraitre). Le Rêve doit faire face à son passé, à ses rapports avec ses fils, réels ou imaginaires, aux amours et aux haines qu’il a suscité, à sa volonté, peut-être, d’en finir avec une vie trop longue. Sur ce dernier point, le Destin lui même ne semble pas au clair.

Au fil des 13 épisodes des Bienveillantes, on croisera Odin, Loki, les Furies, les Gorgones, une sorcière de retour en scène, Rose Walker en quête d’elle-même, sans oublier Lucifer et son âme damnée, des anges bien ennuyés, Nuala et la Faerie, Délire, Mort, et j’en passe.

Ce qui rend Les Bienveillantes fascinant, c’est la virtuosité narrative de Gaiman. L’histoire, très longue, part dans toutes les directions. Quête principale, quêtes annexes, guest-stars juste là pour faire un coucou, c’est un tel bordel d’histoires entrecroisées qu’on pourrait croire que c’est Délire qui s’est chargée de l’écriture. Logiquement, ça devrait donner un foutoir indigeste et obèse. Mais l’édifice ne s’écroule jamais. Mieux, il dévoile progressivement sa logique interne et son incroyable cohésion structurelle. Les parties se répondent entre elles, les passages dans le Rêve consolident la connaissance du lecteur, de nombreux fragments du passé de la série sont rappelés pour servir ici, même un spin-off, qui ne sait pas encore qu’il le deviendra, est de la partie.

Graphiquement, il y a de bien belle choses – dans le style si particulier de la série. On notera par exemple les planches du désespoir de Lyta, impressionnantes de maitrise narrative, celles aussi où une mort se résume à quelques facturettes Visa. On pourrait parler aussi de ces Furies qu’on ne voit jamais clairement face au Rêve, ou de Loki, si évidemment trickster. On pourrait continuer.

A lire donc, en attendant la fin.

Sandman L’Intégrale tome VI, Gaiman et al.

Commentaires

Vert a dit…
Félicitations pour ta chronique, moi ça fait plus d'une semaine que le livre attend à côté de mon ordi ! C'est un sacré morceau que Les Bienveillantes, comme tu dis ça devrait être complètement foutraque et c'est au contraire diablement bien organisé. Plus qu'un tome maintenant (snif !).
Lorhkan a dit…
Oh, je n'avais pas vu sa sortie... Il faut que je me jette dessus !
Gromovar a dit…
Ben oui. Alors.