Moreno - Rebelka - Et lorsque ma vengeance s'abattra sur vous

Ici et maintenant. Le père Stygian (sic!) est un exorciste officiel du Vatican, un praticien néanmoins dont les méthodes ne sont pas celles de l’officiel De Exorcismis et Supplicationibus Quibusdam . Non, le père Stygian, lui, utilise un rituel datant d’avant même la fondation de l’Église Catholique. Mais, si motivé et déterminé soit-il, le religieux est vieux, fatigué, son temps est compté. Il est donc plus qu’urgent pour lui de former un successeur. C’est du moins ce à quoi l’incite fortement la hiérarchie vaticane, car lui-même n’est guère enclin à exposer un nouveau novice aux horreurs des entités démoniaques. Nolens volens , le vieil exorciste voit donc débarquer dans son presbytère de Puerto Cristina, la ville la plus méridionale du monde, un prêtre bien plus jeune que lui, le père Barrera. En disgrâce depuis un accident mortel ayant impliqué un nourrisson, rongé par la culpabilité et en quête d’une peut-être impossible rédemption, le père Barrera devient l’apprenti de Stygian. I...

Dans la tête de Vladimir Poutine et pas celle de Malkovich

"Dans la tête de Vladimir Poutine" est un essai très instructif pour qui veut comprendre ce qui anime le leader du Kremlin et savoir ce vers quoi il tend.

Au long d’un texte documenté de 170 pages, l’auteur, l’agrégé et docteur en philosophie Michel Eltchaninoff, analyse les discours de Poutine, les met en relation avec ses actes, montre comment ils évoluent, tant au fil du temps qu’en fonction du public auquel Poutine s’adresse, quels rapports entretiennent ces discours avec des courants historiques ou plus contemporains de la pensée russe.
C’est cette mise en relation qui est passionnante et fait la richesse de l’ouvrage.

De la « verticale du pouvoir » à la « dictature de la loi »,  Eltchaninoff décrit un autocrate pseudo-libéral fidèle à l’ordre soviétique pourvu qu’il soit détaché du communisme, un chef d’Etat préoccupé par la reconstitution, éventuellement sous des formes nouvelles, d’un empire qu’il a vu s’effriter, un conservateur (réactionnaire ?) tout plein de russitude, obsédé par la morale issue de l’orthodoxie, la crainte d’une décadence des valeurs « à l’occidentale » et le souci démographique, méfiant envers un Occident perçu comme menaçant, tant par ses actes que par les valeurs qu’il véhicule, et qu’il faudra bien un jour combattre, ainsi qu’attiré par une Asie qu’il considère comme une partie essentielle de la terre russe et une zone de coopération internationale évidente.

Inspiré par quantité de philosophes qu’il utilise ad hoc en fonction de l’objectif visé (l’usage qu’il fait de Kant est éclairant), citant Pierre Le Grand en l’interprétant à sa guise, louant les écrits d’Ivan Ilyine et sa vision essentialiste et belliciste du peuple, Poutine - plein d’une culture militariste, ancien du KGB-FSB qu’il considère comme le corps d’élite qui peut soutenir la nation et l’Etat, a fortiori après qu’ils aient été débarrassés des oripeaux du marxisme-léninisme – pose la chute de l’URSS comme « la plus grande catastrophe géopolitique du XXème siècle ». Car – reprenant ici des thématiques fichtiennes - la chute a coupé des millions de  russes de sang ou de langue de la mère patrie.

Le propos, prétendument  humanitaire et compassionnel - même s’il rappelle Dantzig - finit par justifier un rêve impérial de reconstitution au moins partielle des frontières historiques, d’autant que, d’après Ilyine, certaines « tribus » sont inaptes à devenir des Etats et doivent rester sous le contrôle d’Etats voisins. L’Ukraine ou la Géorgie en savent quelque chose.
Il justifie aussi une pratique du pouvoir de plus en plus autoritaire, tendue vers cet objectif. Impérialisme donc, même si l’impérialisme de Poutine, loin d’être archaïsant, nostalgique, ou utopique, s’intègre discrètement mais pleinement à l’économie de marché car sa doctrine est économico-centriste (fondée sur la recherche de ressources nouvelles pour participer pleinement au capitalisme mondial).

La force de la démonstration impose de lire le livre. Une recension n’en rend pas l’intérêt. Si néanmoins certains voulaient s’en tenir là, je conclurai en citant presque in extenso la description de Poutine qu'en donne l'influent eurasiste Alexandre Douguine :

« Tout d’abord, Poutine, avec son éducation soviétique et son expérience du KGB, est un homo sovieticus. Dans sa vision du monde, le monde capitaliste est un ennemi. Sur cette base, il a ajouté une couche de nationalisme russe impérial et conservateur issu du mouvement des Gardes Blancs de l’émigration, et notamment Ivan Ilyine, qui était opposé aux eurasistes » Mais … « Poutine n’est pas anticommuniste comme l’était Ilyine. Bref la promotion d’Ilyine n’a qu’un rôle technique, interne : c’est une pensée primitive pour des gens primitifs » … De plus « Poutine veut réaliser une union des royaumes chrétiens européens » sur un modèle prétendument inspiré par la philosophe Vladimir Soloviev …
… Puis Poutine est eurasiste car « cette doctrine hérite de la tradition slavophile » tout en étant plus cohérente et surtout « touche le nerf le plus profond de l’histoire russe. L’eurasisme intègre ce qu’il y a de commun dans l’histoire blanche et rouge, monarchique et socialiste du pays », d’où « l’eurasisme prend aujourd’hui toute son actualité dans la confrontation entre l’Occident atlantiste et l’Eurasie ». Poutine mêlerait tout cela en y ajoutant un fort « réalisme sur le plan international qui lui permit par exemple d’élargir sa zone d’influence en s’emparant opportunément de la Crimée ».

Un être composite, tout de contrastes donc, en plus d'être une sorte de super-héros pour les gogos locaux ;)

Dans la tête de Vladimir Poutine, Michel Eltchaninoff

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