Corum t1 - Chauvel - Merli

Corum – ou, pour être précis, le prince Corum Jhaelen Irsei – est l’une des incarnations du Champion Eternel , dont la plus célèbre est Elric de Melniboné . Créés par Michael Moorcock entre les années 60 et 70, ces Champions participent tous, sous leurs différentes manifestations et parfois à leur corps défendant, à la lutte permanente qui oppose la Loi (ordonnatrice) au Chaos (créateur) . Corum est un Vadagh, membre d'un peuple civilisé et paisible. Etrangers à la violence, ces esthètes ignorent l’art du combat et consacrent leur vie à des activités pacifiques telles que la création artistique, la quête du beau, l’exploration des divers plans qui constituent le Multivers. Mélancoliques, en déclin lent, ennemis de personne, les Vadaghs sont en voie d’extermination par les Mabdens (des nouveaux-venus humains, querelleurs et cruels là où les Vadaghs ressemblent à des elfes qui auraient abandonné la guerre) . Hélas pour eux, les Vadaghs avaient oublié, ou n’avaient jamais su, qu’on n...

Dans la tête de Vladimir Poutine et pas celle de Malkovich

"Dans la tête de Vladimir Poutine" est un essai très instructif pour qui veut comprendre ce qui anime le leader du Kremlin et savoir ce vers quoi il tend.

Au long d’un texte documenté de 170 pages, l’auteur, l’agrégé et docteur en philosophie Michel Eltchaninoff, analyse les discours de Poutine, les met en relation avec ses actes, montre comment ils évoluent, tant au fil du temps qu’en fonction du public auquel Poutine s’adresse, quels rapports entretiennent ces discours avec des courants historiques ou plus contemporains de la pensée russe.
C’est cette mise en relation qui est passionnante et fait la richesse de l’ouvrage.

De la « verticale du pouvoir » à la « dictature de la loi »,  Eltchaninoff décrit un autocrate pseudo-libéral fidèle à l’ordre soviétique pourvu qu’il soit détaché du communisme, un chef d’Etat préoccupé par la reconstitution, éventuellement sous des formes nouvelles, d’un empire qu’il a vu s’effriter, un conservateur (réactionnaire ?) tout plein de russitude, obsédé par la morale issue de l’orthodoxie, la crainte d’une décadence des valeurs « à l’occidentale » et le souci démographique, méfiant envers un Occident perçu comme menaçant, tant par ses actes que par les valeurs qu’il véhicule, et qu’il faudra bien un jour combattre, ainsi qu’attiré par une Asie qu’il considère comme une partie essentielle de la terre russe et une zone de coopération internationale évidente.

Inspiré par quantité de philosophes qu’il utilise ad hoc en fonction de l’objectif visé (l’usage qu’il fait de Kant est éclairant), citant Pierre Le Grand en l’interprétant à sa guise, louant les écrits d’Ivan Ilyine et sa vision essentialiste et belliciste du peuple, Poutine - plein d’une culture militariste, ancien du KGB-FSB qu’il considère comme le corps d’élite qui peut soutenir la nation et l’Etat, a fortiori après qu’ils aient été débarrassés des oripeaux du marxisme-léninisme – pose la chute de l’URSS comme « la plus grande catastrophe géopolitique du XXème siècle ». Car – reprenant ici des thématiques fichtiennes - la chute a coupé des millions de  russes de sang ou de langue de la mère patrie.

Le propos, prétendument  humanitaire et compassionnel - même s’il rappelle Dantzig - finit par justifier un rêve impérial de reconstitution au moins partielle des frontières historiques, d’autant que, d’après Ilyine, certaines « tribus » sont inaptes à devenir des Etats et doivent rester sous le contrôle d’Etats voisins. L’Ukraine ou la Géorgie en savent quelque chose.
Il justifie aussi une pratique du pouvoir de plus en plus autoritaire, tendue vers cet objectif. Impérialisme donc, même si l’impérialisme de Poutine, loin d’être archaïsant, nostalgique, ou utopique, s’intègre discrètement mais pleinement à l’économie de marché car sa doctrine est économico-centriste (fondée sur la recherche de ressources nouvelles pour participer pleinement au capitalisme mondial).

La force de la démonstration impose de lire le livre. Une recension n’en rend pas l’intérêt. Si néanmoins certains voulaient s’en tenir là, je conclurai en citant presque in extenso la description de Poutine qu'en donne l'influent eurasiste Alexandre Douguine :

« Tout d’abord, Poutine, avec son éducation soviétique et son expérience du KGB, est un homo sovieticus. Dans sa vision du monde, le monde capitaliste est un ennemi. Sur cette base, il a ajouté une couche de nationalisme russe impérial et conservateur issu du mouvement des Gardes Blancs de l’émigration, et notamment Ivan Ilyine, qui était opposé aux eurasistes » Mais … « Poutine n’est pas anticommuniste comme l’était Ilyine. Bref la promotion d’Ilyine n’a qu’un rôle technique, interne : c’est une pensée primitive pour des gens primitifs » … De plus « Poutine veut réaliser une union des royaumes chrétiens européens » sur un modèle prétendument inspiré par la philosophe Vladimir Soloviev …
… Puis Poutine est eurasiste car « cette doctrine hérite de la tradition slavophile » tout en étant plus cohérente et surtout « touche le nerf le plus profond de l’histoire russe. L’eurasisme intègre ce qu’il y a de commun dans l’histoire blanche et rouge, monarchique et socialiste du pays », d’où « l’eurasisme prend aujourd’hui toute son actualité dans la confrontation entre l’Occident atlantiste et l’Eurasie ». Poutine mêlerait tout cela en y ajoutant un fort « réalisme sur le plan international qui lui permit par exemple d’élargir sa zone d’influence en s’emparant opportunément de la Crimée ».

Un être composite, tout de contrastes donc, en plus d'être une sorte de super-héros pour les gogos locaux ;)

Dans la tête de Vladimir Poutine, Michel Eltchaninoff

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