Le Nom de la Rose 2 - Eco - Manara

Hasard du calendrier, après le médiocre Hérétique chroniqué ce matin, je lis le tome 2 du Nom de la Rose  par Manara d'après Eco. Et sans le moindre doute c'est le jour et la nuit, tant Eco/Manara sont à mille lieues de Morrison/Adlard. Comme pour le tome 1 , je ne développerai pas ici les thèmes ou le récit du Nom de la Rose . Ils sont bien connus ou faciles à trouver. Je répèterai juste que l'adaptation est fidèle au très riche roman d'Umberto Eco, qu'elle est belle à damner un saint, qu'elle est indispensable à lire si on aime la BD et/ou le mystère et/ou l'érudition. On en sort impressionné, a fortiori quand on se rappelle que Milo Manara a 80 ans. Chapeau bas. Le Nom de la Rose t2, Eco, Manara 

Un Frankenstein OGM


"Defenders" est le dernier roman d’un auteur injustement trop méconnu en France, Will McIntosh.
C’est aussi la novellisation d’une nouvelle publiée dans Lightspeeed en 2011 (c’est sans doute l’origine des problèmes que rencontre le roman) et il n’est pas impossible que ce texte lui-même doive quelque chose à la nouvelle Defenders de PK Dick dont le thème est proche.

2030, les Luyten, sorte d’étoiles de mer télépathes et agressives, débarquent en masse sur Terre. Ils entament une guerre de conquête qui anéantit les deux tiers de l’Humanité en une grosse année ; difficile de vaincre un ennemi qui sait où vous êtes et ce que vous allez faire. Au bord de l’extinction, l’Alliance humaine tente une manœuvre désespérée : la création d’êtres OGM nommés Defenders, des géants à trois jambes et trois doigts qui sont à la fois des génies tactiques à la limite de la sociopathie, des créatures agressives à qui on a inculqué la haine des Luyten, et des males stériles (des millions de mâles alpha stériles), et surtout des humanoïdes dont le cerveau ad hoc ne peut être lu par les Luyten. Indépendants des humains dont ils ne reçoivent pas d’ordres, ils poursuivront avec une efficacité remarquable et une brutalité qui ne l’est pas moins ce qui est pour eux plus un désir qu’un objectif rationnel : éliminer les Luyten. Quelques mois après la mise en service des Defenders, les Luyten survivants capitulent et acceptent d’être internés dans un camp.

La guerre finie, les Defenders demandent et obtiennent l’Australie pour s’y installer et y vivre entre eux. Ils se camouflent vite derrière un rideau électronique et plus personne ne sait ce qu’ils font dans leur bout du monde. Quinze ans plus tard, ils invitent des ambassadeurs humains sur leur continent et font connaître des exigences qui conduiront à une nouvelle guerre, à front renversé.

En dépit de ses 500 pages, Defenders se lit vite et bien.

L’écriture très simple de McIntosh, la transparence des situations permettent une lecture aisée et vive. Lire "Defenders" n’est jamais déplaisant. C’est même souvent plutôt agréable.

En Mary Shelley moderne, McIntosh confronte la créature à ses créateurs mais le choc ici est bien plus violent que dans le roman gothique. Les Defenders ont été conçus pour être forts, rapides, intelligents, implacables ; ce n’était pas le cas du malheureux assemblage de morceaux de cadavres animé par le Docteur Frankenstein. Le monstre était seul ; les Defenders sont des millions. Le monstre était perdu ; les Defenders sont territoriaux, hiérarchiques, agressifs. A l’angoisse métaphysique du maitre attaqué par l’élève s’ajoute ici l’effroi causé par la disproportion des forces entre eux deux.

Will McIntosh sait d’ailleurs fort bien instiller la tension, et il y a de nombreux moments où le pouls s’accélère tant l’équilibre instable dans lequel sont les personnages (puis l’Humanité entière) peut basculer à tout instant vers le pire. De fait, le pire survient régulièrement ce qui continue à maintenir un niveau élevé de tension. Les Defenders ne plaisantent pas, ne profèrent pas de menaces vaines, n’utilisent pas le second degré, ne sont arrêtés par aucune considération morale. Ils font ce qu’ils estiment tactiquement nécessaire sans état d’âme, réagissent aussi avec une violence extrême et une rapidité inouïe à tout ce qu’ils interprètent comme une agression à leur endroit.

Néanmoins, ce roman souffre d’un défaut majeur : il est presque impossible de le considérer comme crédible.

Trois raisons à cela.

D’abord, bien trop de situations se règlent bien trop facilement. Ceux qui doivent se retrouver se retrouvent, ceux qui doivent survivre survivent, ceux qui doivent contacter ceci ou cela y parviennent. En dépit de pertes réelles qui prouvent qu’ils ne sont pas invulnérables, les héros font très souvent montre d’une capacité à se déplacer et à se retrouver qui frise l’incroyable.

Ensuite, les situations créées par les ennemis des humains sont souvent si inextricables que, lorsque ces derniers les surmontent, McIntosh se sent obligé d’expliquer par la bouche d’un des personnages comment cette réussite miraculeuse n’entre pas en contradiction avec ce que le lecteur savait. Etrange procédé.

Enfin, et c’est le plus grave défaut, les échelles de temps sont absolument invraisemblables. L’avancée du front, les percées scientifiques, les transformations industrielles, etc. tout est bien trop rapide pour être crédible, étant donné l’échelle planétaire et les effectifs énormes considérés. Problème et solution auraient été magiques, ça n’aurait pas posé problème. Magie de la magie. Avec une approche scientifique, ça ne cesse de démanger en fond de crane.

"Defenders" est donc un roman agréable à lire pour peu qu’on ne cherche pas trop fort à en éprouver la plausibilité.

Defenders, Will McIntosh

Commentaires

Lorhkan a dit…
J'aime bien le pitch de départ, mais si le traitement laisse à désirer... Éternelle question : tu sais si une traduction est prévue ?
Gromovar a dit…
Je l'ignore. Mais j'en doute. McIntosh n'est guère connu en France et on n'est pas là sur une thématique post-apo.