Membre fantôme - Brian Evenson - Retour de Bifrost 119

En 2003, Brian Evenson frappait un grand coup littéraire avec sa novella The Brotherhood of Mutilation . Six ans plus tard, il donnait de ce texte une version longue avec le roman Last Days (sorti en français sous le titre La Confrérie des mutilés) . On y suivait les traces de Kline, un détective amputé du bras à la suite d'une affaire qui avait mal tourné, engagé pour trouver le coupable du meurtre du fondateur d'une secte inconnue jusqu'alors : La Confrérie des mutilés. D'investigations en interrogatoires (soumis à des contraintes aussi absurdes qu'invincibles) , Kline finissait par découvrir l'identité du meurtrier. Surtout, il se trouvait contraint de plonger dans un univers délirant et fanatique, un monde dans lequel les croyants amputent volontairement des parties de leur corps – le plus de parties étant le mieux, signe de foi et donc d'influence supérieures. Le monde clos des mutilés est religieux, paranoïaque, violent, organisé suivant une logique a...

15 ans, 15 blogs - L'invitée de Dracula, Françoise-Sylvie Pauly


Deux ans après le 13 ans, 13 blogs de 2012, l'opération anniversaire de Lunes d'Encre revient avec ce 15 ans, 15 blogs. Il est question, cette fois, de chroniquer un auteur qui ne l'a jamais été sur ce blog. Pas facile, après des décennies de lecture et sept ans de blogging, de trouver des envies inédites. "L'invitée de Dracula", de Françoise-Sylvie Pauly, remplit la condition.
 


Il est des gens pour qui le Dracula de Bram Stoker est un roman de référence. Je suis de ceux-là. La plus connue des histoires de vampires faisait, certes, suite à quelques autres, mais elle reste fondatrice du fait de son traitement. Transportant le récit dans le Londres éclairé de son temps, le racontant sous forme épistolaire, Stoker a créé ce qui est sans doute l’un des meilleurs romans gothiques de tous les temps, avec le Frankenstein de Mary Shelley, écrit lui presque un siècle plus tôt.

Un siècle plus tard, de nouveau, Françoise-Sylvie Pauly remet sur le métier l’ouvrage de Vlad Tepes en donnant au Dracula de Stoker une suite immédiate.

"L’invitée de Dracula" se passe très peu d’années après les évènements qui conduisirent à l’élimination du vampire ainsi qu’aux morts prématurées de Lucy Westenra et de Quincey Morris. Jonathan et Mina Harker ont un fils, logiquement prénommé Quincey, Arthur Godalming a finalement pris femme, une française mélancolique et jalouse, Seward est un professeur en ascension. Quand à Van Helsing, il poursuit inlassablement ses recherches et sa croisade.
Ce bel et paisible agencement des choses se trouve bouleversé quand réapparaît mystérieusement à Munich un portrait du vampire, du temps où il n’était peut-être encore que l’incroyablement inhumain voïvode de Valachie Vlad Tepes III, surnommé l’Empaleur en raison du plus atroce de ses innombrables crimes. Jonathan Harker part alors rejoindre Van Helsing sur le continent pour enquêter sur cette affaire. Aucun des deux ne peut imaginer qu’ils replongent en fait dans un cauchemar qu’ils croyaient terminé.

Dans "L’invitée de Dracula", Françoise-Sylvie Pauly remet en scène les protagonistes du roman original. Elle le fait de fort belle manière.

D’une part, elle renvoie les deux héros principaux de Dracula en Europe Centrale, sur les traces historiques de Vlad Tepes, éclairant par là même l’origine de la malédiction. Le lecteur plongera donc dans la biographie de Tepes, de ses deux frères, Radu et Mircéa, et de sa malheureuse épouse Cneajna. Il découvrira aussi la vérité sur les trois femmes vampires qui entourent le comte dans le roman original, notamment la vénéneuse Karmilla (dont on rappellera que c’est le titre d’un roman vampirique de Sheridan Le Fanu, antérieur au Dracula de Stoker - ce même Stoker que les Harker croisent à l’entrée d’une représentation théâtrale dans L’invitée). Il assistera enfin à l’élimination, il faut l’espérer, de la menace.
D’autre part, Pauly soumet la douce Mina à une terrible vengeance. Le groupe d’amis du premier roman se reconstitue alors pour venir à son aide.

Dans les deux cas, Pauly traite son récit « à la manière » de Bram Stoker. Et c’est fort bien fait. La narration est épistolaire, faisant se succéder passages de journaux, lettres, articles de presse, testaments, etc… L’histoire est racontée à travers un prisme de vues à la première personne, filtrée donc par les sentiments et la culture des protagonistes. On y retrouve alors le charme un peu suranné d’une écriture très classique, associé à la retenue, la bienséance, et la douceur des sentiments caractéristiques de la bourgeoisie anglaise de l’époque, a fortiori lorsque c’est Mina qui écrit. Ces hommes et ces femmes, issus de milieux très protégés et confrontés au monde réel jusque dans sa version la plus effroyable, oscillent sans cesse entre élation et horreur, sans jamais se soustraire aux devoirs qu’imposent l’amitié ni cesser de tenter d’être dignes face à l’adversité.

"L’invitée de Dracula" (qui est par ailleurs, en version masculine, le titre d’une nouvelle de Bram Stoker lui-même, racontant des évènements antérieurs à ceux du roman) est donc un bel hommage. C’est un hommage réussi car il replonge le lecteur dans ce qu’était Dracula sans faute de goût notable. On regrettera simplement une fin vraiment trop rapide ; quelques pages supplémentaires lui aurait donné plus d’ampleur et de solennité.

L’invitée de Dracula, Françoise-Sylvie Pauly

Commentaires

Escrocgriffe a dit…
J’ai revu la semaine dernière le « Dracula » de Coppola, qui n’a pas pris une ride. Cette suite est tentante...
Gromovar a dit…
Très plaisante en effet. Et je trouve aussi le Dracula de Coppola excellent, surtout en ce qu'il a réussi à provoquer le même genre de réactions que le roman à l'époque.