Falstaff - Boisserie - Goho - Merlet - Rouger

Henri IV, dit Henri de Bolingbroke , fut roi d’Angleterre de 1399 à 1413. Il monta sur le trône après l’éviction de Richard II, consécutive à une rébellion dont le jeune Henri avait pris la tête et qui comptait dans ses rangs une partie des plus grands seigneurs d’Angleterre. Capture du roi, interprétation créative de l’ordre de succession, Henri est couronné à Westminster en 1399. Mal arrivé sur le trône, Henri devra lutter durant tout son règne contre des rébellions successives qui rallieront même ses alliés originels. Il mourra le 20 mars 1413 après plusieurs années de troubles de santé. Son fils aîné lui succédera sous le nom d’Henri V. Ce dernier relancera la guerre de Cent Ans. De cette histoire pleine de bruit et de fureur, Shakespeare tira une pièce en deux parties, Henri IV , puis Henri V , deux pièces historiques. Il y inséra, du moins dans la première, le personnage de Falstaff (pardon, sir John Falstaff) , un protagoniste fictif d’une irrésistible truculence, un bouffon gr...

Le pire des mondes


"Temps futurs" est un roman d’Aldous Huxley, inconnu de moi jusqu’à récemment, que j’ai acheté par hasard, commencé comme un pur objet de détente, et qui m’a bien séduit.

Objet atypique, "Temps futurs" se présente sous la forme d’un scénario retrouvé par les deux protagonistes de la courte première partie du roman, le seconde étant constituée du scénario lui-même.

Californie, 2108. Sur les débris de la guerre NBC survivent une poignée d’humains revenus à une forme de barbarie. Barbares certes, mais dotés d’une forme d’organisation et d’une élite (loi d’airain de l’oligarchie, quand tu nous tiens). Gouvernés conjointement par l’église de Bélial et le Chef politique du « prolétariat libre », quelque milliers d’hommes et de femmes hantent les ruines d’une civilisation qui s’est autodétruite. La société technologique s’est effondrée, la division du travail aussi, et les survivants sont condamnés à fouiller les cimetières pour trouver les vêtements dont ils s’affublent ou les bijoux dont ils ornent leurs lieux de culte – belle et efficace utilisation de la rare main d’œuvre. Radiations et virus ont fait leur œuvre ; les plantes ont changé au point de ne plus pouvoir servir à l'alimentation, hommes et femmes ont tellement muté qu’à quelques exceptions près ils ne s’accouplent plus que lors de « chaleurs » annuelles, le nombre des bébés malformés est si élevé qu’au delà d’un certain niveau de mutation ils sont éliminés, lors de la cérémonie religieuse d’humiliation des mères qui précède l’ouverture de la saison des amours. La discipline est brutale, le pouvoir, religieux ou « populaire », impitoyable. La liberté des derniers hommes, c’est la liberté d’accepter librement d’obéir aux ordres de l’élite autoproclamée.

Dans ce lieu à l’agonie arrive l’équipe de scientifiques et explorateurs néo-zélandais – l’ile fut protégée de la guerre et de ses retombées par son éloignement - dont fait partie le professeur Poole, botaniste distrait et puceau. Capturé, abandonné par les siens, il se mettra au service de ses geôliers et découvrira, presque par inadvertance, le plaisir sexuel puis l’amour, ce qui lui donnera la force de résister à l’oppression.

Mode d’emploi du nouveau monde livré par un hiérarque au milieu du récit, rédemption par l’amour, sexualité libre obligatoire, "Temps futurs" reprend beaucoup d’éléments du « Meilleur des Mondes ». Mais il est bien plus primal, bien moins lissé ; c’est un cri de rage.
Dans un style qui tangente le surréalisme, Huxley livre au lecteur ses angoisses concernant l’avenir de l’Humanité et développe longuement son idéologie très inspirée de l’anarchisme. Visiblement traumatisé par l’assassinat de Gandhi, dont il partage les convictions pacifistes militantes, Huxley, irréductiblement pessimiste, se livre, dans ce "Temps futurs" qui peut être lu comme sa réponse à l’événement, à une charge très virulente contre les nationalismes, les idéologies totalitaires de tous bords, et les religions organisées, par essence totalitaires. Par l’absurde, il démonte les mécanismes de l’oppression, qui commence toujours, ici comme ailleurs, par celle des femmes, traitées dans ce texte avec des accents qui rappellent irrésistiblement le très misogyne Saint Augustin et son aversion de la gent féminine. De manière plus originale, Huxley dénonce enfin les risques mortels que font courir à l’Homme la surexploitation des ressources et la dégradation des espaces naturels, faisant montre ici d’une clairvoyance prophétique et presque incroyable alors qu’il écrit au tout début d’une société de consommation que tous loueront pour ses contestables bienfaits.

Scénario de film déguisé en roman atypique, comprenant mouvements de caméras, psalmodies, et monologues de récitants, "Temps futurs" est étonnamment fluide et agréable à lire, transmettant un message angoissé qui fait toujours sens aujourd’hui. Sans doute plus encore qu’en 1948.

Temps futurs, Aldous Huxley

Commentaires

Lune a dit…
Interesting !
Gromovar a dit…
Et surprenant.