Fables 10 - Willingham - Buckingham

Dernière chronique courte (a priori) de la période, cette fois pour dire un mot du dernier tome de la série Fables chez Urban Nomad. C’est la conclusion – attendue et redoutée – d’une série fleuve d’une qualité rarement atteinte. Ultime confrontation entre Cendrillon et Frau Totenkinder. Deuil et destruction. Fableville finie, les Communs découvre les Fables. Les deux espèces cohabiteront. Le monde des Communs, qui jusqu’ici ne l’était pas, deviendra progressivement un monde magique. Quant à l’épopée épique, elle se termine sur le climax de la montée aux extrêmes entre Rose Rouge et Blanche Neige. Tu ne connaîtras l’issue de cette confrontation sororicide, lecteur, qu’après avoir lu cet ultime opus. Ceci fait, tout ayant été écrit et accompli, les auteurs – singulièrement Willingham et Buckingham – disent au revoir à une bonne partie de leurs personnages avec une succession de « Dernière histoire de... » qui permet de voir une dernière fois les nombreux êtres, si riches et ...

Le pire des mondes


"Temps futurs" est un roman d’Aldous Huxley, inconnu de moi jusqu’à récemment, que j’ai acheté par hasard, commencé comme un pur objet de détente, et qui m’a bien séduit.

Objet atypique, "Temps futurs" se présente sous la forme d’un scénario retrouvé par les deux protagonistes de la courte première partie du roman, le seconde étant constituée du scénario lui-même.

Californie, 2108. Sur les débris de la guerre NBC survivent une poignée d’humains revenus à une forme de barbarie. Barbares certes, mais dotés d’une forme d’organisation et d’une élite (loi d’airain de l’oligarchie, quand tu nous tiens). Gouvernés conjointement par l’église de Bélial et le Chef politique du « prolétariat libre », quelque milliers d’hommes et de femmes hantent les ruines d’une civilisation qui s’est autodétruite. La société technologique s’est effondrée, la division du travail aussi, et les survivants sont condamnés à fouiller les cimetières pour trouver les vêtements dont ils s’affublent ou les bijoux dont ils ornent leurs lieux de culte – belle et efficace utilisation de la rare main d’œuvre. Radiations et virus ont fait leur œuvre ; les plantes ont changé au point de ne plus pouvoir servir à l'alimentation, hommes et femmes ont tellement muté qu’à quelques exceptions près ils ne s’accouplent plus que lors de « chaleurs » annuelles, le nombre des bébés malformés est si élevé qu’au delà d’un certain niveau de mutation ils sont éliminés, lors de la cérémonie religieuse d’humiliation des mères qui précède l’ouverture de la saison des amours. La discipline est brutale, le pouvoir, religieux ou « populaire », impitoyable. La liberté des derniers hommes, c’est la liberté d’accepter librement d’obéir aux ordres de l’élite autoproclamée.

Dans ce lieu à l’agonie arrive l’équipe de scientifiques et explorateurs néo-zélandais – l’ile fut protégée de la guerre et de ses retombées par son éloignement - dont fait partie le professeur Poole, botaniste distrait et puceau. Capturé, abandonné par les siens, il se mettra au service de ses geôliers et découvrira, presque par inadvertance, le plaisir sexuel puis l’amour, ce qui lui donnera la force de résister à l’oppression.

Mode d’emploi du nouveau monde livré par un hiérarque au milieu du récit, rédemption par l’amour, sexualité libre obligatoire, "Temps futurs" reprend beaucoup d’éléments du « Meilleur des Mondes ». Mais il est bien plus primal, bien moins lissé ; c’est un cri de rage.
Dans un style qui tangente le surréalisme, Huxley livre au lecteur ses angoisses concernant l’avenir de l’Humanité et développe longuement son idéologie très inspirée de l’anarchisme. Visiblement traumatisé par l’assassinat de Gandhi, dont il partage les convictions pacifistes militantes, Huxley, irréductiblement pessimiste, se livre, dans ce "Temps futurs" qui peut être lu comme sa réponse à l’événement, à une charge très virulente contre les nationalismes, les idéologies totalitaires de tous bords, et les religions organisées, par essence totalitaires. Par l’absurde, il démonte les mécanismes de l’oppression, qui commence toujours, ici comme ailleurs, par celle des femmes, traitées dans ce texte avec des accents qui rappellent irrésistiblement le très misogyne Saint Augustin et son aversion de la gent féminine. De manière plus originale, Huxley dénonce enfin les risques mortels que font courir à l’Homme la surexploitation des ressources et la dégradation des espaces naturels, faisant montre ici d’une clairvoyance prophétique et presque incroyable alors qu’il écrit au tout début d’une société de consommation que tous loueront pour ses contestables bienfaits.

Scénario de film déguisé en roman atypique, comprenant mouvements de caméras, psalmodies, et monologues de récitants, "Temps futurs" est étonnamment fluide et agréable à lire, transmettant un message angoissé qui fait toujours sens aujourd’hui. Sans doute plus encore qu’en 1948.

Temps futurs, Aldous Huxley

Commentaires

Lune a dit…
Interesting !
Gromovar a dit…
Et surprenant.