Falstaff - Boisserie - Goho - Merlet - Rouger

Henri IV, dit Henri de Bolingbroke , fut roi d’Angleterre de 1399 à 1413. Il monta sur le trône après l’éviction de Richard II, consécutive à une rébellion dont le jeune Henri avait pris la tête et qui comptait dans ses rangs une partie des plus grands seigneurs d’Angleterre. Capture du roi, interprétation créative de l’ordre de succession, Henri est couronné à Westminster en 1399. Mal arrivé sur le trône, Henri devra lutter durant tout son règne contre des rébellions successives qui rallieront même ses alliés originels. Il mourra le 20 mars 1413 après plusieurs années de troubles de santé. Son fils aîné lui succédera sous le nom d’Henri V. Ce dernier relancera la guerre de Cent Ans. De cette histoire pleine de bruit et de fureur, Shakespeare tira une pièce en deux parties, Henri IV , puis Henri V , deux pièces historiques. Il y inséra, du moins dans la première, le personnage de Falstaff (pardon, sir John Falstaff) , un protagoniste fictif d’une irrésistible truculence, un bouffon gr...

Le grand chambardement


"La Bataille d’Occident" est le court texte qu’Eric Vuillard a consacré à la Grande Guerre. Lauréat du prix (franco-allemand) Franz Hessel 2012, il est brillant, pétillant, parfois fulgurant.

Ni roman, ni essai, "La Bataille d’Occident" est une fresque qui raconte la conflagration, de ses germes, quelque part entre la Révolution Française et la guerre de 1870, à ses conséquences logiques, sans oublier d’évoquer le fond colonialiste de l’époque, auquel Vuillard a consacré le récent Congo ; une sorte de long poème en prose, vagabondage intellectuel brillant dans lequel l’auteur, suivant sa pensée, saute d’image en image au fil de digressions improbables qui ne font jamais dilatoires.

Surtout, "La Bataille d’Occident" est le texte de quelqu’un qui connaît parfaitement les évènements, au point d’en restituer une version concentrée qui en contient l’essence même, comme ces restaurateurs qui concentrent la bouillabaisse dans une vérine. Sautant de date en date et de tranchées en capitales, Vuillard amène son lecteur dans tous les lieux qui comptent. Les lieux du pouvoir, bien sûr, où tout se décida, mais aussi, les champs, de fleurs ou de batailles, où vécurent et moururent vingt millions d’homme, victimes de l’imbécillité, de l’insensibilité, et de la rencontre mortifère entre une technique moderne et des superstructures traditionnelles. Il dit l’horreur absolue de la Grande Guerre ; il en dit l’absurdité profonde.

Je n’adhère pas pleinement aux charges antimilitaristes et révolutionnaires de Vuillard que je trouve un peu convenues, prévisibles, parfois proches des caricatures à la Lutte Ouvrière. Je trouve que l’auteur passe trop facilement sous silence la volonté politique de guerre au profit de l’analyse classique de l’enchainement des alliances, néglige la responsabilité écrasante de l’Allemagne dans la survenue du conflit, colporte une fois encore l’image de soldats partant chaud bouillants à la guerre alors que ce fut plutôt une acceptation résignée, est étonnamment succinct sur le ralliement des socialistes à la guerre. C’est son angle, sa vision des choses, son livre ; il fait ce qu’il veut. Et il le fait avec un tel esprit, une telle qualité d’écriture qu’il ne peut qu’emporter l’adhésion esthétique.

Je trouve, en revanche, qu’il montre bien, par de fins artifices de style, que soldats français et allemands furent frères dans le même malheur, pions sacrifiables d’une partie d’échec européenne dont ils n’étaient pas les joueurs. Je trouve brillante et très signifiante l’idée de citer des noms de soldats de base à côté de ceux des généraux ou des politiques qui les envoyèrent à une mort certaine, afin qu’ils soient unis pour l’éternité. Je trouve l’ironie pince sans rire de Vuillard appropriée, ajustée même, à l’absurdité d’un conflit dont tous savaient qu’il n’en sortirait rien de bon pour personne, et que personne pourtant ne voulut empêcher. Je trouve enfin bien vu les parallèles fait entre les systèmes concentrationnaires ou de travail forcé qui furent mis en place pour pourvoir aux besoins matériels de la guerre industrielle et ceux que les Anglais, alors dans le camp du Bien qui est toujours celui des vainqueurs, instaurèrent en Afrique du Sud lors de la guerre des Boers ; nul n’est innocent, on est toujours le bourreau de quelqu’un.
Et surtout, "La Bataille d’Occident" est un efficace résumé de quatre ans de conflit et de quelques siècles de prémisses.

"La Bataille d’Occident" est donc un bien beau texte, documenté, cultivé, souvent drôle, à lire au second degré en se souvenant que l’ironie est la politesse du désespoir.

La Bataille d’Occident, Eric Vuillard

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