Wolf Worm - T. Kingfisher

1899, Caroline du Nord. Sonia Wilson arrive à la gare de Siler - « le pays du mondialement célèbre Lapin de Chatham » . Après la mort de son père, avec qui elle vivait, cette femme célibataire vient prendre un emploi chez le Dr Halder, un naturaliste comme son défunt père. Différence notable entre les deux : le père Wilson inventoriait les végétaux quand le Dr Halder s’occupe, lui, d’insectes. Dans la maison isolée où elle va dorénavant vivre et travailler, elle découvre un tout petit monde composé d’une gouvernante, de son mari, d’une jeune domestique, et surtout du très désagréable Dr Halder. Autour, quelques rares voisins (dont un paraît cinglé) , et quelques paroissiens côtoyés à l’office du dimanche. C’est tout. C’est peu. Et comme si ça ne suffisait pas, Sonia réalise vite que quelque chose (quoi au juste ?) n’est pas normal. Wolf Worm est le dernier roman de T. Kingfisher . C’est un Southern Gothic  réussi, à condition d’atteindre une assez forte suspension d’inc...

The rime of the spatial mariner


Fin de la trilogie « The Expanse », de l’auteur bicéphale James S.A. Corey, avec ce "Abaddon’s Gate" qui clôt superbement l’une des meilleures séries SF publiées récemment.

"Abaddon’s Gate" commence aux confins du système solaire. La protomolécule, sa maturation sur Vénus terminée, a engendré un Anneau, portail étrange vers on en sait trop quoi. Surveillé, scanné, analysé par les expéditions scientifiques tant terriennes que martiennes, l’artefact ne livre aucun de ses secrets, et s’enfonce lentement dans le bruit de fond médiatique et politique. Pendant ce temps, la vie reprend son cours dans le système solaire, et si la confiance n’est plus là, la paix au moins est revenue.
Il faudra qu’un idiot en quête de notoriété traverse l’Anneau dans un vaisseau de course pour que l’équilibre soit rompu et que trois flottes convergent vers l’inconnu.

Comme ses deux prédécesseurs, "Abaddon’s Gate" combine une histoire haute en couleurs, riche en action et rebondissements, et une galerie de personnages détaillés, complexes, tous attirants car chacun a le temps de dire sa vérité. Des héros et des salauds plongés au cœur de la plus grande menace qu’ait connu l’espèce humaine.

Au côté de Holden, héros charismatique de la trilogie, toujours poussé par un sens du devoir hors du commun à faire ce qui doit l’être même quand nul ne lui reprocherait de reculer, on trouvera donc Anna, une femme pasteur impulsive et profondément humaine, pétrie de compassion, qui convainc par la parole car elle est convaincue au plus profond que la violence n’est jamais la meilleure solution, seulement la seule à être toujours disponible, Clarissa, ivre de vengeance à en devenir folle, tiraillée de contradictions et bourrelée de remords quant au prix qu’elle fait payer à d’autres, et Bull, vétéran courageux et endurci, prêt à faire sciemment le sacrifice de sa vie pour tenir une parole donnée et sauver ce qui peut encore l’être de la flotte humaine.

Il y a aussi de nombreux seconds rôles qui n’ont pas de fils dédiés mais qui sont tous construits, intéressants, et moteurs pour l’histoire, chacun à sa manière, même les plus délétères.

Dernier « personnage », le Behemoth, colossal vaisseau arche mormon transformé, mal et en vitesse, en vaisseau de guerre, joue un rôle considérable dans le livre par les limites et les opportunités qu’il pose et propose, conséquences de l’imparfaite intégration des deux aspects de sa nature.

Guerre ou exploration, c’est finalement le dilemme du Behemoth que le roman pose à l’espèce humaine, dans ces confins où elle se trouve confrontée à une intelligence extra-terrestre dont les buts comme les moyens lui sont incompréhensibles.

Faut-il faire la guerre à ces entités qui dépassent l’entendement ? Faut-il commencer par se faire la guerre entre représentants de l’Humanité ? L’Anneau est-il une menace, la plus grande qu’ait connu l’Homme ? Ou est-il une chance qu'il faut savoir saisir ?

Quand trois armées « hostiles » se retrouvent au cœur de l’inconnu, quand l’inconnu offre un miroir déformant à la peur et à l’incompétence, les résultats prévisibles sont désastreux. C’est le cas ici dans une pyrotechnie d’aventures et d’action. Le roman est donc un vrai page-turner qui, après le polar de « Leviathan Wakes » et la diplomatie armée de « Caliban’s War », lorgne clairement ici du côté de la SF militaire sans oublier de se souvenir du Bounty.

C’est par la confiance et la parole que sera tranché le nœud gordien, mais pas avant d’innombrables convulsions, scénaristiques et matérielles (impossible d’en dire plus sur cet adjectif sans spoiler), qui feront de trop nombreuses victimes. Car la peur guide beaucoup des protagonistes d’"Abaddon’s Gate", les poussant au mieux à un sacrifice imposé à tous sans leur consentement, au pire au meurtre et à la déraison. Il est banal de dire que la peur est mauvaise conseillère, c’est ici visible de la manière la plus éclatante qui soit. Face à la peur et à la violence qu’elle génère, le sacrifice, consenti celui-là, de certains permettra, après maintes tribulations, à la raison de l’emporter.

Rapide, rythmé, trépidant, "Abaddon’s Gate" est un roman d’aventure spatiale palpitant qui est aussi un message de foi sur l’avenir de la conquête spatiale, et sur la capacité de l’Humanité à aller toujours plus loin, à chercher toujours ce qu’il y a derrière la porte car ne pas savoir nous est insupportable. Les auteurs y posent l’exploration spatiale comme seul espoir de sauver notre espèce, contrainte par son écosystème, en allant chercher ailleurs la place et les ressources devenus trop rares ici ; ils renouent avec un rêve spatial en voie de désuétude dans notre monde qui ne peut même plus faire voler des navettes spatiales. De la crise surmontée émerge une voie de renouveau, c’est le mieux que nous puissions espérer pour nous, ici et maintenant aussi.

Abaddon’s Gate, The Expanse t3, James S.A. Corey

Ce livre participe au Challenge Summer Star Wars Ep I

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