Un léger bruit dans le moteur - Gaet's - Munoz

Un léger bruit dans le moteur , de Gaet’s et Jonathan Munoz, est un album one-shot, adaptation du roman éponyme de Jean-Luc Luciani. Il a obtenu le Prix SNCF du Polar en 2013 . Il ressort aujourd’hui chez Petit à petit . Un léger bruit dans le moteur se passe intégralement dans un minuscule village complètement coupé de l’extérieur. Personne ne s’y arrête jamais, personne n’y vit qui n’y était pas déjà depuis longtemps. Les seuls contacts du lieu avec le reste du monde sont assurés par le facteur qui apporte à intervalles réguliers les pensions qui permettent à la plupart des quelques habitants de survivre, et par l’épicière qui achète à l’extérieur les produits qu’elle « revend ensuite trois fois plus cher » , dixit. Dans ce village sans nom, guère plus qu’un hameau, il y a un enfant, sans nom lui aussi. Il a une dizaine d’années. C’est lui qui raconte, ou plutôt qui se raconte. L’enfant sans nom est orphelin de mère, morte en couches, il a un père qui vit des aides sociale,...

A sad peacefulness


"The reapers are the angels", traduit littéralement "Les faucheurs sont les anges" par Bragelonne, est un roman post-apo d’Alden Bell.
Une vingtaine d’années après l’éruption zombie, Temple, une jeune fille de seize ans, traverse les USA pour amener un idiot à la famille qui pourra prendre soin de lui. Pourchassée par un homme qui veut se venger, elle fuit aussi sa culpabilité et sa certitude d’être une mauvaise personne.
Ce qui porte le roman, et de fort belle manière, c’est le personnage de Temple. Les histoires post-apo, de Earth abides à The stand en passant par One second after, sont le plus souvent basées sur le poids des souvenirs et de la perte, la volonté de préserver ce qui peut l’être de la civilisation d’avant la catastrophe, et les « simples » et cruelles nécessités de la survie (c’est moins vrai dans Feed, sauf pour le dernier point). Ce n’est pas le cas ici. Temple n’a jamais connu le monde d’avant ; elle a grandi dans un orphelinat dont elle a fui quand il a été envahi ; elle ne sait même pas lire. Elle ne regrette pas le passé. Elle ne se souvient pas d’avoir été ici ou d’avoir fait cela. Elle connaît des lieux, par ouïe dire, qu’elle aimerait voir car on lui a dit qu’ils étaient magnifiques, mais comme on peut souhaiter connaître un pays étranger jamais vu. Il n’y a chez Temple ni tristesse ni regret lié à la perte d’une vie d’avant qu’elle n’a pas connue, sa seule tristesse concerne la perte de son frère. Elle est en paix avec le monde dans lequel elle vit.
Elle est en revanche parfaitement adaptée à celui-ci. Pour Temple, les zombies sont une réalité du monde, créés par Dieu comme toutes les autres créatures, et qui est-elle pour comprendre le plan de Dieu ? La survie, pour la Temple qui traverse les USA, n’est guère différente de ce qu’elle pouvait signifier pour des trappeurs du XIXème siècle, à qui il ne serait pas venu à l’esprit de contester l’existence des grizzlis ou des pumas, et comme ces hommes rudes, elle sait faire le nécessaire pour survivre, avec toute la violence que le monde lui impose de déployer. Quand aux ruines qu’elle visite, ce sont des artéfacts du temps passé, intéressants à connaître par curiosité, mais dénués d’affects négatifs.
Suivant la progression de Temple, on pense à "The Road". Mais là où le roman de Mc Carthy n’était que sècheresse, de style comme de sentiments, "The reapers are the angels" compense une sècheresse de style équivalente par la beauté intérieure de son personnage principal. Temple n’a pas de ressentiment. Elle est habitée par une foi intense qui l’amène à faire sien le monde que l’Histoire (ou Dieu) lui a donné, et à l’accepter tel qu’il est en essayant d’en tirer la quintessence émotionnelle. Elle est capable de s’émerveiller devant un beau spectacle naturel, de rêver à des lieux magnifiques, d’aider à vivre et de ne pas prendre de vie en vain. Temple est une belle personne que le lecteur ne peut s’empêcher d’aimer.
Poussée en avant par sa « mission » (une forme de rédemption), sa quête de « miracles » naturels, et la passion d’en voir le plus possible, elle traverse un pays retourné à l’état de friche. Campements humains, parfois très organisés, monstrueux dégénérés sudistes, famille vivant dans un déni psychiatrique du monde réel, errants comme elle-même, samaritains, elle croise ces formes d’humanité comme des donnés avec lesquels elle tente de composer au mieux, sans s’y agréger, sans jamais se détourner de son voyage et de ses deux buts : trouver un havre pour l’idiot, et voir les chutes du Niagara dont il paraît qu’elles sont si grandioses, l’une des plus belles créations de Dieu.
Ecrit au présent (ça devient un gimmick pour le post-apo mais ça fonctionne encore), nanti de dialogues rapportés comme de loin, "The reapers are the angels" est un récit en apesanteur qu’on ne peut lire que dans le calme pour s’imprégner de son ambiance, mais surtout pour ne pas déranger la paix triste qui s’en dégage. On y trouve quelques très belles et émouvantes scènes (par exemple l’enterrement de la grand-mère de l’idiot), et d’autres qui illustrent pour le lecteur le caractère absurde d’un monde devenu fou (les zombies sur le manège entre autres).
Je lui reprocherai juste la résolution un peu trop facile de certaines interactions (le dialogue à l’entrée de la plantation étant caractéristique), et l’existence d’une énergie, notamment électrique, qui me paraît un peu trop abondante vingt ans après les évènements. Mais ce sont des hiatus de réalisme qui me semblent mineurs, rachetés qu’ils sont par le plaisir de la lecture.
Il y a de bons romans, et il y a de beaux romans, plus rares. "The reapers are the angels" fait incontestablement partie de la seconde catégorie. Il dément l’affirmation de Gide suivant laquelle « On ne fait pas de bonne littérature avec de bons sentiments », et confirme le dit du Hagakure, popularisé en Occident par Mishima « Je découvris que la Voie du samouraï c’est la mort ».
The reapers are the angels, VF Les faucheurs sont les anges, Alden Bell


Lu dans le cadre du Challenge Fins du Monde de Tigger Lilly

Commentaires

Guillmot a dit…
J'y jetterai un oeil quand je relirai du post-apo !
Gromovar a dit…
Ca te rendra meilleur.
Julien Martlet a dit…
Intrigué je suis.
Gromovar a dit…
Pas moins étonné que moi.

Je crois que c'est la vraie nouveauté d'un post-apo charmant qui m'a séduit.
Renaud a dit…
Personnelement je suis passé complètement à coté de ce roman...

J'en ai parlé ici : http://www.fant-asie.com/critique-les-faucheurs-sont-les-anges-de-alden-bell/
Gromovar a dit…
Je suis d'accord sur le fait qu'il y a quelque chose d'imparfait et de parfois irréaliste dans ce roman (que je n'ai d'ailleurs pas taggé Bluffant), mais je trouve que la balance est positive. Je le répète, c'est le personnage de Temple et sa beauté morale qui m'ont séduit (au point de reprendre dans mon post ses exhortations religieuses), tant ce n'est pas la norme en post-apo.
Vert a dit…
J'avais lu le début (Bragelonne le proposait au salon du livre), j'avais trouvé ça intéressant mais pas au point de me jeter dessus. A lire ton avis, je ferais bien d'y jeter un oeil quand même ^^
Efelle a dit…
Le thème zombie ne me tente pas plus que cela. Un peu lassé par le genre qu'on nous sert à toutes les sauces.

En post apo plus classique j'aurai pu être tenté.
Gromovar a dit…
Your choice :)