Hérétique - Morrison - Adlard

1906. Interrogé sur les livres qui l’ont le plus influencé, Sigmund Freud citait La filiation de l’homme de Charles Darwin et De praestigiis daemonum du médecin hollandais Jean Wier. Ecrit en réponse au Malleus Maleficarum (le traité, utilisé par les dominicains de l’Inquisition, qui codifiait la chasse aux sorcières) , De praestigiis daemonum affirme que les faits de « sorcellerie » sont le résultat d’un « dérèglement des humeurs » bien plus souvent qu’ils ne résultent d’un commerce avec le démon (dont Wier ne nie pas l’existence) , qu’il y a donc bien trop de « faux positifs » sur les bûchers de l’Inquisition. Hérétique , album one-shot de Morrison et Adlard, raconte la jeunesse de Jean Wier , dans le cadre d’une enquête qu’il mena auprès de son maître, le brillant et sulfureux Cornelius Agrippa . Anvers, 1529. Le très jeune Jean Wier (on grandissait vite à l’époque) arrive en ville pour commencer un apprentissage sous la tutelle de Cornelius Agrippa. Presque immédiatement, il e...

La ballade de Lord Clancharlie


"Du sel sous les paupières" est le dernier roman de Thomas Day. La 4ème de couv’ nous dit, uchronie, steampunk, conte de fée. Pour une fois, la couverture ne ment pas. Thomas Day ne s’est pas gêné pour mélanger les genres afin de créer un objet inclassable et grisant comme une boisson forte. De quoi est donc composée cette chimère rédigée dans le plus pur style feuilletonniste ?
Uchronie car l’action du roman commence dans une France de l’après Grande Guerre (précisément à Saint-Malo), qui ressemble à celle que nous connaissons sans être exactement la même. La guerre a duré sept ans, elle a beau être terminée depuis un an, elle a laissé derrière elle un « brouillard de guerre » qui couvre le ciel d’un linceul, voile le soleil, et affecte négativement les cultures comme les humeurs. La misère est grande, et le peuple, mécontent, gronde. On se déplacera plus tard dans le récit vers un Guernesey décidément très différent du vrai, puis vers une Irlande pas encore vraiment irlandaise. On sait (ou pas) l’affection irrationnelle que j’ai pour le name dropping, et ici l’auteur s’en donne à cœur joie. Le lecteur croisera donc dans le roman les héros de la révolution irlandaise (Michaël Collins en tête), un colonel de grande taille facilement reconnaissable, un immense auteur français terriblement déformé, deux grands physiciens de l’époque un peu dépassés par leurs découvertes, et un grand poète irlandais mystique.
Steampunk, "Du sel sous les paupières" l’est assurément de par l’existence même de l’un de ses personnages principaux, l’Überspion allemand. Il l’est aussi car la science du monde du roman est, bien malheureusement, en avance sur celle du notre, au moins dans le domaine militaire, comme il se doit.
Mais je crois que ce roman est d’abord et avant tout un conte de fée, dans ce que ce terme peut avoir de plus positif. Mais, attention aux marmots, c’est un conte de fée pour adultes. On y rencontre des monstres, des elfes (dont un prénommé Gwynplaine), des dieux celtes, et on finit même par y voyager dans le Sidh, terre métaphysique des anciens celtes, pour y chercher le salut dans les forces primordiales de la Nature, contraires de celles de la technologie. On y suit les aventures d’un jeune garçon et d’une jeune fille pauvres, courageux et nobles, en quête de survie ; on assiste à la naissance puis à la croissance de leur amour très pur ; on est témoin d’actes d’héroïsme admirables, de grandes preuves d’amitié, de sacrifices absolus. De fait, le roman ramène le lecteur aux grands récits d’aventure de son enfance, pleins de hauts faits rendus évidents par la noblesse d’âme des personnages, et de sombres complots explicables par la noirceur de leurs instigateurs.
"Du sel sous les paupières" est donc manichéen comme un vrai conte, mais il est suffisamment adulte, et d’une écriture suffisamment maitrisée, pour que son manichéisme ne paraisse jamais excessif ou stupide, au contraire. Celui-ci sert le récit, et ce roman offre au lecteur un vrai divertissement, intense, simple, et émouvant, reposant pour l’esprit dans un monde éditorial de personnages torturés et d’histoires tortueuses. Il propose aussi, ce qui ne gâche rien, quelques pages superbes, la mort du grand père, par exemple, étant un modèle de délicatesse et d’émotion contenue, ainsi que le « discours » de Gwynplaine convainquant Mädchen d’accepter son sacrifice.
Au final donc, un roman agréable qui se lit vite et laisse au lecteur le goût du contentement.
Du sel sous les paupières, Thomas Day

Commentaires

Lhisbei a dit…
Il est dans ma PAL celui-là (enfin il sera dans ma PAL à la fin mois maintenant :p)
Gromovar a dit…
J'espère que tu aimeras.
Anudar a dit…
Une chronique bien alléchante. Je crois que Xavier va me voir passer Samedi chez Scylla, tiens... Sinon, je vais oublier de l'acheter !
Lorhkan a dit…
Ça m'a l'air tout à fait recommandable, j'achète ! :)
Et pour ne rien gâcher, la couverture est très réussie.
Gromovar a dit…
Tiens, tu es online, ça alors !
Efelle a dit…
En voilà un que j'ai oublié d'acheter. Dommage, je ne sais pas quand sera la prochaine session d'achat mais je me le note.