La Seconde vie de Sander - Stepan Razorënov

Sander est mort. Et Sander « renaît », dans un au-delà qui est peut-être l’Enfer, ou pas. Un Diable y règne en tout cas, mais il ne contrôle qu’un palais, une salle de torture, et quelques troupes, chasseurs, gardes et tortionnaires. Le reste est un no man’s land dans lequel errent les bannis tels que lui, anciens humains que leur trépas puis leur renaissance ont revêtu de formes monstrueuses. Contrairement à certains égarés, Sander ne se suicide pas dès sa renaissance. Contrairement à tous, il ne se satisfait pas d’une existence stérile et oisive dans un monde vide où rien d’autre n’arrive que les attaques périodiques des chasseurs du Diable qui enlèvent les born-again et les emmènent vers un avenir de torture. Non. Sander est différent. Sander a une idée et un projet. Fédérer autour de lui les énergies et les compétences de tous les born-again pour bâtir une ville dans laquelle tous (les déjà présents comme les nouveaux arrivants) seront accueillis, tous vivront mieux, t...

Ecologie radicale


Après le foisonnant et primé The windup girl, l'excellent Paolo Bacigalupi revient avec une novella située dans un univers totalement différent. "The Alchemist" se passe dans un monde qui rappelle fortement les Mille et une nuits, même si ce n'est jamais explicitement évoqué. L'alchimie et l'alchimiste, le maire et son mage, vrais despotes orientaux rappelant un calife et son vizir, la servante fidèle, les épices, tout dans "The Alchemist" rappelle à ma mémoire la Bagdad de Haroun Ar-Rachid. La particularité de ce monde, par rapport au nôtre, est que chacun peut y pratiquer la magie. La particularité de ce monde, par rapport aux autres mondes de fantasy, est le fait que chaque sort lancé, où que ce soit et si minime soit-il, provoque la pousse d'un plant de ronce vénéneuse. Ailleurs, hors de vue, loin. Un sort, un plant ; mille sorts, mille plants. Lentement mais sûrement, les ronces recouvrent le monde, détruisant villes et terres cultivables, transformant citadins et paysans en réfugiés. Dans les cités qui résistent, de dures lois anti-magie existent, punissant de mort ceux qui osent l'utiliser. Mais même ces lois, impitoyablement appliquées pourtant, n'éradiquent pas totalement la magie, et le fléau végétal progresse. A Khaim, après des années de travail acharné qui l'ont mené au bord de la ruine, un alchimiste invente une machine qui permet de détruire les ronces. C'est l'espoir d'un renouveau...ou pas.
"The Alchemist" est un beau texte. L'écriture de Bacigalupi est limpide, et l'histoire qu'il raconte émouvante, captivante, révoltante, en un mot, passionnante. Mais la qualité principale de cette novella est de proposer deux niveaux de lecture. On peut y voir une histoire d'amour, d'obsession, de trahison, de meurtre, et de grand courage. Elle est tout cela. Elle est aussi bien plus. Superbe description d'une externalité négative et de l'insouciance avec laquelle tout le monde la traite, illustration du court-termisme et du nimby des consommateurs de magie, réflexion sur la fin et les moyens de la politique, rappel de la responsabilité historique des scientifiques, démonstration des dangers d'une morale trop radicale portée par des machiavéliens. "The Alchemist" arrive à faire passer un message politique pour l'écologisme et contre l'écologisme radical superbement camouflé en récit d'aventure exotique. Du beau travail qui mériterait de gagner le Nébula de la meilleure novella, pour lequel elle est nominée cette année.
Notons que ce texte est lié au "The Executioness" de Tobias S. Buckell, qui se passe dans le même monde, et que je n'ai pas lu.
The Alchemist, Paolo Bacigalupi

L'avis de Cédric Jeanneret est ici.

Commentaires

Efelle a dit…
Mais c'est que cela à l'air chouette comme tout !
Tu l'as lu en format numérique ?
Gromovar a dit…
Malheureusement non. Mais c'est dispo sur Amazon France. Et le petit livre est plutôt joli.
Ho que cela donne envie ! Car les nouvelles qui donnent à penser en plus de divertir se font de plus en plus rare.
Merci mr. Gromovar pour cette piste interessante.
Gromovar a dit…
You welcome :)