D'autres chants - Jacek Dukaj

D’autres chants est un roman écrit en 2003 par Jacek Dukaj (l’auteur du très original Old Axolotl ) . Le moins qu’on puisse dire de ce roman lauréat du Janusz A. Zajdel Award en 2003 est qu’il brille aussi par son originalité. Qu’on en juge ! Douze siècles après la chute de Rome, le monde est une sorte de mélange entre Renaissance en approche, Antiquité tardive, Royaumes des 1001 nuits et Terra incognita peuplée de monstres. Si ce n’était que ça, l’auteur livrerait déjà un background uchronique parfaitement dépaysant. Mais Dukaj ne s’arrête pas là. Son monde n’est pas gouverné par les lois de la physique telles que nous les connaissons, mais par les principes de la métaphysique aristotélicienne. Les corps y sont constitués des éléments classiques, tandis que toute chose sensible résulte de l’organisation de la Matière par la Forme. La Matière constitue le substrat potentiel d’un être ; la Forme organise cette Matière et fait qu’une chose est précisément ce qu’elle est. Ainsi, une stat...

Quand on sulfate la vigne, on flingue des coccinelles


Après une longue attente, le second volume de la belle série "Mattéo", de Jean-Pierre Gibrat, est sorti. Il est largement à la hauteur du premier, chroniqué ici. Après la Grande Guerre et la fuite en Espagne de Mattéo, le jeune anarchiste espagnol, toujours amoureux de la belle Juliette qui l'a trahi pour un bourgeois, s'embarque, plein d'espoir, pour Pétrograd afin de participer à la Révolution russe. Il y rencontre la belle Léa (décidément !) et beaucoup de désillusions.
Dans une ville en ébullition, où se côtoient tous les révolutionnaires de la planète, le bel idéalisme des anarchistes se fracasse sur le cynisme bolchévik. La brutalité des léninistes vient progressivement à bout de toutes les autres factions, avant de commencer à se retourner contre elle-même dans ce qui préfigure ce que sera la terreur soviétique, ce totalitarisme dans lequel chacun, même le moins suspect, est potentiellement coupable. La fin justifie les moyens, les pertes collatérales sont acceptables, et, comme le dit, parait-il, Arnaud Amaury, au siège de Béziers : "Tuez-les tous, Dieu reconnaîtra les siens". Les intellectuels pensent la Révolution, et les pauvres diables qui la font boivent pour se donner du courage, luttent souvent les uns contre les autres, et crèvent au nom d'alliances qui se font et se défont sans cesse, quand ils n'arrêtent pas de plus pauvres diables encore.
Les graphismes de Gibrat sont toujours superbes. J'ai déjà dit tout le bien que j'en pensais dans la chronique précédente.
Comme précédemment, j'attends avec impatience le volume suivant pour un autre lieu et une autre guerre.
NB : Si on veut voir comme les bolchéviks étaient des gens sympathiques, on peut aussi lire Octobre Noir, même si la qualité n'est pas vraiment au rendez-vous de cet album. Grumf !
Mattéo, t.2, Jean-Pierre Gibrat

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