Ode to the Half-Broken - Suzanne Palmer

2066. Guerres et catastrophes environnementales, notre monde a failli se terminer il y a quarante ans. Puis, lassitude et attrition aidant, les choses se sont (presque) calmées. Reste une civilisation humaine largement détruite, et un environnement naturel qui ne vaut guère mieux. Tentent d’y survivre, autant que faire se peut, les humains survivants et des méchas qui ont acquis, au fil des ans, une conscience et leur autonomie – une agency dirait William Gibson. Dans ce monde qui tente péniblement de se reconstruire vit paisiblement un ancien mécha de combat (qui a abandonné son ancien nom et pas encore choisi le suivant – qui sera Be) . Le bot, seul depuis des décennies comme un parfait ermite, s’intéresse aux fourmis et plus généralement aux insectes. Il se « réveille » un jour affalé dans une baignoire, après 36 heures de shutdown forcé, sans aucun souvenir de ce qui a causé cet arrêt. Plus problématique encore : il lui manque la jambe gauche. Si Be a tourné le dos au m...

Quand on sulfate la vigne, on flingue des coccinelles


Après une longue attente, le second volume de la belle série "Mattéo", de Jean-Pierre Gibrat, est sorti. Il est largement à la hauteur du premier, chroniqué ici. Après la Grande Guerre et la fuite en Espagne de Mattéo, le jeune anarchiste espagnol, toujours amoureux de la belle Juliette qui l'a trahi pour un bourgeois, s'embarque, plein d'espoir, pour Pétrograd afin de participer à la Révolution russe. Il y rencontre la belle Léa (décidément !) et beaucoup de désillusions.
Dans une ville en ébullition, où se côtoient tous les révolutionnaires de la planète, le bel idéalisme des anarchistes se fracasse sur le cynisme bolchévik. La brutalité des léninistes vient progressivement à bout de toutes les autres factions, avant de commencer à se retourner contre elle-même dans ce qui préfigure ce que sera la terreur soviétique, ce totalitarisme dans lequel chacun, même le moins suspect, est potentiellement coupable. La fin justifie les moyens, les pertes collatérales sont acceptables, et, comme le dit, parait-il, Arnaud Amaury, au siège de Béziers : "Tuez-les tous, Dieu reconnaîtra les siens". Les intellectuels pensent la Révolution, et les pauvres diables qui la font boivent pour se donner du courage, luttent souvent les uns contre les autres, et crèvent au nom d'alliances qui se font et se défont sans cesse, quand ils n'arrêtent pas de plus pauvres diables encore.
Les graphismes de Gibrat sont toujours superbes. J'ai déjà dit tout le bien que j'en pensais dans la chronique précédente.
Comme précédemment, j'attends avec impatience le volume suivant pour un autre lieu et une autre guerre.
NB : Si on veut voir comme les bolchéviks étaient des gens sympathiques, on peut aussi lire Octobre Noir, même si la qualité n'est pas vraiment au rendez-vous de cet album. Grumf !
Mattéo, t.2, Jean-Pierre Gibrat

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