Revue Tina IA - Collectif

  Je ne suis guère partisan de l'autopromo mais, la revue étant collective, je veux signaler ici la sortie du numéro de  la revue Tina  consacrée à l'IA. Je ne citerai personne pour n'oublier personne (sommaire ci-dessous) , je dirai juste ici que les 190 pages de la revue sont bien remplies de fictions autant que de non-fictions, qu'on y croise Ian Soliane ( qui commence à être bien connu des lecteurs de ce blog ) , qu'on y lit de la poésie et qu'on peut même y écouter une bande-son. Le sommaire complet de la revue est disponible là. Allez y jeter un oeil, voire les deux.

Ossements et espoirs


Denoël publie cette année un roman de RC Wilson qui date de 1991. C'est une excellente initiative, même si "A bridge of years", titre parfaitement adapté à l'histoire, devient étonnamment en français "A travers temps".
Dans "A travers temps", un homme trouve dans sa cave un tunnel vers le passé récent, l'éternel âge d'or de la génération précédente. Qu'en fera-t-il ?
Sur ce pitch minimaliste, Wilson développe une bien belle histoire mélancolique. Fidèle à l'approche dans laquelle il excelle, il délaisse les questions de plausibilité pour se consacrer à étudier l'effet des perturbations scientifiques sur la vie de ceux qu'elles affectent.
Le temps peut-il être une échappatoire ? Peut-on quitter un hic et nunc décevant pour un autre chronos plutôt que pour un autre topos ? Comment vivre dans un monde dont on connait l'avenir ? Comment s'y impliquer ? Comment laisser les autres se tromper ? Que peuvent être pour nous des autres, vivants devant nous mais déjà morts dans notre passé ? Comment juger des conflits dont la futilité sera avérée ultérieurement ? Comment ne pas trouver tout conflit absurde ?
A toutes ces questions que se posent les héros du roman, RC Wilson apporte des réponses sensibles et balancées. Ce que traite Wilson dans ce roman, c'est la valeur du présent. Ce lieu, qui cesse d'exister dès sa création, est pour Wilson le point où se rencontrent les ossements du passé et les espoirs d'avenir. Il est donc le seul où l'Homme peut vivre, laissant reposer les morts et espérant en des lendemains meilleurs. Contrairement à un Barrès déclarant "La nation, c'est la terre et les morts", Wilson sait que le passé n'existe que pour servir de fondation à l'avenir.
L'œuvre de Wilson mêle souvent l'humain et le temps, c'est encore le cas ici et c'est judicieux car la conscience du passage du temps est l'un des seuls problèmes qui soient strictement humains. Il avait été traité aussi d'une superbe manière dans le magnifique Le jeune homme, la mort, et le temps, de Richard Matheson. Dans un style très classique rappelant bien plus Matheson, justement, ou Dick que la Hard-SF, Wilson bâtit une histoire émouvante et profonde. Lire "A travers temps" laisse un sentiment doux-amer, paisiblement mélancolique.
A travers temps, Robert Charles Wilson

L'avis d'Efelle

Commentaires

Efelle a dit…
Une très bonne surprise en ce qui me concerne.