L'Homme sans tête - Gene Wolfe

Dans le Bifrost 124 , il y a les rubriques habituelles. Critiques des nouveautés, scientifiction (dans laquelle Roland Lehoucq décortique le film Projet Dernière Chance ) , etc. Il y a un édito d'Olivier Girard qui parle de confiance dans le monde du livre, confiance entre les petites mains, par-delà la valse des généraux, confiance qui permet de travailler et de continuer à le faire en dépit des vicissitudes capitalistiques. Chroniquant le Trois Oboles pour Charon de Frank Ferric, j’écrivais « L’absurdité du conflit des hommes est le seul spectacle que l’éternité lui offre » . Je m’y tiens. Dans le Bifrost 124 , il y a un volumineux dossier sur le très prolifique et insaisissable Antoine Volodine. L’homme a ses fans, je n’en suis pas, je n’ai donc pas grand-chose à en dire si ce n’est que le dossier semble vraiment très complet, comprenant notamment une longue interview réalisée par Hugues Robert. Il y a aussi dans le Bifrost 124 , une très courte nouvelle de Gene Wolfe. L’H...

Ossements et espoirs


Denoël publie cette année un roman de RC Wilson qui date de 1991. C'est une excellente initiative, même si "A bridge of years", titre parfaitement adapté à l'histoire, devient étonnamment en français "A travers temps".
Dans "A travers temps", un homme trouve dans sa cave un tunnel vers le passé récent, l'éternel âge d'or de la génération précédente. Qu'en fera-t-il ?
Sur ce pitch minimaliste, Wilson développe une bien belle histoire mélancolique. Fidèle à l'approche dans laquelle il excelle, il délaisse les questions de plausibilité pour se consacrer à étudier l'effet des perturbations scientifiques sur la vie de ceux qu'elles affectent.
Le temps peut-il être une échappatoire ? Peut-on quitter un hic et nunc décevant pour un autre chronos plutôt que pour un autre topos ? Comment vivre dans un monde dont on connait l'avenir ? Comment s'y impliquer ? Comment laisser les autres se tromper ? Que peuvent être pour nous des autres, vivants devant nous mais déjà morts dans notre passé ? Comment juger des conflits dont la futilité sera avérée ultérieurement ? Comment ne pas trouver tout conflit absurde ?
A toutes ces questions que se posent les héros du roman, RC Wilson apporte des réponses sensibles et balancées. Ce que traite Wilson dans ce roman, c'est la valeur du présent. Ce lieu, qui cesse d'exister dès sa création, est pour Wilson le point où se rencontrent les ossements du passé et les espoirs d'avenir. Il est donc le seul où l'Homme peut vivre, laissant reposer les morts et espérant en des lendemains meilleurs. Contrairement à un Barrès déclarant "La nation, c'est la terre et les morts", Wilson sait que le passé n'existe que pour servir de fondation à l'avenir.
L'œuvre de Wilson mêle souvent l'humain et le temps, c'est encore le cas ici et c'est judicieux car la conscience du passage du temps est l'un des seuls problèmes qui soient strictement humains. Il avait été traité aussi d'une superbe manière dans le magnifique Le jeune homme, la mort, et le temps, de Richard Matheson. Dans un style très classique rappelant bien plus Matheson, justement, ou Dick que la Hard-SF, Wilson bâtit une histoire émouvante et profonde. Lire "A travers temps" laisse un sentiment doux-amer, paisiblement mélancolique.
A travers temps, Robert Charles Wilson

L'avis d'Efelle

Commentaires

Efelle a dit…
Une très bonne surprise en ce qui me concerne.