No time to waste : Docteur Fatalis - Brubaker

Un zeste de Diablo , un soupçon de Docteur Strange , un fumet de Ghost Rider , le tout nappé d'un invraisemblance rarement égalée. L'origin story de Docteur Fatalis par Brubaker n'est guère brillante. Voir un tzigane en roulotte développer des machines complexes qui nécessitent forcément des matériaux rares et chers ainsi que de l'appareillage de précision est profondément absurde. Cela empêche d'entrer dans une histoire qui impose une trop forte suspension d'incrédulité (et pourtant, je suis plutôt bien doté de ce côté-là) . Voir un personnage aussi irrémédiablement mauvais grandir sans jamais la moindre nuance, c'est peu excitant sur le plan dramatique. La messe est dite dès la première page et ce n'est pas le twist final inutile qui sauve l'ensemble de l'ennui. Docteur Fatalis, Brubaker, Raimondi

Nec Deleatur


Voici un livre que je n'aurais jamais du lire. Titre cryptique et couverture peu engageante ne sont que les moindres de ses handicaps. Le pire est là : il est introuvable en librairie. Frédéric Delmeulle n'a trouvé qu'un éditeur Internet pour publier son premier roman : l'Editeur Indépendant. Chaque exemplaire y est imprimé à la commande et expédié chez vous sous 8 jours. 300 exemplaires vendus et c'est rentable, sinon tant pis. J'aimerais pouvoir dire que mon flair infaillible m'a guidé vers cet ouvrage mais l'honnêteté m'oblige à dire que c'est faux. Le premier roman de Frédéric Delmeulle a bénéficié d'une review élogieuse par Gérard Klein himself, review qui a été à la source d'un buzz important sur le Net, et le murmure a fini par arriver jusqu'à moi (intéresssant de noter qu'une traduction approximative de buzz pourrait être al azif).
Qu'en est-il du texte ? Sur un autre site quelqu'un a écrit que c'est entre Jules Verne et du pulp. Comme je crois que c'est la définition ultime de ce livre je ne vais rien y changer. Ici pas de Hard-SF ou de spéculation sociale ou politique, c'est de la SF à l'ancienne. On vogue entre Lovecraft, "20000 lieues sous les mers" et les strips du Fantôme. Il y a des héros (peu), un mystère, une enquête d'archiviste, une machine, des paradoxes temporels particulièrement bien gérés, un monceau de références, et un amour des livres qui traverse toutes les pages du livre et qui éveille des échos forts chez moi. Le texte est graphiquement violent et il est le fils assumé de la violence du XXème siècle. Les surprises sont nombreuses et l'histoire nous amène toujours dans des directions déroutantes (donnant même la solution d'un mystère historique qui avait agité la France) jusqu'à un twist final ironique. Au final "Nec Deleatur" est très agréable, et très rapide à lire parce qu'on a vraiment envie de savoir comment le héros du livre va se déméler de l'embrouillamini dans lequel il s'est mis. Je ne peux donc que conseiller l'achat et la lecture de ce livre. C'est un vrai plaisir, c'est un soutien à un jeune auteur qui sera peut-être publié la prochaine fois de manière plus conventionnelle, c'est un encouragement pour le site d'Editeur Indépendant, c'est surtout trois bonnes soirées qu'on passe à tenter de comprendre ce qui se trame réellement dans l'écheveau du temps.
Nec Deleatur, Frédéric Delmeulle

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