The Apologists - Tade Thompson

The Apologists est une novella de Tade ‘Molly Southbourne’ Thompson, finaliste du BFSA Award 2025  (c’est mérité, ça mérite  même  mieux imho) . Elle est lisible là . Londres. Maintenant ? Bientôt ? Eve Stevens est une inspectrice de la police britannique. Elle vit avec Dane Russell, à l’évidence un artiste, peut-être un autiste. Alors que Dane travaille sur sa prochaine exposition, Eve est envoyée sur un double meurtre. La scène de crime est une maison. S'y trouvent une mère et sa fille. L’enquête commence. Eve s’y investit, au-delà même de son devoir. Phrases courtes au présent. Focalisation sur un point de vue. Primats des faits sur les sentiments. C’est le style qu’a choisi Thompson pour cette novella. Il est approprié. Dérangé d’abord par cette approche très minimaliste, le lecteur l’est encore plus quand il commence à réaliser que quelque chose ne va pas, que le monde d’Eve et Dane ne colle ni avec un maintenant connu ni avec un bientôt imaginable. Comme dans Les ...

Eric Zemmour is a variant 13


Richard Morgan est un excellent auteur de SF. Il est capable d'imaginer des histoires crédibles dont les effets du progrès technique soient les moteurs. En cela il rejoint Jules Verne. Son premier roman, chroniqué ici, utilisait d'une manière extrèmement imaginative le concept de numérisation de la mémoire; dans "Black Man" c'est de modifications génétiques qu'il est question.
Comme William Gibson, qui inventa le Cyberpunk dans l'inégalé "Neuromancien" en intégrant des systèmes informatiques à des hommes, Richard Morgan crée une science-fiction proche de notre temps, moins chatoyante que celle de Gibson mais de fait plus crédible.
Comme son premier roman "Carbone modifié", "Black Man" est un polar. Dans un monde où des expériences de génie génétique sont effectuées en secret par les Etats pour tenter de créer des troupes d'élite, sous le contrôle d'une ONU qui tente de les en empécher, une série de meurtres sans liens apparents est commise par une chimère génétique, revenu de Mars dans des conditions atroces mais caractéristiques, un variant 13, produit d'un laboratoire militaire aux caractéristiques de male alpha conçu pour servir de troupe de choc, est soupçonné d'être à l'origine de ces meurtres. Un autre variant 13 est recruté pour l'arrêter. Je ne dévoile rien de plus. Sachez simplement que rien n'est aussi simple qu'il n'y paraît.
Le roman nous montre une Amérique déchirée, un monde où la puissance chinoise est dominante. Il manipule - et le lecteur l'est aussi - les notions d'ambition, de trahison, de secret. Il joue sans cesse sur les notions d'inné et d'acquis, de liberté par rapport à son hardware génétique. Il développe longuement l'opposition entre les variant 13, males dominants agressifs et sociopathes, et les humains standards qui les diabolisent et tentent de les contrôler mais en ont besoin pour mener leurs guerres, car, même si l'agressivité s'éteint, les conflits d'intérêts demeurent. Il décrit des projets de création et d'élevage de variants génétiques dignes de l'opération Lebensborn dans l'Allemagne nazie. Et on se dit alors qu'il y a suffisamment de dictatures sur Terre pour que ce type de programme soit mis en branle. Et on se dit aussi que les services spéciaux des démocraties feront certainement fabriquer par les dites dictatures les chimères qu'ils ne peuvent produire eux-mêmes. Le roman de Richard Morgan ouvre une voie d'interrogation crédible sur l'utilisation du génie génétique. Pour moi, quand la SF encourage une réflexion intelligente sur le monde tout en dépaysant, elle fait son travail.
Black Man, Richard Morgan

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