A Forest Darkly - Angela Slatter

Monde de Sourdough , encore. Dans la Grande Forêt Sombre que tout monde de conte noir se doit de posséder. Mehrab est une sorcière. Elle vit dans une petite cabane au cœur de la forêt, non loin du minuscule village de Berhta’s Forge. Difficile de faire plus à l’écart du fracas du monde : de Lodellan jusqu’au bord de la Grande Forêt, le voyage prend plusieurs mois de route, et ensuite, une fois arrivé à la lisière de la forêt, il faut encore environ six semaines pour rejoindre Berhta’s Forge, qui se trouve assez profondément dans la forêt, non loin de son cœur selon les cartes – bien que celles-ci restent très imprécises. C’est pourtant sur le pas de sa porte, au fin fond de cette retraite, que le monde va s’inviter sous la forme d’une jeune fille en fuite, Rhea. Rhea est une très jeune sorcière. Prise en charge par les Visiting Sisters après un acte assez grave pour mettre sa vie en danger (si sa nature même de sorcière n’engendrait pas déjà un risque suffisant) , Rhea est passée de ma...

The Discrete Charm of the Turing Machine - Greg Egan

© R. Kikuo Johnson pour The New-Yorker

Futur proche. Dan vend des rachats de crédit à des ménages surendettés. Il fait ce métier depuis des années, et il le fait très bien. Et pourtant, voilà qu'un jour il est licencié, éjecté, viré, comme un malpropre, sans préavis ni considération.
Si Dan ne se retrouve pas tout de suite à la rue, c'est grâce au salaire de Janice, sa femme, qui accumule les heures supplémentaires à l'hôpital où elle travaille. Pour quelques temps encore, le couple pourra continuer de rembourser le crédit de la maison et de payer l'école de leur fille, Carlie. Mais pour combien de temps ? La question est d’importance car si Dan se définit comme « entre deux jobs », il connaît un autre parent d'élève, Graham, qui lui aussi est « entre deux jobs », depuis deux ans maintenant.

Avec "The Discrete Charm of the Turing Machine", Greg Egan adresse la question, politiquement épineuse, de l'attrition de la classe moyenne. Impressionnant aux USA, le phénomène touche à des degrés divers toutes les économies développées (et, bien sûr, il a fait débat en France) ; il est rendu visible par le double diamant de Perucci (ci-dessous).


Baisse du revenu réel, hausse du taux de chômage, limitation des opportunités de mobilité sociale ascendante, perte des parachutes sociaux, le déclassement (réel ou fantasmé) se manifeste dans de nombreuses variables depuis les années 70 et, partout, il fait le lit des populismes.

Après la prospérité et l'ascenseur social (souvent surévalué) des Trente Glorieuses, la mondialisation, le ralentissement économique occidental, et un partage de la valeur ajoutée plus favorable aux actionnaires (les trois étant très liés) avaient mis un terme à ce qu'on pouvait considérer comme une répartition « équitable » des fruits de la croissance. Dans un premier temps, les effets délétères du phénomène furent circonscris à la classe populaire. De ce fait, la classe moyenne, fille et gagnante des Trente Glorieuses, pensa longtemps qu'elle ne serait pas affectée. Elle était diplômée – elle avait joué elle-même le jeu de l'école avant d'investir massivement dans la scolarité de ses enfants – ; elle était convaincue que ses compétences, complexes, la destinait à des tâches intellectuelles, non répétitives voire créatives, des tâches impossibles à automatiser, à contrario de celles des ouvriers ou employés. Même si le seuil de vulnérabilité aux changements techniques s'élevait sans cesse, ingénieurs, libéraux, managers se pensaient à l'abri. C'était sans compter avec la numérisation et l'algorithmique.

Tout ceci est en cours et à peu près connu. Dans "The Discrete Charm of the Turing Machine", Egan part d'ici et se projette – très peu – dans l'avenir. Pour augmenter toujours plus la rentabilité du capital, des logiciels de skill-cloning y observent les salariés afin d'apprendre à les remplacer, ce qu'ils finissent toujours par faire entraînant par là-même un basculement rapide dans un monde où presque tout travail est superflu. Problème : un système de production de masse a besoin, en regard, d'une consommation de masse, sinon la descente aux enfers que connaissent Dan et ses innombrables semblables finirait par nuire au capitalisme lui-même. C'est alors que le système trouve une solution innovante pour surmonter ses contradictions, une solution aussi viable qu'absurde que Dan finit par découvrir et que le lecteur trouvera dans les pages de la nouvelle.
Pour Dan, d'abord ébranlé, il est alors temps de se mettre en état de survivre au nouvel ordre du monde.

The Discrete Charm of the Turing Machine, Greg Egan

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