jeudi 11 janvier 2018

Sherlock Holmes and the Miskatonic Monstrosities - James Lovegrove


Il y a peu, je lisais pour Bifrost Sherlock Holmes et les ombres de Shadwell, de James Lovegrove. Histoire secrète de Sherlock Holmes, le roman, très plaisant à lire (et disponible en VF en février), proposait de découvrir le plus grand détective du monde dans un rôle aussi inédit qu’étonnant, celui d'un héros de l'ombre luttant sans relâche contre des menaces indicibles autant que mortelles. A contrario de ce que nous croyions savoir, Holmes et Watson luttèrent bien plus contre les Anciens que contre le crime.

Grand amateur des deux mythologies qui se croisaient dans ce roman, et ayant trouvé le mélange fait par Lovegrove plutôt réussi, j'ai lu sans attendre "Sherlock Holmes and the Miskatonic Monstrosities", le second tome d'un cycle qui en comptera trois. Plongeons-y ensemble, et ainsi préparons-nous à l'arrivée future de la VF.

"Sherlock Holmes and the Miskatonic Monstrosities" est un tome 2. Cela signifie que le travail d’exposition du premier volume est terminé. Le lecteur sait où il met les pieds, il sait comment Holmes et Watson se sont trouvés embarqués dans leurs aventures occultes, il sait peu ou prou quel rôle jouent les détectives britanniques dans la lutte contre la menace ultime que représentent les Grands Anciens, il sait enfin quels moyens arcaniques les deux gentlemen se sont procurés pour remplir leur mission. De ce fait, Lovegrove peut se permettre d'être moins descriptif et plus détendu dans sa narration, et ça se sent. D'autant que les bonnes critiques reçues par le premier volume avaient validé l'expérience et sûrement mis l'auteur en confiance.
Lovegrove prend donc, dans ce tome, un malin plaisir à croiser des références nombreuses venues tant de chez Doyle que de chez Lovecraft, et à leur donner souvent une tournure amusante. Il réécrit la nature et la biographie de personnages cultes tels que les Irréguliers de Baker Street ou Mycroft Holmes, il crée un Club Dagon à l'intérieur du Club Diogène, il raconte l'atroce vérité sur la mort de Mary Watson, il fait raconter à son narrateur – l’inévitable Dr Watson – le vrai fin mot sinistre de l'histoire de récits célèbres, tels que L'escarboucle bleue ou Le chien des Baskerville par exemple. C'est rythmé, enlevé, très agréable à lire. Fascinant quand on connaît bien Holmes, et très lisible même dans le cas contraire.

"Sherlock Holmes and the Miskatonic Monstrosities" est un Sherlock Holmes. C'est à dire qu'on y retrouve – dans sa première partie en tout cas – les modes typiquement holmesiens de raisonnement et les personnalités affirmées des deux héros victoriens. On y croise à nouveau, entre maints autres périls, l’inévitable Némésis du duo. On y reprend la structure en trois parties (présent + long flashback + retour au présent/compréhension/conclusion) d'Une étude en rouge. On y assiste aux déductions brillantes de Holmes et à la loyauté sans faille d'un Watson pince sans rire et fiable qui ferait bien, parfois, d'envoyer bouler le très brutal détective ; mais l'amitié entre les deux hommes est forte et profonde, elle est le lien indéfectible qui leur permet de surmonter la pire adversité.

"Sherlock Holmes and the Miskatonic Monstrosities" est surtout une histoire du mythe de Cthulhu. Plus que la partie Holmes, c'est la partie « lovecraftienne » qui impressionne par la qualité de l'hommage. Lovegrove n'invente (presque) pas. Il reprend beaucoup d'éléments du canon, même hors Lovecraft. Il écrit comme un fan, pour les fans bien sûr, mais en construisant aussi une histoire qu'un non-fan peut lire avec plaisir.
Qui est le fou de Bedlam ? Que signifient les imprécations qu'il profère ? Quel lien existe-t-il entre le fou de Bedlam et cet autre yankee qui donna une conférence sur la cryptozoologie au Club Diogène ? Qui a enlevé le fou et pourquoi ? Il y a là un grand mystère, il y a là une enquête à mener et des vérités cachées à mettre à jour. Tout lecteur, fan ou non, peut adhérer au projet.
Alors que les soubassements de l'affaire londonienne se dévoilent aux détectives, le lecteur croisera des allusions ou des correspondances plus ou moins explicites à La couleur tombée du ciel, aux Montagnes hallucinées, au Cauchemar d'Innsmouth, ou au cycle des Contrées du Rêve. Il remontera la Miskatonic sur un vieux vapeur pourri entre Au cœur des ténébres et African Queen (les sangsues !!!), et sentira la tension augmenter avec chaque mètre parcouru. Il assistera à l'emprise d'un esprit malveillant sur un génie fragile, dans une relation mortifère qui évoque autant L'affaire Charles Dexter Ward que le Réanimator de Brian Yuzna. Il verra un shoggoth, et croisera un aliéniste nommé Joshi ! Que demande le peuple ?

Aussi, c'est à une lecture authentiquement jubilatoire que Lovegrove convie son lecteur. Fan de Doyle, de Lovecraft, des deux, ou d'aucun, il y a quelque chose pour chacun entre ces deux couvertures, même si l'honnêteté oblige à dire que Lovecraft y retrouvera plus que Doyle ses petits. C'est un vrai roman plaisir que ce second tome, il complète en mieux son prédécesseur et j'attends maintenant encore mieux de son successeur à venir, ce tome 3 qui mettra un terme à l'histoire secrète de Sherlock Holmes telle que racontée par Watson dans la version de Lovegrove.

Sherlock Holmes and the Miskatonic Monstrosities, James Lovegrove

2 commentaires:

Eskatien a dit…

Hello.

Je suis autant amateur de Doyle que de Lovecraft mais j'avoue que le mélange du rationalisme scientifique de l'un avec le pessimisme halluciné de l'autre ne me tentait pas. Les quelques tentatives que j'ai lu dans le domaine (Shadows over Baker Street, Gaslight Grimoire) sont calamiteuses et n'arrivent pas à concilier l'irrationnel du mythe et la méthode de Holmes.
Mais présentés ainsi, les textes de Lovegrove donnent vraiment envie d'être découverts. Peut-être parce qu'il s'agit de pastiches et d'hommages ou d'une réécriture des intrigues de l'un avec la grille de lecture de l'autre ? En tout cas, merci pour cette chronique.

Gromovar a dit…

Je comprends l'inquiétude, j'y suis aussi allé avec des pincettes.

Disons que la mythologie lovecraftienne n'est pas surnaturelle, elle est simplement d'une naturalité très surprenante. La "magie" y est assimilé à la maitrise de domaines mathématiques encore inexplorés par l'humanité.
Holmes découvre de manière irréfutable l'existence de cette réalité et il entreprend de l'étudier avec la rigueur et la volonté d'exhaustivité qu'il manifeste dans tous ses autres champs d'étude.

Honnêtement, je n'ai jamais été choqué par le mashup de Lovegrove, et pourtant je suis un fervent Holmesien qui a lu l'intégralité de l’œuvre et qui se méfiait du mix.
Après, je le répète, l'hommage est plus appuyé à Lovecraft qu'à Doyle, en dépit des personnages principaux, car c'est Holmes qui est bien obligé de venir sur le terrain du mythe ; mais il le fait à sa manière cartésienne, par l'étude et la maitrise, et le tout est narré avec le ton inimitable de Watson.

Pour info, je ne suis pas fan du "Study in Emerald" de Gaiman.