mercredi 5 avril 2017

Luna Wolf Moon - Ian McDonald - Harsh


"Luna, Wolf Moon" est, après New Moon, le tome deux d'une série qui en comptera trois alors qu'originellement elle devait n'être qu'un diptyque ; les exigences matérielles d'une adaptation télé à venir.
Tome 2 sur 3, il souffre de ce que j'appelle dorénavant « la malédiction des tomes centraux », même s'il reste un roman d'une lecture plus qu'agréable, au-dessus d'une grande partie de la production actuelle.
Contrainte pénible (comme d'hab.) : ne pas spoiler le 1 pour les « pas encore lecteurs » du 1.

Après les événements qui concluaient le premier volume, les équilibres changent sur la Lune. Et, comme le sait tout physicien, la sortie d'un équilibre stable conduit bien plus souvent vers un déséquilibre persistant que vers un nouvel équilibre stable. Ici, comme dans GoT, un incendie initialement limité finit par mettre le feu à toute la forêt.

Terre et Lune sont en ébullition. Une famille éparpillée, des désirs brûlants de vengeance, des positions à affirmer, à consolider, ou à reconstruire, une conflagration qui, de locale, finira par devenir globale. Célèbres et anonymes vont encore mourir quand les plans brutaux des uns ou des autres seront mis en application. Et l'avant-poste industriel culturellement inédit et juridiquement contractuel que constitue la société lunaire découvrira douloureusement, comme le découvrirent en leur temps les pionniers de la Conquête de l'Ouest, qu'arrive toujours un moment où le centre se rappelle au souvenir de la périphérie.
A la fin du roman, nombre de fils nouveaux sont tirés mais aucun n'est arrivé à sa conclusion. Ceci sera pour le troisième et dernier voyage sur la Lune. En terme d'explication, je ne peux faire moins mais ne veut dire plus.

Ce second volume permet à McDonald de développer son histoire dans un monde dont le lecteur est maintenant familier. L'immersion est donc facile et rapide, et le roman un vrai page turner. D'autant que le récit s'y prête. Survie, vengeance, intrigue et manipulation, tirent une histoire très vive, parfois visiblement découpée – avec des transitions très (trop ?) rapides – pour une adaptation télé.

On y voit les personnages survivants du premier tome puiser dans leur malheur les ressources morales de se dépasser, pour certains bien au-delà de ce qui aurait été imaginable, à fortiori au vu de ce qu'on savait d'eux, de leurs faiblesses et de leur limites.
On y voit des stratégies de très long terme, datant pour certaines de décennies en arrière, porter les fruits attendus.
On y voit les alliances, souvent contractées par mariage comme dans une société féodale, se défaire – d'autant que la « guerre civile » lunaire déchire même à l'intérieur des familles.

On y voit la divergence entre les branches de l'humanité. Terriens, sélénites, spatiaux (les Vorontsovs) deviennent de plus en plus incompatibles. Culturellement bien sûr, et là, McDonald fait un travail colossal de création culturelle sur page blanche, mais aussi biologiquement, les effets de la faible gravité, voire de l'apesanteur, sur les organismes divisant l'humanité en trois branches irréconciliables dont chacune n'est plus adaptée qu'à son propre biotope – fut-il artificiel.

On y voit enfin cette Terre, chaotique et déclinante, d'où viennent autant les sélénites permanents que les contractuels temporaires. Une excursion terrienne qui introduit un nouveau et prometteur Corta.
On y voit les Etats terriens vouloir reprendre en main une colonie trop longtemps laissée à sa propre gouvernance. Le paradis libéral contractuel continuera d'exister à peu près comme avant, mais sous le contrôle de superviseurs liés aux gouvernements terriens. Un simple changement de management pour le petit peuple sélénite. Une menace mortelle pour les tycoons qui s'étaient taillés des empires sur la Lune. Le tragique d'un sacrifice vain, celui des combattants qui tombèrent pour préserver l'indépendance de la Lune.

On y voit surtout McDonald tisser une intrigue riche, la remplir d'action, de catastrophes, d'images fortes, développer ses personnages jusqu'à leur donner une profondeur émouvante, s'amuser à imaginer avec force détails une (voire deux) sociétés nouvelles totalement dégagées des contingences ataviques, faire évoluer des proto-extros, citer abondamment ses références pop, du jazz à Heinlein (et là de « Gravity is a harsh master » à, plus tard, « Earth is a harsh mistress »), offrir au lecteur une histoire qui évoque maintenant plus GoT que Dallas étant donné l'irruption des politiques étatiques dans l'affaire. De l'action plutôt intelligente et rouée, que demander de plus ? Que la suite vienne vite peut-être ?

Lune, Wolf Moon, Ian McDonald

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