mercredi 24 février 2016

The Rewind Files - Claire Willett - Trépidant


"The Rewind Files" est le premier roman de la dramaturge américaine Claire Willet. Publié par un improbable éditeur, c’est un thriller temporel tout à fait agréable à lire, pour peu qu’on lui tombe dessus.

2112, USA. Regina Bellows est un membre junior du Bureau Américain des Voyages Temporels. Très intelligente, nantie d’un diplôme en Culture du XXème Siècle et d'un autre en Chrono-Ingénierie, elle assiste l’agent senior Harold Grove, spécialiste-terrain de la seconde moitié du XXème siècle, en compagnie de la tech. Calliope. Rien que de très banal donc.
Pas tout à fait. Car, hélas pour elle, la jeune Regina est aussi la fille du légendaire agent Léo Carstairs, tué en mission, et de Katie Bellows, brillantissime numéro 2 du Bureau. Comment être à la hauteur d’une telle hérédité ? A fortiori quand on est une vraie matheuse peu habituée aux dangers du terrain ? Le sentiment d’imposture est fort chez Regina. L’autodépréciation aussi.
Et pourtant, une nuit, alors que le Bureau est presque vide de personnel, Regina détecte une Chronomalie qui menace l’agent Grove alors en mission d’observation. N’écoutant que son impulsivité et contre toutes les règles de sécurité, elle le rejoint en 1968 et parvient à le ramener in extremis, mettant ainsi en branle une série de révélations et d’évènements qui la conduiront à enquêter sur le scandale du Watergate pour tenter d’empêcher le déclenchement de la Troisième Guerre Mondiale, celle des années 80, contre la Chine, alors que Reagan était Président. Celle dont tout le monde se souvient donc.

Pour comprendre, ici, il faut savoir de quoi s’occupe le Bureau. Le voyage dans le temps fut inventé autour de 2030. Il devint possible d’envoyer des hommes dans la passé pour tenter de le modifier. Inévitablement, les premiers temps virent certaines nations tenter d’améliorer des passés peu glorieux. Mais on réalisa vite que toute modification du passé entrainait des conséquences imprévues et parfois catastrophiques. Aussi, Etats et Organisations Internationales entrèrent-elles dans la danse en créant des Bureaux officiels, seuls habilités à intervenir sur la General Timeline (celle que vous et moi connaissons ; les choses telles qu’elles sont censées se dérouler). Leur travail consiste à détecter les Chronomalies (aberrations de la GT résultant des premières interventions inopportunes sur celle-ci ou de manipulations clandestines), et à les corriger – seulement si c'est nécessaire car la plupart des Chronomalies sont sans conséquence ou se résolvent seules - en envoyant des agents de terrain tels que Grove pour changer le détail qui ramènera la GT sur les rails qu’elle n’aurait jamais dû quitter. Permettre donc à l’Histoire d’être ce qu’elle doit être et rien d’autre que ça. Les seules modifications impossibles sont celles concernant la personne elle-même, un classique des histoires de voyage temporel.

D’où venait la Chronomalie qui menaça Grove ? Que s’est–il donc passé dans cette banale année 1972 qui vit la réélection prévisible de Richard Nixon ? Pourquoi l’escalade menant à la Troisième Guerre Mondiale ? Qui tire les ficelles ? Où, et surtout quand, est le complot ? Jusqu’où s’étendent ses ramifications ? Et quel rapport a toute cette affaire avec le sinistre massacre de Sharpeville ?
C’est pour répondre à toutes ces questions que la pourtant peu physique Regina sera envoyée sous couverture à la Maison Blanche, pour sa première mission dans un passé qu’elle connait parfaitement sans y avoir jamais mis les pieds.

"The Rewind Files" raconte une enquête très dangereuse sur une énorme conspiration dont les ramifications vont bien au-delà de ce que le début laissait supposer. C’est une histoire enlevée, rapide et excitante, un vrai page turner. Mystère, intrigue, complot, le tout sur un fond historique connu du lecteur, ce serait suffisant pour une lecture agréable. Mais il y a plus dans "The Rewind Files".

D’abord les personnages. Regina Bellows est un personnage attachant et construit. Peu féminine, peu sûre d’elle-même, elle doit, par la force des choses, se mettre à la hauteur de la réputation de ses parents. D’où des erreurs, des inattentions, mais aussi un sens de l’improvisation et une capacité d’autodérision séduisants. Regina est charmante, à la fois incongrue et pétillante. Les personnages secondaires, notamment la tech. Calliope et l’agent en immersion Carter Hugues, sont aussi bien plus que des silhouettes. Sans oublier les tertiaires, parfois historiques, toujours justes dans leurs dialogues, qui ne sont pas en reste.

Puis le contexte. Cette année 1972 dans lequel se trouve plongée une jeune femme du XXIIème siècle, habituée à une égalité parfaite des sexes, et qui découvre la différence entre savoir l’inégalité et l’expérimenter. A fortiori quand l’agent Hugues, afro-américain, lui montre les préjugés raciaux toujours vivaces, et lui donne même une leçon plutôt fine sur le "privilège de l’homme blanc".

Mais rien de pompeux là-dedans. "The Rewind Files" est un roman très rapide, dans lequel les situations, même graves ou dangereuses, s’enchainent avec frénésie au cœur d’un humour à bas bruit omniprésent. Dramaturge, Willet a écrit ce roman comme on écrit parfois le théâtre, avec beaucoup de rythme, et deux angles qui alternent rapidement. Il y a quelque chose de Frank Capra dans la réalisation de ce roman. C’est vif, dynamique, enlevé, même si on peut regretter deux ou trois chapitres au milieu du récit durant lesquels réconfort familial et bons sentiments s’éternisent un peu.

Enfin, et même s’il faut accepter de ne pas trop creuser les questions de paradoxes temporels (comme c’est la plupart du temps le cas dans ce type de récit), on prendra grand plaisir à constater que le voyage dans le temps est ici au cœur de l’intrigue. Ce n’est pas juste un gimmick pour dépayser le chaland. Le complot prend appui sur le temps, il affecte le déroulement normal de l’Histoire, il implique des manipulations du temps, il ne peut être combattu qu’en utilisant pleinement les possibilités qu’offre le voyage temporel. C’est parfois limite mais toujours joliment tissé.

Un bon premier roman donc et un bon moment de lecture. Un féminisme aussi clair que digeste. Un auteur à suivre.

The Rewind Files, Claire Willett

4 commentaires:

Alias a dit…

Hop! Je mets ça dans ma wishlist, ça a l'air du tout bon!

Merci pour la chronique.

Gromovar a dit…

De rien. J'espère que tu ne seras pas déçu si tu le lis.

Vert a dit…

Ca fait penser à la Patrouille du temps mine de rien ^^

Gromovar a dit…

Un peu.