jeudi 16 avril 2015

Le grand Kirkman est de retour. Williamson aussi

Robert Kirkman, vous connaissez ? C’est le génial scénariste qui a créé la série de comics Walking Dead, et a, le premier, donné aux histoires illustrées de zombies de vraies personnages, avec un relationnel développé, et une vraie continuité. Avec Walking Dead, Kirkman est à l’origine d’une série dessinée qui a toutes les caractéristiques d’une série TV, au point d’en être devenue une (dont la qualité d’adaptation est, au mieux, douteuse).

Et bien il remet le couvert avec "Outcast" qui, sur un thème différent mais proche, possède les mêmes qualités, immédiatement reconnaissables.

"Outcast", c’est l’histoire de Kyle, un jeune homme un peu à la dérive qui a subi sa vie durant les multiples possessions démoniaques dont son entourage a été affligé. S’y est ajouté récemment une accusation de violence domestique. On serait déstabilisé à moins.
Dans la petite ville où il réside, le seul à croire à son histoire fantastique de démons est le révérend Anderson, confronté lui-même à suffisamment de cas inexplicables pour devoir admettre l’explication surnaturelle. Lorsque le révérend doit exorciser le jeune Joshua, visiblement victime du même type d’affliction, il demande à Kyle de l’aider, confiant qu’il est dans l’expérience de ce dernier. Ce « service » sera, pour Kyle, le début d’un voyage vers le tréfonds de manigances qu’il ne soupçonnait pas et dont il semble être l’enjeu.

"Outcast", c’est l’Exorciste avec un agenda. Le (les ?) démons ne sont pas de passage par hasard, ils ont avec Kyle un lien que celui-ci (et nous non plus d’ailleurs) ne comprend pas encore. Dans la dissimulation et la manipulation, ils veulent quelque chose, à long terme, et ce quelque chose implique Kyle.

Kirkman, une fois encore, sait happer son lecteur en le plongeant dès la première page au cœur de l’action. Quelques fils parallèles qui, tous, convergent vers le jeune homme ; un voile de mystère qu’on voudrait lever, comme Kyle lui-même quand il comprend que ses épreuves ne sont pas les simples fruits du hasard ou de la coïncidence. L’ensemble est appuyé, porté pourrait-on dire, par une galerie de personnages construits, tous dotés d’une vraie personnalité, d’un passé, de relations, de secrets, de regrets, de doutes, d’amours et de haines. C’est le relationnel entre les personnages qui rend la série captivante, comme c'était le cas dans Walking Dead. Le dessin, cru et dur, est proche de celui de WD, mais en couleur cette fois. Des couleurs froides.

Ce premier TPB est une réussite. Etes-vous étonné si je vous dis que ce comics deviendra aussi une série TV, réalisée par une filiale de HBO ? Espérons qu’elle sera adaptée plus fidèlement que WD.

Autre série naissante : "Nailbiter". Nous ne sommes plus ici chez Kirkman. C'est clair.

Comment comprendre que seize des plus violents serial killers américains soient originaires de la même bourgade rurale, Buckaroo, dans l’Oregon ? Un nid à psychopathe qui offre régulièrement des tueurs à l’Amérique, jusqu’au dernier en date - arrêté peu avant - Edward Charles Warren, nommé le Nailbiter car il rongeait les ongles de ses victimes jusqu’à l’os avant de les tuer. Incroyable mais vrai, Warren fut acquitté et retourna vivre à Buckaroo, sous l’œil inquiet du shérif local.

Il y a là un mystère et une injustice que Charles Kohl, profiler du FBI ne peut admettre. Menant une enquête privée sur zone, il appelle à son aide, au tout début du comic, son ancien partenaire, Finch, car il est sûr d’avoir enfin trouvé la clef du mystère. Problème : quand Finch arrive à Buckroo, impossible de trouver Finch. Dans son logement, seulement quelques notes et un cadavre presque carbonisé.

Kohl est-il vivant ou mort ? Que cache la ville ? Quel jeu jouent les personnages que rencontrent Finch ? C’est à ces questions que le lecteur va chercher des réponses dans les pages du comic.

Contrairement à "Outcast", on est ici plutôt dans l’action pure, l’excès, le gore. Les personnages sont archétypaux, cookie-cutter parfois, les rebondissements abondent, les évènements sont outrés pour provoquer la tension. Williamson n’y parvient d’ailleurs pas trop mal, d’autant que le dessin, très explicite, sert le propos, mais c’est clairement du distractif sans grande profondeur. Comme ces slashers guère futés qui peuvent stresser s’ils sont bien réalisés et rassasier ainsi leur public d'amateurs d’émotions fortes. Pour l’instant, sans être exceptionnel, ce n’est pas mal de ce point de vue. Espérons que ça durera.

Mais si vous ne devez acheter qu’un de ces TPB, préférez, sans hésitation, "Outcast".

Outcast t1, A darkness surrounds him, Kirkman, Azaceta
Nailbiter t1, There will be blood, Williamson, Henderson

2 commentaires:

Tigger Lilly a dit…

"dont la qualité d’adaptation est, au mieux, douteuse)." je ne suis point d'accord. La série n'est pas parfaite mais est néanmoins remarquable. Le manque de fidélité on s'en fiche mais royalement, justement cela crée de la surprise et l'esprit lui est bien respecté.
Il fait ça en même temps que Walking Dead ? Est-ce un signe de ralentissement de WD du coup ? Ou est-ce qu'il a toujours eu plusieurs séries en cours ?

Gromovar a dit…

Alors disons "pas fidèle" si tu préfères. Et moi, je ne m'en fiche pas ;) Pour ça que je n'aime pas non plus le Hobbit de Jackson.

Kirkman a toujours travaillé sur beaucoup de choses en même temps mais là, ça va faire deux séries importantes et deux adaptations télé. Possible que ça ait un impact sur WD. Time will tell.