dimanche 7 décembre 2014

Who wants to live forever ?


"Rites de sang" est le troisième et ultime tome de la saga du Dernier loup-garou, de Glen Duncan. Il en constitue la fin, une fin ouverte.

Deux ans après les évènements relatés dans Talulla, la jeune louve, entourée de son clan, élève ses très étranges enfants-garous et assiste, comme une spectatrice dépitée et soulagée à la fois, au dépérissement inéluctable de sa relation avec Walker. Talulla la louve ne peut se sortir de l’esprit l’antédiluvien vampire Remshi, entrevu dans le volume précédent, dont l’existence même résonne dans son âme comme une chose trop longtemps oubliée et enfin retrouvée. Y aurait-il entre eux une relation très particulière, une relation qui aurait transcendé la mort et les siècles ? L’amour serait-il éternel comme dans le Dracula de Coppola ? Remshi, en tout cas, en est convaincu ; Talulla est sa Vali, morte depuis des millénaires et enfin revenue pour lui. Retrouver Talulla, s'unir à elle, est une impérieuse nécessité pour le plus ancien vampire du monde.

Mais rien n’est simple dans l’infra-monde créé par Duncan. Face à la menace mortelle que fait peser sur eux une humanité, représentée par des milices catholiques et des gouvernements qui ont décidé de prendre en charge publiquement et violemment la « menace monstrueuse », même l’inimitié millénaire entre vampires et loups-garous n’a plus guère d’importance. Il faut d’abord survivre à la solution finale, et la disproportion numérique entre humains et « monstres » est telle que ce ne sera pas facile. Talulla ne veut pas mourir. Elle veut encore moins que ses enfants meurent. Comment réagir alors à la surprenante proposition du vampire Olek qui lui offre de mettre un terme à la malédiction lycanthropique, de redevenir humaine bien sûr mais aussi d’extirper le loup de ses enfants ? Quel serait le prix de la normalité ? Et Talulla est-elle prête à le payer ? Il faudra lire pour le savoir.

Avec Remshi, le plus ancien vampire, la boucle ouverte avec Jack Marlowe se referme. Comme son pendant lupin, le plus vieux des buveurs de sang est trop vieux pour son âme. Quand on a tant vu, tant fait, quand on doit oublier l’essentiel de son passé pour pouvoir continuer à avancer, quand on a vu mourir un nombre incalculable de ses amis, n’est-on pas objectivement au bout de sa route ? C’est sur cette idée que s’ouvre le roman, c’est sur la même qu’il se termine. Entre ces deux extrémités, Remshi se raconte, au bénéfice du lecteur. L’histoire du plus ancien des vampires éclaire aussi, concordance des historicités, celle des loups-garous. Le lecteur plongera donc avec délectation dans l’abime du temps et y apprendra beaucoup sur les heures mythiques des premiers non humains. Il compatira à la lassitude de Remshi et vibrera à son espoir un peu fou de retrouver un amour perdu depuis plusieurs millénaires. Il assistera aussi au crépuscule de cette plus vieille créature terrestre, comprenant avec lui, et en même temps, le vrai sens de la promesse de Vali.

Le duo à distance que jouent Talulla et Remshi ne peut que satisfaire le lecteur car il sonne vrai.
L’attirance irrésistible, charnelle, de Talulla pour Remshi vient du plus profond des tripes de cette créature d’instinct. Elle balaie la raison et la décence qui lui intiment de ne pas sacrifier sa relation avec Walker. Talulla vit une passion au sens étymologique du terme, à laquelle elle ne peut que céder.
Remshi, lui, est convaincu d’avoir retrouvé celle qu’il a si longtemps attendu. Que la promesse faite est enfin tenue, et qu’il pourra donc redevenir complet dans son être comme dans sa sexualité. Mais il y a tant à régler avant : survivre, protéger sa chère Justine et retrouver Talulla. A moins que le destin ne se charge de les réunir.

"Rites de sang" est une vraie réussite. Violent et érotique comme les précédents, mais dans un équilibre plus satisfaisant que celui du second tome, l’ouvrage offre aussi au lecteur, dans le style si efficace de Duncan, un beau personnage d’immortel, une belle relation d’amour prédestiné, et l’impression, qu’on avait aussi dans les tomes 2 et 3 de la trilogie des vampires d’Anne Rice par exemple, de voir se lever pour lui seul le voile de l’Histoire avec un grand H. Ajoutons-y une vengeance méritée (et très graphique) contre deux ordures, une description réaliste de ces moments où une relation est déjà finie même si aucun des deux protagonistes ne veut l’admettre à haute voix, de nombreuses scènes d’action rondement menées (même si on regrettera une nouvelle scène d’emprisonnement et d’exfiltration qui fait vraiment redite), et le spectacle des liens qui unissent les membres du clan de Talulla qui, s’ils sont moins développés dans ce tome, existent fort par la relation que Talulla entretient avec eux et l’importance qu’ils ont dans ses pensées.

Par-delà les péripéties, c’est finalement l’humanité de Remshi et de Talulla que retiendra le lecteur, cette humanité qui guide leurs choix, leurs actes, et en fait de bien beaux héros, bien servis par la plume corrosive et crue de Duncan.

Rites de sang, Glen Duncan

2 commentaires:

Lhisbei a dit…

Faut que tu arrêtes avec ce genre de titre de billet. Maintenant j'ai Queen en bruit de fond mental et je visualise Christophe Lambert et Sean Connery en kilt.

Gromovar a dit…

;)

La mort de Vali, c'est aussi triste que celle d'Heather.