mardi 1 janvier 2013

Glaciation


"Les conquérants d’Omale", de Laurent Genefort, est le second roman de l’intégrale Omale récemment publiée. Pour faire très bref, je dirai qu’il a les qualités et les défauts de son prédécesseur, Omale.

Les conquérants d’Omale prend place environ huit siècles avant les évènements d’Omale. Contrairement à l’idée fausse et couramment admise, le passage du temps n’amène pas toujours les civilisations vers le progrès. L’Histoire est cyclique, et l’Omale décrite par le premier roman a dégénéré par rapport à celle du second. Situé en amont dans le temps, l’Omale des Conquérants est aval sur le plan des connaissances scientifiques et de la maitrise de la Nature. Puis, descendant le temps, on remonte vers l’ignorance originelle. En huit cent ans (entre Omale et les Conquérants) on voit combien les trois races connues peuplant la sphère de Dyson ont oublié de leurs connaissances scientifiques et techniques (on imagine alors avec effroi ce qu’ils ont dû perdre entre leur arrivée sur Omale et le huitième siècle décrit dans le roman ; une chute de l’empire romain en pire).

A l’époque des Conquérants, et malgré de nombreuses imprécisions factuelles dans les mémoires, on se souvient encore vaguement, entre mythe et Histoire, de l’arrivée sur Omale ; on sait à peu près quelle est la forme du monde et son immensité ; on imagine qu’il est possible de traverser la couche fondamentale de « carb » (l’enveloppe de la sphère) pour aller voir ce qu’il y a derrière ou dessous (suivant les croyances). On commerce aussi avec les Aesirs, qui ont l’air d’être les plus au fait de la situation véritable d’Omale. Ceux-ci fournissent aux autres races, dans un échange économique qui remplit peut-être aussi une fonction politique, les métaux rares et le minerai atomique indispensables pour bâtir et faire fonctionner les vestiges de la technique apportée sur Omale. Car on verra ici que les omaliens du huitième siècle, contrairement à leurs successeurs, disposent encore d’armes et d’équipements qui les rendent plus proches de nous que ceux du seizième (ils ont notamment un vaste réseau de chemin de fer à vapeur atomique - succulente invention de locomotives à vapeur dont la chaudière est nucléaire - qui sera au cœur du récit ; on est ici dans un monde à la Dark Earth, pour ceux qui se souviennent de ce jeu). Ce n’est qu’après la régression que s’imposera l’idée d’un Omale plat et infini, que se perdront nombre de technologies (par manque de connaissance ou de matériaux), et que le souvenir des Vangks, ces anciens mythiques qui auraient manipulés des trous de ver (peut-être ?) pour amener les trois races spatiopérégrines dans la sphère de Dyson, deviendra bien plus un mythe qu’un fait. Et c’est le spectacle à l’envers de cette régression qui est passionnant, ainsi que la nouvelle plongée dans l’écologie, la sociologie, et l’Histoire d’Omale à laquelle le lecteur est convié.

La Grande Aire du huitième siècle est en guerre, une guerre qui ressemble par sa forme à la Guerre de 14-18. Le long d’un front de dizaines de milliers de kilomètres s’opposent des dizaines de millions d’Humains et de Chiles pour la suprématie sur ce qu’ils considèrent comme leur espace vital (car même si Omale est infini, et s’il suffirait donc de s’éloigner des autres races, qui sait ce qu’elles pourraient faire sur nos arrières ?). C’est donc par une guerre de position et de blocage, où successivement l’une et l’autre armée gagnent du terrain puis le reperdent, que se règle le différent territorial entre Chiles et Humains. Interminable conflit de tranchées, sape et contre-sape, gaz de combat invalidants et mortels, atrocités et espérance de vie parfaitement aléatoire, coupure psychologique des soldats d’avec le reste de la population, impossibilité de revenir en paix au civil, civils qui ne peuvent pas comprendre l’horreur du front. Il y a même un général « gueule cassée », héros de guerre et légende vivante. Celui-ci réunit, au début du roman, une équipe de vétérans endurcis et les envoie accomplir une mission secrète, « décisive pour l’issue du conflit », comme tant d’autres dans tant d’autres guerres. Mouarf ! Ils traverseront des milliers de kilomètres, emmenant à leur suite le lecteur qui découvrira ainsi de nombreux nouveaux aspects d’Omale.

Parallèlement, une équipe de géographes doit faire face au plus grand cataclysme « naturel » qu’ait connu le monde, et réussit, dans l’anonymat des vrais actes héroïques, à remettre le monde sur les rails qui étaient prévus pour lui.

Enfin, le lecteur assiste aux préparatifs de la trahison qui amènera à « l’incident » de Termina. C’est après ce navrant complot que les Aesirs se retireront du système d’échange, entrainant la pénurie de métaux et de minerais qui amorcera la longue régression pour les races d’Omale. Pas de ressources naturelles rares, point de salut (une leçon à méditer). Ceci permet de mieux comprendre combien est grand l’espoir du premier roman, quand on revoit un Aesir.

Trois histoires parallèles, mais jamais entremêlées, si ce n’est de très loin. C’est imho le point faible du récit. Pourquoi trois histoires si aucune ne dépend des autres, ou si peu ? Pourquoi résoudre rapidement des situations complexes si ce n’est pour « garder de la place » pour les deux autres récits, amenant dans les trois cas à des progressions ou des résolutions qui m’ont parues trop rapides ? Enjeux capitaux, obstacles colossaux, le tout réglé en deux coups de cuillères à pot. Dommage, d'autant que ça n'aide pas non plus à développer beaucoup les personnages.
Néanmoins, si le guide comme l’itinéraire sont perfectibles, le voyage est passionnant par les paysages qu’on y voit, la faune qu’on y croise, les populations qu’on y côtoie, et l’attention portée par l’auteur aux langues de ses sentients ainsi qu’au rapports que celles-ci entretiennent avec leur forme de pensée.

Les conquérants d’Omale, Laurent Genefort

2 commentaires:

Tétard a dit…

Sans doute pour les raisons que tu indiques (intérêt certain des variations socio-historiques, mais intérêt relatif des personnages et des péripéties), les nouvelles incluses dans le second volume m'ont paru être le meilleur de ce cycle, avec le premier roman.

Gromovar a dit…

Je n'ai pas encore lu les nouvelles, mais j'en attends le meilleur précisément pour la raison que tu donnes.