samedi 14 avril 2012

Back to the future



"Heptagone" est le second ouvrage de Georges Panchard publié chez Ailleurs et Demain. Et c’est un prequel/sequel au premier, l’étonnant Forteresse.
Panchard revient donc, sept ans après, dans sept histoires distinctes (de longueurs assez diverses), sur sept personnages principaux de Forteresse. Dans chaque histoire, l’auteur reprend la structure narrative qui était celle de Forteresse et intercale narration contemporaine du temps de l’histoire (autour de 2039) et flashbacks explicatifs non consécutifs permettant de comprendre comment le fond s’est transformé. Mais pas de relation entre les sept récits (à un ou deux clins d’œil près) ; ils sont indépendants et présentés comme tels.
Le lecteur retrouve donc dans "Heptagone" (pour peu qu’il ait préalablement lu Forteresse) le ninja Miyagawa, Clayborne, le chef de la sécurité de Haviland, Caprara, la flic italienne, Leighton, l’économiste proche de Mannering, Barstow le dissipateur, Fuller, le chef des services spéciaux de l’Union Biblique, et Mitchell, le peintre frustré. Que leur est-il arrivé après les évènements décrits dans le premier roman ? Comment sont-ils devenus ce qu’ils sont dans Forteresse ? Ce sont les questions personnelles auxquelles répond ce nouvel ouvrage. Il répond aussi à des questions d’ordre historique. Comment s’est déroulé la guerre civile européenne, conséquence de la Correction ? Comment les bibleux ont-ils pris le pouvoir aux USA, et comment fonctionne la société qu’ils ont créée ? Qu’en est-il du reste du monde ?

Miyagawa : les jeunes années du ninja, avant qu’il ne devienne un tueur plus qu’humain. Une histoire qui comble un vide : d’où viennent les « fameux » ninjas surentrainés qu’utilisent abondamment les auteurs de techno-thrillers ou de cyberpunk, genepunk ou whateverpunk ? J’ai trouvé le jeune Miyagawa émouvant par sa tristesse et ses rêves d’enfant dans un Japon appauvri et banalisé.

Clayborne : l’après Haviland. Sûrement, et étonnamment pour le personnage central du premier roman, le récit le plus faible. Il n’éclaire ni n’émeut.

Caprara : le lecteur apprendra ici où s’est cachée Caprara après avoir trahi Miyagawa. Il en apprendra plus (ce qui n’est guère difficile) sur la guerre civile européenne. Il comprendra, s’il fut trop lourdaud pour le faire dès le premier opus, que la guerre a impliqué non des musulmans de base mais des djihadistes violents et fascisants cherchant à imposer par la force leur vision religieuse des rapports sociaux, et que combattirent contre le fascisme vert non seulement des musulmans démocrates ayant eu l’occasion d’expérimenter la dictature religieuse, en Iran par exemple, mais aussi des combattants intégristes chrétiens qui auraient bien voulu instaurer, sur leurs terres et au profit de leur religion, le type de régime dont rêvaient les djihadistes.

Leighton : réfugiée politique en Angleterre pour fuir la dictature religieuse biblique des Etats américains, Leighton promène le lecteur parmi les groupes d’américains exilés, leur « résistance en exil », leur espoirs, leur trahisons, leurs petites lâchetés. Un récit qui explique aussi comment Leighton deviendra une femme dont le corps sert autant que le cerveau.

Barstow : à travers les yeux du dissipateur, le lecteur découvre le pan anglais de la guerre civile. Militants, brutes, mecs biens et vraies ordures, combattent côte à côte un ennemi commun. Doublonne un peu avec l’histoire de Caprara.

Fuller : le chef des services de renseignement de l’Union Biblique emmène le lecteur à l’intérieur de la révolution américaine qui porta les bibleux au pouvoir (de mon point de vue de constitutionnaliste la transition me paraît trop rapide et trop facile, j’aurais aimé plus de détails sur l’accession au pouvoir et le changement de Constitution). Il montre de quelle étrange manière est choisie leur nouvelle capitale, comment le pouvoir élimine ses ennemis, ce qu’est le très imparfait examen Bible and Faith (totalitaire en ce qu’il mesure l’adhésion à l’idéologie), et esquisse la possibilité d’une sédition interne au pouvoir théocratique. L’auteur pose, comme d’autres fois au fil de l’ouvrage, le principe suivant lequel les dictatures religieuses ne peuvent avoir que des durées de vie limitées.

Mitchell : le lecteur découvre ici l’Union Biblique vue à travers les yeux d’un citoyen ordinaire. Il y découvre la déception qui gagne même des supporters initiaux du nouveau régime, et entre dans la tête d’un aigri qui fera une proie idéale pour le projet GHOST.

L’auteur propose donc, avec "Heptagone", une vision panoramique du monde de Forteresse, utilisant comme points d’ancrage les personnages du premier roman pour instruire le lecteur de l’Histoire et de l’état social du monde qu’il a imaginé. Il y dénonce violemment les intégrismes religieux et leurs applications concrètes. Retour sur des terres déjà foulées, j’ignore quelle réception peut avoir l’ouvrage auprès de lecteurs qui n’auraient pas lu Forteresse.

Heptagone, Georges Panchard

L'avis d'Anudar

L'avis de Xapur

L'avis de Lorhkan

1 commentaire:

Xapur a dit…

Je réponds à ta question dans ma chronique : il vaut mieux avoir lu "Forteresse" auparavant.
Merci pour le lien, je fais de même ;)