vendredi 23 mars 2012

Rohypnol



"Zendegi" est un roman de Greg Egan. L’histoire qu’il raconte aurait pu faire une très émouvante nouvelle. Mais c’est un roman. 300 pages en anglais, 400 en français (le ratio est respecté), c’est infiniment trop. De plus, et je veux prévenir ici les lecteurs SFFF, "Zendegi" n’est pas un roman SFFF, sauf si on veut considérer que ça en est juste parce c’est Egan et qu’un des personnages principaux est une informaticienne tentant de mettre au point des personnalités synthétiques. Ca tangente tellement la blanche, qu’on peut classer ce roman dans le genre blanc cassé.
Connu comme auteur de Hard SF, peut-être le plus Hard SF du milieu, Egan situe ici son action hic et nunc ou presque, Iran 2012, puis Iran 2027. Le lecteur y assiste aux premières tentatives de mise au point d’un construct, au sens Gibsonien du terme, motivées par la volonté d’un père de continuer à soutenir et éduquer son jeune fils après sa mort prochaine.
Du côté positif, Egan aborde un certain nombre de questions intéressantes. Il décrit les difficultés de financement auxquelles sont confrontés les chercheurs, la difficulté technique de mise au point d’un objet informatique émulant un cerveau, à fortiori une personnalité humaine, les oppositions religieuses, violentes, que susciterait sûrement ce type de recherche (qui a dit adamistes et édénistes ?), la montée en puissance du virtuel comme objet de consommation et centre d’intérêt heuristique. Il pose (non, il survole, comme tout le reste) la question de l’humanité des constructs et des droits qui pourraient/devraient y être associés. Tout ceci est intéressant en soi, mais rien n’est assez développé.
De fait, "Zendegi" réussit le tour de force d’être un long roman qui ne fait que survoler ses sujets.
Un bon premier tiers du roman décrit, mais ce n’est pas le mot juste, une révolution iranienne mettant à bas le régime des mollahs. Survolée, « décrite » par l’entremise de quelques scènes censées être symptomatiques de l’évolution de la situation, il y manque la chair du régime iranien, seulement suggérée, à tel point qu’un lecteur distrait n’y verrait guère de différence avec n’importe quelle autre dictature dans le monde. Elle se résout de plus à une vitesse telle qu’il est impossible de sentir l’importance que peut revêtir cet événement. C’est un gimmick dans un Iran de carton-pâte, et on se demande, si c’était aussi facile, pourquoi les iraniens n’ont pas fait plus tôt cette fameuse révolution. Cet aspect-là est raté, mais surtout inutile si ce n’est qu’il présente les deux personnages principaux, et aurait été avantageusement remplacé par un texte introductif, voire pas de texte du tout. Il aurait suffit de faire sentir dans la partie 2027 que le régime iranien n’est plus ce qu’il est aujourd’hui.
Déjà, dans cette partie, certaines conversations n’amènent à rien d’utile en terme de récit, mais on ne le sait pas encore à ce moment de la lecture.
Passé cette révolution dans un verre d’eau, la quête du construct et la description de la relation père-fils donne lieu à de nombreuses dizaines d’interminables pages d’un prosaïsme auquel ne pourraient résister longtemps que des lecteurs habituels de blanche. Le lecteur, baillant à se décrocher la mâchoire, assiste donc à de longues discussions entre la chercheuse et ses financiers, entre la chercheuse et les services de sécurité de son entreprise, à d’interminables explications techniques sur la méthodologie utilisée pour tenter de capturer et dupliquer informatiquement les éléments de personnalité d’un être vivant, à de longues parties de jeu (décrites avec peut-être encore plus de détails de tout le reste) entre le père et le fils dans l’univers virtuel de Zendegi (imaginez des pages entières de description d’une session de World of Warcraft), à des consultations médicales durant lesquelles tout est expliqué au malade, sans compter les courses en taxi, les pros et cons des repas végétariens, etc.
Il n’y a, de fait, aucune tension dans ce roman, aucune urgence, ce qui est paradoxal quand on connaît l’histoire. L’enjeu devrait pousser le lecteur à tourner frénétiquement les pages pour savoir ce qu’il adviendra de Martin et de son fils. Mais le nombre et la taille des grumeaux qui parsèment le livre rendent le tout indigeste et d’une telle lenteur qu’il est impossible de continuer à se passionner pour une histoire dont j’ai dit au-dessus que, fortement écrémée, elle avait un potentiel émotionnel fort. De plus, Egan ne sait pas rendre un personnage aimable, ce n’est guère gênant dans ses récits hitech, c’est rédhibitoire ici.
Je me suis ennuyé comme rarement, et je pense que s’il n’y avait eu le crédit que j’accorde habituellement à l’auteur, j’aurais arrêté la lecture avant la fin. Egan écrit d’excellentes nouvelles, il pourrait s’y tenir (ou à des romans ultra hitech tels que Diaspora dans lesquels l’humanité n’est pas nécessaire).
Zendegi, Greg Egan

7 commentaires:

Guillaume44 a dit…

Hum je testerai quand même pour voir, merci pour ton billet !

Gromovar a dit…

Tu es sans doute un des seuls que l'aspect recherche peut intéresser.

Efelle a dit…

L'ayant je le lirai mais pas dans l'immédiat du coup... On verra bien ce que cela donne.

Gromovar a dit…

On en parlera.

en ce qui me concerne je me suis fait chier comme rarement.

arutha a dit…

Je n'ai jusqu'à présent testé Egan que sur une nouvelle. J'ai bien dit une nouvelle, pas même un recueil. Mais j'ai trouvé le texte tellement abscons que je n'ai pas jugé bon d'enchaîner le reste. Autant dire que si je dois refaire une tentative, ce ne sera pas avec ce roman.

Lorhkan a dit…

Je suis toujours aussi frileux concernant Egan (juste deux ou trois nouvelles lues)... Et mon premier roman du monsieur ne sera donc pas celui-là...

Merci de ton dévouement ! ;)

Gromovar a dit…

Ouaip.