vendredi 18 novembre 2011

Sale bolchevik


S'il y a une certitude que j'ai, c'est que je n'aime pas l'art engagé, même pas le 8ème. Aujourd'hui, je tape volontiers, et souvent, sur "l'art" militant de gauche ou d'extrême gauche (le pire pour moi étant les gros banquiers à cigare et haut de forme qu'on trouve dans la caricature moderne comme au meilleur d'Oliver Twist), car il ne se passe rien à droite dans ce domaine. Ca n'a pas toujours été le cas. En 1930, Hergé produisait une oeuvre violemment antisoviétique, "Tintin au Pays des Soviets".
Du point de vue de ce qui deviendra le personnage mythique du reporter belge, "Tintin au Pays des Soviets", l'ouvrage est intéressant. Tintin y a déjà ses caractéristiques futures. Il est plus futé que ses adversaires, ce qui fait qu'il les bat toujours, il a une chance insolente, qui lui permet de se sortir des situations les plus périlleuses, il aide les enfants menacés, dans une scène qui annonce son rapport avec Tchang, il est aidé par Milou, qui est incontestablement le plus intelligent des chiens.
En ce qui concerne les éléments réels "dénoncés" par Hergé dans son album, la plupart de ceux-ci ont été avérés par la suite (et ils étaient déjà plus ou moins connus à l'époque de ceux qui avaient envie de connaître, voir le Retour de l'URSS d'André Gide). Le GPU était vraiment une pieuvre remettant en cause par sa seule existence la théorie marxiste du dépérissement de l'Etat, la démocratie populaire n'était qu'une vue de l'esprit, les koulaks ont vraiment été les victimes de la première période soviétique, la production (et surtout la productivité par tête) était vraiment bien inférieure à ce qu'annonçait les chiffres officiels, la propagande soviétique était intense et les actions extérieures nombreuses, il y eut vraiment des voyages d'intellectuels éberlués ramenant des panégyriques de leur périple .
Mais l'outrance d'Hergé, le langage ordurier qu'il emploie, le manichéisme dont il fait preuve, et la désincarnation d'une URSS qui ne sert que de cadre à une dénonciation politique rendent son message inaudible tant il est ridicule. Dans une scène on voit des usines de carton pâte présentées à des communistes anglais qui s'en émerveillent stupidement. Hergé ne se rend pas compte que l'URSS qu'il présente au lecteur est aussi de carton pâte, déconnectée de toute réalité concrète.
Tintin au Pays des Soviets, Hergé

4 commentaires:

Calenwen a dit…

Son Amérique a un côté assez carton pâte aussi, pour les avoir relu cet été, je me suis vraiment pas attardée sur les premiers pour le coup... Ceci dit j'admire son côté McGyver quand il taille une hélice d'avion au canif :D

Gromovar a dit…

Yep. Et il motorise un chariot de fer en posant un moteur dessus.

Guillaume44 a dit…

Je crois que les trois premier albums (Amérique, Congo, URSS) sont très représentatifs d'une certaine vision éditoriale et sociétale (de bien grands mots un samedi midi...), je ne les vois pas comme typiques de la pensée d'Hergé mais plutôt comme un document sur la presse militante qui le publiait alors. A ce sujet la BD "les aventures d'Hergé" qui est plus ou moins biographique est bien intéressante :)

Gromovar a dit…

Faudra que j'y jette un coup d'oeil alors, à l'occasion.