vendredi 6 mars 2009

Mort d'un maître


Bruno Etienne est mort le 4 mars 2009 à Aix en Provence. J'insère la bio de la République des Lettres dessous.

Pour moi c'était un être brillant et chaleureux qui manipulait oralement les concepts à la vitesse d'une mitrailleuse lourde, un intellectuel de combat qui n'aimait rien plus que la confrontation verbale et la levée des illusions rassurantes (des poupées gigognes). De 87 à 90 il m'a fasciné, et son cours de 1ère année était toujours sold out car des 2ème ou 3ème année venaient grossir les rangs des auditeurs pour un bis ou un ter. Il m'a appris l'exigence intellectuelle, l'indispensable maîtrise de la langue, la nécessité de la déconstruction permanente et celle du détour anthropologique. C'est une grande perte pour la communauté scientifique.

Bruno Etienne est né le 6 novembre 1937 à La Tronche, près de Grenoble (Isère). Il passe son enfance dans le sud de la France où son père militaire est affecté. Il suit ses études d'abord au Lycée Thiers de Marseille puis à la Faculté de droit d'Aix-en-Provence. Il intègre ensuite l'Institut Bourguiba des langues à Tunis (Tunisie), où il apprend l'arabe, et enfin l'Institut d'Études Politiques (IEP) d'Aix-en-Provence.
Bruno Etienne entame sa carrière de Chercheur en 1962 au Centre National de la Recherche Scientifique (CNRS). En 1965, après avoir soutenu une thèse de doctorat en droit sur Les Européens et l'indépendance de l'Algérie, il part pour l'Algérie où il travaille comme Coopérant Technique et enseigne à l'Ecole Nationale d'Administration (ENA) d'Alger. Il regagne la France en 1974 pour passer son agrégation en sciences politiques puis passe deux années, de 1977 à 1979, au Maroc, où il est nommé Maître de conférences à l'université de Casablanca. En 1980, il devient Directeur du Centre de Recherche et d'Étude des Sociétés Musulmanes (CRESM), un laboratoire du CNRS, et professeur à l'IEP d'Aix-en-Provence où il se spécialisera dans l'étude du religieux dans l'espace euro-méditerranéen, et notamment de l'Islam dans sa dimension politique. En 1985, il fonde et prend la direction de l'Observatoire du religieux, associé à l'Institut d'Etudes Politiques d'Aix-en-Provence, avec pour objectif de fédérer les recherches autour du religieux en sciences politiques, en sociologie et en anthropologie.
Membre de l'Institut Universitaire de France (1996-2004), cofondateur en 1999 de la revue politico-littéraire La Pensée de midi, professeur visiteur dans de nombreuses universités notamment de Princenton (Etats-Unis), Tokyo et Kyoto (Japon) et du Caire (Egypte), régulièrement consulté par le gouvernement français sur les questions de l'Islam et de l'Islamisme, Bruno Etienne est considéré comme un pionnier de la recherche pluridisciplinaire sur le phénomène religieux. Selon Raphaël Liogier, qui lui a succèdé à la tête de l'Observatoire du religieux, il est "un des premiers à avoir envisagé d'étudier le religieux en science politique comme tel et à avoir compris que l'islamisme radical était un produit de l'Occident, un mouvement moderne et pas le cheminement normal de la tradition islamique".
Outre ses contributions à de nombreuses revues nationales et internationales (dont La République des Lettres) Bruno Etienne est l'auteur de quelque 25 livres. Citons entre autres parmi les plus importants: Algérie, cultures et révolution (1976), L'islamisme radical (1987), La France et l'Islam (1989), Ils ont rasé la Mésopotamie (1991), Abd-el-Kader (1994), Etre bouddhiste en France aujourd'hui (avec Raphaël Liogier, 1997), La Science politique est-elle une science ? (1998), Le temps du pluriel (1999), La France face aux sectes (2000), Une voie pour l'Occident (2001), Islam, les questions qui fâchent (2003), Les Combattants suicidaires (2005), Heureux comme Dieu en France ? La République face aux religions (2005), Pour retrouver la parole: Le retour des frères (avec Alain Bauer, Roger Dachez et Michel Maffesoli, 2006) et La spiritualité maçonnique (2007). Un troisième volume de ses Anthropo-illogiques doit paraître prochainement aux éditions Odile Jacob.
Protestant d'origine, Franc-maçon affilié au Grand Orient de France depuis 1960, Chevalier de la Légion d'honneur, Bruno Etienne pratiquait aussi à haut niveau (4e dan) le karaté et présidait l'Union Shito Ryu de France. Il est décédé d'un cancer à son domicile d'Aix en Provence le 04 mars 2009, à l'âge de 71 ans.


L'auteur de cette bio est Noël Blandin

5 commentaires:

Munin a dit…

!!! Mon prof à l'IEP d'anthropologie des religions ! Celui qui m'a donné le goût des sciences sociales, et dont le cours continue de me marquer (il y a quelques jours, je pensais à lui en lisant Durkheim et sa tentative d'expliquer le social par le religieux) !
Une minute de silence s'impose, mais le souvenir de ses cours reste gravé dans ma mémoire. Il fait partie des 3 profs qui ont déterminé ma vie.

Gromovar a dit…

Pas mieux.

Celvec a dit…

Merci pour votre mail, merci de cet article.

Je n'ai pu assister a ses funérailles, cependant mes parents qui y étaient ont pu voir a quel point cet homme manquera...

Je ne m'en lasse pas ==> http://www.canalc2.tv/video.asp?idVideo=2664&voir=oui

Anonyme a dit…

Les vrais blogueurs se content généralement de faire un lien vers l'article source plutôt que de le recopier intégralement en supprimant la date de publication, la mention du copyright (qui interdit justement de recopier) et la signature de l'auteur. Ce n'est pas très correct de s'approprier des articles comme ça. L'original donc, c'est ici:
http://www.republique-des-lettres.fr/10678-bruno-etienne.php

Gromovar a dit…

Cher Anonyme,

Habituellement je linke toujours. Sur ce post précis je n'ai pas souhaité le faire pour deux raisons : me prémunir contre un lien mort à l'avenir, toujours possible, et donner accès à la bio même aux flemmards qui n'aiment pas cliquer.

J'ai précisé que la bio venait de la République des Lettres. J'ai oublié l'auteur qui est Noël Blandin. J'ai même mis la bio en italique pour bien montrer que je n'en étais pas l'auteur.

Si tu es l'auteur, je me couvre la tête de cendres et supprimerai volontiers la bio du post à ta demande, sinon...

Un dernier point : les vrais commentateurs laissent au moins un pseudo.