Wolf Worm - T. Kingfisher

1899, Caroline du Nord. Sonia Wilson arrive à la gare de Siler - « le pays du mondialement célèbre Lapin de Chatham » . Après la mort de son père, avec qui elle vivait, cette femme célibataire vient prendre un emploi chez le Dr Halder, un naturaliste comme son défunt père. Différence notable entre les deux : le père Wilson inventoriait les végétaux quand le Dr Halder s’occupe, lui, d’insectes. Dans la maison isolée où elle va dorénavant vivre et travailler, elle découvre un tout petit monde composé d’une gouvernante, de son mari, d’une jeune domestique, et surtout du très désagréable Dr Halder. Autour, quelques rares voisins (dont un paraît cinglé) , et quelques paroissiens côtoyés à l’office du dimanche. C’est tout. C’est peu. Et comme si ça ne suffisait pas, Sonia réalise vite que quelque chose (quoi au juste ?) n’est pas normal. Wolf Worm est le dernier roman de T. Kingfisher . C’est un Southern Gothic  réussi, à condition d’atteindre une assez forte suspension d’inc...

The River Has Roots - Amal El-Mohtar


Amal El-Mohtar est une autrice canadienne célèbre pour le multi-primé Les Oiseaux du temps. Sa dernière oeuvre sort en France aux Nouveaux Millénaires dans une traduction de Patrick Marcel, elle s’intitule The River Has Roots.


Thistleford est une petite ville, non loin de la Féérie. Il y coule le fleuve Liss, qui vient du pays enchanté et que bordent des saules magiques dont on tire un bois merveilleux.

C’est à la famille Hawthorn que revient le devoir et le privilège d’entretenir ces arbres. L’essentiel de la tâche consiste à chanter pour eux ; ce sont les soeurs Hawthorn qui s’en acquittent. Différentes de physique comme de caractère ou de voix, elles forment ensemble un choeur qui ravit l'âme des humains et participe à la bonne santé des arbres magiques.

Mais voilà qu’Esther, l’une des deux, tombe amoureuse d’un habitant de la Féérie nommé Rin, un être versatile et enjoué qui peut prendre tout genre et toute forme qui l'agrée. Si Esther rêve de vivre avec Rin dans son monde enchanté, elle ne veut néanmoins pas quitter le monde humain car elle ne veut pas se séparer de son adelphe, ni être privée de ses neveux à venir ou de la vieillesse de ses parents. Mais le destin en décide autrement quand intervient Pollard, un prétendant trop entreprenant.


The River Has Roots est une jolie historiette illustrée qui rappelle autant les contes traditionnels que les folk tales. Dans un monde qu’on pressent médiéval, sans plus de précision, on côtoie le domaine des fées où le merveilleux existe et où le temps s’écoule de façon totalement différente. Dans ce monde, certains, comme les Hawthorn, sont des liens qui assurent une communication constante entre deux univers et permettent à un peu de la magie de la Féérie d’illuminer le monde ordinaire.

Je ne te dirai pas, lecteur, quels événements font vibrer cette histoire, mais sache qu’elle partage certains points communs (et aussi nombre de différences) avec La Petite Sirène d’Andersen.

Nous pourrions commencer par dire que, comme dans Les Oiseaux du temps, il s’agit de l’histoire de deux femmes séparées qui parviennent néanmoins à rester en contact, puis continuer en évoquant La Petite Sirène avec ses tropes d’amour peu ou prou impossible, de transformation corporelle, de perte de la parole, de chant, de sorcière intercesseuse. Et le faire en rappelant que, à contrario de La Petite Sirène, ici la sororité soulage le fardeau que la jeune ondine d’Andersen portait en solitaire.


The River Has Roots est une « jolie petite histoire » (comme la Cendrillon de Téléphone) joliment illustrée. Elle se lit vite et avec plaisir, démentant l'affirmation des Rita Mitsouko selon laquelle « les histoires d'amour finissent mal en général ».

On peut aussi y voir bien sûr une réécriture féministe d’Andersen avec sororité et masculinité toxique ; un trope devenu récurrent au point d'être envahissant, mais qui plaira sûrement.

Un bémol technique toutefois, la « grammaire » dont parle sans cesse le texte et qui est censée être magique : je n’y ai tellement rien compris que je doute que même l’autrice y ait compris quelque chose elle-même. J’ai cru tout du long qu’allait venir quelque chose qui ressemblerait au pouvoir des mots dans le Terremer de Le Guin mais flop ! Ce n’est pas parce qu’on répète page après page qu’il y a un système de magie qu’il y en a un.

Allez, l’un dans l’autre, ça se lit agréablement et c’est un joli petit bouquin.


The River Has Roots, Amal El-Mohtar

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