Wolf Worm - T. Kingfisher

1899, Caroline du Nord. Sonia Wilson arrive à la gare de Siler - « le pays du mondialement célèbre Lapin de Chatham » . Après la mort de son père, avec qui elle vivait, cette femme célibataire vient prendre un emploi chez le Dr Halder, un naturaliste comme son défunt père. Différence notable entre les deux : le père Wilson inventoriait les végétaux quand le Dr Halder s’occupe, lui, d’insectes. Dans la maison isolée où elle va dorénavant vivre et travailler, elle découvre un tout petit monde composé d’une gouvernante, de son mari, d’une jeune domestique, et surtout du très désagréable Dr Halder. Autour, quelques rares voisins (dont un paraît cinglé) , et quelques paroissiens côtoyés à l’office du dimanche. C’est tout. C’est peu. Et comme si ça ne suffisait pas, Sonia réalise vite que quelque chose (quoi au juste ?) n’est pas normal. Wolf Worm est le dernier roman de T. Kingfisher . C’est un Southern Gothic  réussi, à condition d’atteindre une assez forte suspension d’inc...

L'Indicible - Tanabe d'après Lovecraft


Sortie de L'Indicible, le nouvel opus de l'adaptation de Lovecraft par Gou Tanabe aux éditions Ki-oon.

Pour la présentation de l'objet, je reprends celle que j'écrivais déjà pour le tout premier volume : « l'objet lui-même, sorte de carnet avec sa couverture simili-cuir est vraiment beau ». C'est toujours vrai.


Pour le fond, L'Indicible contient l'adaptation de 5 nouvelles et 2 poèmes.

Les 2 poèmes, A un rêveur et Azathoth, encadrent les nouvelles, ils sont illustrés en couleurs.

Les 5 nouvelles adaptées sont : Polaris, Le Terrible Vieillard, L'Etrange Maison haute dans la brume, Le Témoignage de Randolph Carter, L'Indicible, et La Clef d'Argent.

Elles sont toutes plus ou moins liées au rêve, à un au-delà du monde que parviennent à toucher quelques-uns quand la plupart des autres n'en ont même pas connaissance (elles sont donc toutes peu ou prou autobiographiques).

Elles témoignent de l'incrédulité de ceux qui ne savent pas, et du sentiment de solitude qui habite ceux qui, seuls ou presque de leur espèce, sont capables d'entrer dans des mondes infiniment plus beaux que celui que nous habitons tous – des mondes que le merveilleux, jusque dans la toponymie, n'a pas déserté quand la rationalité moderne a, hic et nunc, enserré l'homme dans une « cage de fer ».

Elles sont toutes liminales dans la localisation de leurs péripéties.

Elles sont toutes tristes, traversées par des sensations de perte, et par la douleur d'être ce qu'on est là où on est quand on voudrait tant être autre et ailleurs. On y ressent la souffrance de qui est inactuel, Tanabe la rend vraiment bien.


Polaris, où un rêveur vit ses meilleurs moments dans une ville de marbre qu'il défendra contre une invasion. Polaris, belle et triste, évoque la douleur qu'il y a à rester ici quand on rêverait d'être ailleurs, dans le merveilleux, et le sentiment d'inutilité qu'on éprouve quand est physiquement inapte à participer à la défense de son monde – sentiment que Lovecraft aurait évoqué à l'issue de la Grande Guerre.

A la fin, quand le rêveur de Polaris se réveille, il est convaincu que le monde éveillé est un rêve, que la réalité se situe dans le rêve, et qu'il la retrouvera dès qu'il s'y réveillera enfin.


Le Terrible Vieillard est tiré d'un texte court, sur lequel il n'y a pas grand chose à dire si ce n'est : d'une part qu'il est ouvertement xénophobe, d'autre part qu'il introduit un personnage si vieux qu'il met en défaut le souvenir des hommes, personnage qui en rappelle d'autres (Joseph Curwen par exemple), et qu'on retrouvera dans l'histoire ci-dessous.


L'Etrange Maison haute dans la brume confronte un philosophe habité par la passion du savoir à la réalité de ce qui vit par-delà le monde sensible. Eveillé par son expérience à la morne banalité de la vie physique, il en est transformé à jamais. Le philosophe est devenu absent au monde.


Le Témoignage de Randolph Carter, L'Indicible, et La Clef d'Argent mettent toutes en scène le personnage de Randolph Carter, double métaphorique de Lovecraft. Sur un ton pénétré de tristesse, il met en scène la solitude atroce et les risques vitaux que prennent tant les chercheurs qui veulent connaître la vérité du monde que les rêveurs prêts à tout pour pénétrer un ailleurs infiniment plus beau que le nôtre. Dans le rêve et dans l’au-delà du monde réside une beauté que les exigences de l’âge adulte et la rationalité moderne éloignent même de ceux qui, autrefois, semblaient les mieux disposés à se projeter dans l’univers fabuleux de l’imagination. Le merveilleux y réside, on y côtoie le sublime ; on peut prendre tous les risques pour ça, le jeu en vaut la chandelle.


Doté de dessins de plus en plus qualitatifs imho, ce nouveau recueil de Lovecraft par Tanabe est un must qui permet de plonger, sans doute plus que ses prédécesseurs, dans la psyché d'un homme tourmenté par une vision sûrement trop perçante.


L'Indicible, Lovecraft, Gou Tanabe

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