Wolf Worm - T. Kingfisher

1899, Caroline du Nord. Sonia Wilson arrive à la gare de Siler - « le pays du mondialement célèbre Lapin de Chatham » . Après la mort de son père, avec qui elle vivait, cette femme célibataire vient prendre un emploi chez le Dr Halder, un naturaliste comme son défunt père. Différence notable entre les deux : le père Wilson inventoriait les végétaux quand le Dr Halder s’occupe, lui, d’insectes. Dans la maison isolée où elle va dorénavant vivre et travailler, elle découvre un tout petit monde composé d’une gouvernante, de son mari, d’une jeune domestique, et surtout du très désagréable Dr Halder. Autour, quelques rares voisins (dont un paraît cinglé) , et quelques paroissiens côtoyés à l’office du dimanche. C’est tout. C’est peu. Et comme si ça ne suffisait pas, Sonia réalise vite que quelque chose (quoi au juste ?) n’est pas normal. Wolf Worm est le dernier roman de T. Kingfisher . C’est un Southern Gothic  réussi, à condition d’atteindre une assez forte suspension d’inc...

The Utopia of Us - par Teika Marija Smith


En 1924 paraissait en anglais le Мы de Evgueni Zamiatine (traduit We an anglais et Nous ou Nous autres en français suivant les éditions – préférer la récente chez Actes Sud). Cette mère de toutes les dystopies est bien moins connue que 1984 ou Le Meilleur des mondes (ce qui a évité à Zamiatine de devenir la source de mèmes sentencieux rédigés et partagés sur Internet par des gens qui se pensent profonds).

Cent ans plus tard, en 2024, Teika Marija Smits, une écrivaine et poétesse britannique, réalise une anthologie-hommage intitulée The Utopia of Us dans laquelle quinze auteurs proposent leur prolongement de l’œuvre de l’écrivain russe accusé « d’antisoviétisme » – ce qui est plutôt un gage de qualité intellectuelle et de liberté d’esprit – avant d'être contraint à l'exil.


Sur Nous autres, on peut lire ma vieille chronique (bien meilleure que la fiche Wikipédia) ; je ne rechroniquerai pas, lecteur. Done is done.

Sur The Utopia of Us, long story short, les royalties du livre seront données au Ukraine Humanitarian Appeal du Disasters Emergency Committee britannique.

Je suggère d’acheter le livre pour participer à la donation puis de ne presque pas le lire – car peu des textes qu’il rassemble présentent un vrai intérêt. Certains sont loin du texte original, d’autres ne présentent que très peu de tension dramatique, la plupart n’ajoutent rien d’utile à la dystopie fondatrice de Zamiatine.


Survivent à ce grand ennui littéraire qui m’a saisi quelques nouvelles que je vais citer ci-dessous :


Obstructive Nodes – The Etiquette of Complaint – A Pest Problem, d’Adrian Tchaikovsky, est sans doute la meilleure nouvelle (on n’est pas étonné), une petite perle kafkaïenne d’absurdité bureaucratique et de paranoïa en société totalitaire.


In Praise Of TwoState – Epiphanies – The Morning After, de Douglas Thompson, est un texte finement imaginé dans lequel l'auteur parle par la bouche d’un citoyen « libre » de notre monde et montre par là-même qu’il n’est guère plus libre que les sujets dominés du OneState totalitaire de Zamiatine.


Intrinsic – Extrinsic – Terrific (les titres sont tous tripartites comme dans le roman original), de Aliya Whiteley, qui ouvre l’anthologie, est bien dans le ton du roman même si l’enjeu de ce texte n’est pas exceptionnel.


Bittersweet Feast – The Persistence of Swine – To Savour Dawn, de Anna Orridge, est amusante et plutôt bien vue tant dans la forme que prend la rébellion de son personnage principal que dans la manière dont on y voit la société totalitaire de Zamiatine contrôler l’humain en commençant par brimer ses perceptions les plus élém(alim)entaires.


Buoy – Perfect Citizen – Mother, de Nadya Mercik, porte la volonté de créer des sujets homogènes et loyaux plus loin encore que dans la République de Platon. C’est glaçant dans le fond, il est dommage que ça se termine par une ode aussi nunuche que contemporaine sur l’indéfectible lien mère-enfant.


The Library is Perfect – An Error – Underwater, de Fiona Mossman, parle de bibliothèque, de bibliothécaire, de classements. Elle amuse quelques instants au début et plaira aux bibliothécaires, c’est à peu près son seul intérêt. « In this scheme, the book is directly equal to the shelf which is directly equal to the subject in all its specificity, set within its divinely correct location in the whole constellation of knowledge. This is the first principle: Everything has its place. To find your own place and to stay there, precise and unchanging, is to be perfectly happy, perfectly contained. This is what the Library teaches us. »


Education – The Final Ingredient – The Cost of Living, de Ian Whates, finit, elle, de manière amusante après avoir d’une part pointé l’existence d’une nomenklatura dans le monde égalitariste du OneState et d’autre part critiqué la kolkhozisation de l’agriculture. Un peu trop mystique néanmoins comme nombre des textes faibles de cette anthologie.


Swimming-Hunger – A Rusted Drum – A Ruinous Discovery, de Rayn Epremian, est dans le ton du roman. C’est déjà pas mal.


Dans The Integral – True Literature – Everything Is Blooming, Sofia Samatar imagine une société post-OneState dans laquelle des archéologues auraient découvert les écrits de Zamiatine lui-même et par là-même sa biographie. Amusante contribution à l’antho.


Voilà, comme indiqué sur la « Table des Heures », il est temps maintenant pour moi de poster cette chronique et de passer à la suite de ma journée. Quant à toi, lecteur, je t’ai fait économiser trois heures que tu peux mettre au service d’une activité productive pour le plus grand bien de tous.


The Utopia of Us, Anthologie

Commentaires