Wolf Worm - T. Kingfisher

1899, Caroline du Nord. Sonia Wilson arrive à la gare de Siler - « le pays du mondialement célèbre Lapin de Chatham » . Après la mort de son père, avec qui elle vivait, cette femme célibataire vient prendre un emploi chez le Dr Halder, un naturaliste comme son défunt père. Différence notable entre les deux : le père Wilson inventoriait les végétaux quand le Dr Halder s’occupe, lui, d’insectes. Dans la maison isolée où elle va dorénavant vivre et travailler, elle découvre un tout petit monde composé d’une gouvernante, de son mari, d’une jeune domestique, et surtout du très désagréable Dr Halder. Autour, quelques rares voisins (dont un paraît cinglé) , et quelques paroissiens côtoyés à l’office du dimanche. C’est tout. C’est peu. Et comme si ça ne suffisait pas, Sonia réalise vite que quelque chose (quoi au juste ?) n’est pas normal. Wolf Worm est le dernier roman de T. Kingfisher . C’est un Southern Gothic  réussi, à condition d’atteindre une assez forte suspension d’inc...

L'Abomination de Dunwich - Tanabe d'après Lovecraft


Sortie de la première partie de l’adaptation de L’Abomination de Dunwich par Gou Tanabe. L’aventure continue, pour le plus grand plaisir des lecteurs de Lovecraft et des autres, quand l’auteur de manga s’attaque à l’un des textes emblématiques du Mythe de Cthulhu.


Vallée de la Miskatonic supérieure, au cœur du Massachussets. Un lieu reculé, comme abandonné par les hommes et la civilisation. Dans ce cloaque de dégénérescence, près du hameau de Dunwich, survivent quelques familles – dont les Watheley, de tous ceux qui ont le plus chu dans l’échelle de la prestance et du prestige social. Le vieux Watheley, qu’on dit sorcier même dans cette vallée qui se caractérise par de vieilles légendes indiennes et la présence de très anciens cercles de pierre, a une fille, Lavinia, une albinos guère futée que ceux qui la connaissent qualifient de bien vilaine. Et voilà que Lavinia aurait accouché d’un fils ; elle qui n’est pas mariée et à qui on n’a jamais connu d’amoureux. Et que ce fils se met à grandir bien plus vite qu’un enfant ordinaire.


Dans cette version manga d’un classique d’HPL, Tanabe parvient à rendre le caractère isolé, différent, dégénérescent de la vallée dans laquelle naît et grandit Wilbur Watheley, le fils prodige de Lavinia (et de ?).

Alternant pleines pages et cases plus petites, l’auteur montre au lecteur une nature restée parfaitement sauvage, mis à part une piètre route et quelques maisons qui tiennent plus de la baraque que de la demeure.

La maison des Watheley est la pire de toutes, décrépite, en partie condamnée, en vue du cercle de pierre de Sentinel Hill, elle maintient dans son ombre quelques vaches qui portent de sinistres marques de lacération. Y vivent, dans un grand dénuement matériel et au milieu d’une odeur méphitique, le vieux Whateley, Lavinia, Wilbur – qui malgré ses dix ans a presque l’air d’un adulte –, et ?

Qui produit les bruits et les vibrations qui viennent de l’étage ? Qu’est ce qui principalement, dans cette ambiance délétère, perturbe le professeur Armitage au point de lui faire écourter avec hâte une visite qu’il rendait à Wilbur, son correspondant épistolaire qu’il croyait d’âge adulte ?

Et autour, partout, il y a aussi les cercles de pierre, les grondements d’origine inconnue, les engoulevents de plus en plus nombreux, une nature qu’on dirait primale et intouchée par les hommes. Où peut donc s’épanouir ce qui les précéda et leur succédera peut-être.


Tanabe montre tout cela avec grand talent, commençant par de nombreuses pages muettes qui placent le lecteur dans un monde qui n’a que peu à voir avec la parole humaine. C’est par les grondements que les puissances du lieu s’expriment. C’est auprès des cercles de pierre qu’on peut leur répondre.

Le contraste est saisissant avec les locaux policés de l’université de Miskatonic d’où vient le professeur Armitage, l’homme qui, dans la deuxième partie, aura à rendre compte de l’affaire et de ses développements. Patience, lecteur, Tanabe a placé ici le début de l’histoire et les nécessaires flashbacks vers les années qui l’ont précédé, il t’offrira ensuite, dans quelques mois, sa terrifiante conclusion.


Très beau travail de mise en image, L’Abomination de Dunwich n’a qu’un seul défaut (déjà remarqué dans les autres œuvres de Tanabe), les mouvements (importants ici) y sont peu perceptibles. Mais qu’importe, le tout est très beau et clairement aussi étrange et dérangeant à l’œil que l’est la nouvelle originale.


L’Abomination de Dunwich t1, Gou Tanabe d’après Lovecraft

Commentaires