Wolf Worm - T. Kingfisher

1899, Caroline du Nord. Sonia Wilson arrive à la gare de Siler - « le pays du mondialement célèbre Lapin de Chatham » . Après la mort de son père, avec qui elle vivait, cette femme célibataire vient prendre un emploi chez le Dr Halder, un naturaliste comme son défunt père. Différence notable entre les deux : le père Wilson inventoriait les végétaux quand le Dr Halder s’occupe, lui, d’insectes. Dans la maison isolée où elle va dorénavant vivre et travailler, elle découvre un tout petit monde composé d’une gouvernante, de son mari, d’une jeune domestique, et surtout du très désagréable Dr Halder. Autour, quelques rares voisins (dont un paraît cinglé) , et quelques paroissiens côtoyés à l’office du dimanche. C’est tout. C’est peu. Et comme si ça ne suffisait pas, Sonia réalise vite que quelque chose (quoi au juste ?) n’est pas normal. Wolf Worm est le dernier roman de T. Kingfisher . C’est un Southern Gothic  réussi, à condition d’atteindre une assez forte suspension d’inc...

Nod Away vol 2 - Joshua W. Cotter


"Nod Away volume 2". Cinq ans depuis le précédent mais moins d'un mois depuis ma lecture de celui-ci. Tant mieux. Ou tant pis s'il faut attendre cinq ans le prochain volume.

J'ai déjà dit le bien que je pensais de ce comic dans une chronique récente. Quid de celui-ci ?


D'abord, il est plus long. 360 pages contre 240, avec deux effets positifs à cet allongement.

D'une part, la place laissée au premier fil (voir chro. précédente) augmente. C'est important car ce fil, jusque là très cryptique, s'éclaire un peu et devient  plus explicite en ce qui concerne ses liens avec le second fil, majoritaire, qui décrit le réel. Des liens que le lecteur voit de plus en plus souvent apparaître physiquement dans les pages de l'album, comme il commence à connecter le personnage solitaire du premier fil avec celui qui vit dans le second.

D'autre part, l'augmentation du nombre de pages permet à Cotter de développer encore plus son mode de narration si particulier dans lequel aucune conversation n'est superflue, même celles qui ne font pas avancer l'intrigue principale. Car ce sont de vrais personnages que l'auteur décrit et qu'ils ont donc quantité de mots ou de gestes qui ne sont que ceux de leur vie, sans fonction dramatique. Ces personnages ont une histoire, ils ne sont pas là seulement pour nous en raconter une. C'est, je crois, ce qui fait la richesse et le charme captivant de ces albums.


Ensuite, il n'est pas la suite du volume 1. Exit U.S.S. Integrity, au revoir Melody McCabe, adieu l'Innernet. Retour sur Terre auprès de deux nouveaux personnages dans un monde que l'absence d'Innernet rend plus proche du nôtre.


"Nod away vol. 2" nous plonge dans l'histoire de Walt et d'Aveline. Walt est un jeune gars un peu flippé qui travaille à la boutique d'un centre d'arts. Aveline, elle, immigrante française fraîchement débarquée, a pris un emploi au café qui fait face à la boutique de Walt.

Détail d'importance : Aveline est bien plus dépressive que Walt, jusqu'à l'auto-agression.

Entre les deux, une forme de coup de foudre. Une histoire d'amour aussi partagée que frustrante pour Walt. Lui, insecure, en attend sûrement trop alors même qu'elle, de son côté, fait tout pour l'empêcher de s'approcher vraiment. « Touching from a distance, Further all the time. »


Le couple cohabite, puis Aveline disparaît. Sans explication.


Du temps passe. Walt a quitté la ville et vit maintenant dans la ferme de ses parents décédés, au fin fond de ploucland. Il s'est refait une vie, a résisté à l'inimitié de son belliqueux voisin, a recréé des relations. Jusqu'à un mail d'Aveline. Et tout recommence. Amour, distance, frustration.

Mais cette fois le mal-être de la jeune femme, convaincue que la réalité n'est que le masque illusoire qu'on donne aux interprétations, s'aggrave. Jusqu'à ce qu'elle finisse par complètement perdre pied après un événement tragique.

Confronté à la catastrophe qui touche la femme qu'il aime, perdu, en manque d'idées et d'argent, Walt accepte alors la proposition d'un médecin, au nom familier pour les lecteurs du premier volume, de soigner gratuitement Aveline si elle accepte – de fait, c'est à Walt de le faire pour elle – un protocole psychiatrique expérimental très innovant. Le lien entre les deux volumes est fait. Les événements de celui-ci éclairent, à partir de ce moment, d'une lueur bien sombre ceux du premier.


Avec ce volume 2, Cotter livre encore une fois une œuvre de grande qualité. On retrouve ici les qualités du premier opus et le style narratif centré sur les vies concrètes et les émotions. Technologie et SF sont laissées en arrière ; elles sont centrales dans la possibilité même des événements mais n'en sont pas le cœur. Le cœur de l'histoire, ici comme dans le volume 1, ce sont les vies et les interactions des personnages ainsi que leur manière de surmonter des épreuves particulièrement difficiles. Ici, encore plus que dans le volume 1, Cotter raconte des vies banales (que Cotter décrit longuement dans leur banalité) plongées à leur corps défendant dans des réalités qui les dépassent.


Pour raconter sur 350 pages, Cotter ne se prive d'aucun effet.

Pages divisées en très nombreuses cases qui dissèquent littéralement les actions.

Dialogues intermittents mais toujours détaillés et intimement liés aux préoccupations du moment (Attention pour les lecteurs VO, c'est une langue de rednecks qui se parle dans la cambrousse).

Expressivité des corps et des visages.

Transformation physique des personnages principaux.

Trouvailles visuelles, comme lorsque personnages secondaires et décors semblent s'estomper autour d'un Walt qui s'enfonce en lui-même ou quand les saisons passent en deux cases accotées voire quand les phylactères se fragmentent.

Et puis il y a ces fils, de plus en plus présents dans et entre les pages, qui lient les différents points de l'histoire et le monde physique à un autre bien moins matériel.


Le tout est brillamment réalisé, dense, riche, travaillé.

Conséquence : comme le volume précédent celui-ci attrape le lecteur et ne le lâche plus jusqu'à la dernière page. Histoire SF évidemment mais on est presque avec Nod Away dans la définition du fantastique par Todorov tant le surnaturel, exprimé ici dans une inhabituelle version scientifique, fait intrusion dans le cadre réaliste du récit. C'est pour le « surnaturel » qu'on est venu mais c'est par le cadre réaliste qu'on est ferré. Bravo !

Attendre le volume 3 sera long, très long.


Nod Away 2, Joshua W. Cotter

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