Wolf Worm - T. Kingfisher

1899, Caroline du Nord. Sonia Wilson arrive à la gare de Siler - « le pays du mondialement célèbre Lapin de Chatham » . Après la mort de son père, avec qui elle vivait, cette femme célibataire vient prendre un emploi chez le Dr Halder, un naturaliste comme son défunt père. Différence notable entre les deux : le père Wilson inventoriait les végétaux quand le Dr Halder s’occupe, lui, d’insectes. Dans la maison isolée où elle va dorénavant vivre et travailler, elle découvre un tout petit monde composé d’une gouvernante, de son mari, d’une jeune domestique, et surtout du très désagréable Dr Halder. Autour, quelques rares voisins (dont un paraît cinglé) , et quelques paroissiens côtoyés à l’office du dimanche. C’est tout. C’est peu. Et comme si ça ne suffisait pas, Sonia réalise vite que quelque chose (quoi au juste ?) n’est pas normal. Wolf Worm est le dernier roman de T. Kingfisher . C’est un Southern Gothic  réussi, à condition d’atteindre une assez forte suspension d’inc...

Hantée - Shaghayegh Moazzami


Un fois n'est pas coutume, je vais reposer mes doigts et copier le pitch de l'éditeur :
« A l’âge de 30 ans, Shaghayegh Moazzami a quitté l’Iran pour le Canada à la faveur d’un mariage blanc. Dans Hantée, elle raconte toutes les difficultés qu’elle a connues dans son pays d’origine - aussi bien à l’école qu’au sein de sa propre famille - et qui l’ont poussée à s’exiler. Elle raconte surtout comment, une fois arrivée au Canada en 2016, elle n’a pour autant pas réussi à trouver de répit et a continué de subir le poids de la religion et des traditions inculquées dans sa jeunesse. Un poids qui s’est un jour manifesté par l’apparition d’une vieille femme imaginaire, bigote et ultraconservatrice. Une vieille femme qui se met à persécuter Shaghayegh, lui reprochant sans cesse son mode de vie occidental et lui faisant des remontrances chaque fois qu’elle fait quelque chose d’interdit ou de mal vu dans son pays (faire du vélo ou fumer quand on est une femme, boire de l’alcool, etc)... »

Voilà. Tu en sais assez, lecteur. Tout est là.

Evacuons le dessin, un genre de sombre crayonné balourd qui ne peut être la raison de lire cet album.
Passons au récit. Quand je dis que tout est là, c'est le cas. Le développement n'apporte quasi rien.
Shaghayegh Moazzami a fui l'Iran en 2016 en compagnie de son « mari » Fareed. En 2018, elle décide de quitter Fareed et leur simulacre de couple, de s'intéresser enfin à la société québécoise qui l'a accueillie, de devenir dessinatrice de BD. Une phase de transition nécessaire qui invoque dans son champ de vision mental le « spectre » effrayant mais surtout très agaçant d'une veille femme iranienne qui la harcèle d’injonctions et de reproches caractéristiques de la culture institutionnelle dans la République Islamique d'Iran, le tout agrémenté de quelques brefs flashes sur des moments de sa vie passée, pré-émigration.

Donc, sans surprise, obsessions sur le sexe, la pureté, la virginité, le mariage et la soumission qui doit l'accompagner. Prière, tchador, martyrs (84 jours de célébrations nationales des martyrs quand même, la seule chose que m'ait apprise cet album). Rapports difficiles avec des parents pas vraiment religieux mais très conservateurs. Copines de classe parfois trop religieuses pour être agréables.

Well, well. Why not ? Sauf que tout est survolé, tout est superficiel, tout est abordé, traité, réglé en une ou deux planches. C'est biographiquement léger et politiquement vide. Il ne suffit pas de promener une figure de croquemitaine qui incante ad nauseam « Garce », « Salope », « Sac à foutre », dans toutes les pages pour que ça devienne informatif ou intéressant. A la limite comme base de travail pour un psy qui voudrait aider Moazzami à tourner la page... Mais moi, je ne peux rien pour elle ; d'ailleurs, elle finit par ne plus trop écouter la vieille, ce qui prouve qu'elle n'avait pas besoin de mon aide.

Symbole éclatant du vide intersidéral de l'ensemble : un « glossaire » à la fin qui parle autant dattes, fromage, et thé, que statut des femmes. L'item Femmes dans la Constitution iranienne, par exemple,  est braqué sur la différence de valeur (héritage) entre un homme et une femme : moitié pour la femme. Si ce n'était que ça le statut légal des femmes en Iran, ça s’appellerait le Code de la Famille algérien et les Iraniennes auraient toutes raisons de respirer. Hélas pour elles, on est loin du compte. Et tout à l'avenant.

Voilà, tu en sais assez, lecteur. Tu peux reprendre une activité normale. Tu as économisé 20 euros.

Hantée, Shaghayegh Moazzami

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