Wolf Worm - T. Kingfisher

1899, Caroline du Nord. Sonia Wilson arrive à la gare de Siler - « le pays du mondialement célèbre Lapin de Chatham » . Après la mort de son père, avec qui elle vivait, cette femme célibataire vient prendre un emploi chez le Dr Halder, un naturaliste comme son défunt père. Différence notable entre les deux : le père Wilson inventoriait les végétaux quand le Dr Halder s’occupe, lui, d’insectes. Dans la maison isolée où elle va dorénavant vivre et travailler, elle découvre un tout petit monde composé d’une gouvernante, de son mari, d’une jeune domestique, et surtout du très désagréable Dr Halder. Autour, quelques rares voisins (dont un paraît cinglé) , et quelques paroissiens côtoyés à l’office du dimanche. C’est tout. C’est peu. Et comme si ça ne suffisait pas, Sonia réalise vite que quelque chose (quoi au juste ?) n’est pas normal. Wolf Worm est le dernier roman de T. Kingfisher . C’est un Southern Gothic  réussi, à condition d’atteindre une assez forte suspension d’inc...

L'anneau du Nibelung - Thomas - Kane - Wagner


Il fallut près de trente ans à Wagner pour concevoir, écrire, et composer "L'Anneau du Nibelung", plus souvent connu en France comme la Tétralogie (une trilogie précédée d'un prélude) ou le Ring.

L'or du Rhin, la Walkyrie, Siegfried, Le Crépuscule des Dieux, un monument, un monstre pour lequel un théâtre ad hoc fut construit, sans doute la plus grande œuvre musicale jamais écrite.

Trois inspirations principales pour le compositeur : La Chanson des Nibelungen, Les Eddas scandinaves, et la Saga des Völsungen. Il décrit l'histoire du monde, de sa création à la chute des dieux et au début de l'âge des hommes. C'est une histoire de fureur, de batailles, de ruse et de tromperie, d'amour et de folie, une histoire dans laquelle les dieux se révèlent incapables d'empêcher leur propre chute et l'ascension de leurs successeurs dans l'ordre de la création. Même les coups de billards à trois bandes de Wotan (le « père des dieux ») ne peuvent pas dévier le cours d'un destin qui est écrit dès l'origine du monde (on le comprend dans l'acte 4 quand les nornes racontent).


Il ne faudra que deux ans (1989-1990) à Roy Thomas et Gil Kane pour sortir l'adaptation BD de "L'Anneau du Nibelung" chez DC – même si Thomas avait déjà touché à l'histoire en racontant l'éternel retour de Ragnarök dans les numéros 294 à 300 de Mighty Thor –, mais il fallut quand même – dit la courte préface française – 188 pages, 927 cases, 2176 bulles et cartouches pour traduire en image 15 heures de spectacle, 8000 vers, et 91 thèmes musicaux. Car ce qu'adaptent Thomas et Kane c'est bien la Tétralogie de Wagner, ce ne sont ni les sources originales ni une adaptation libre de celles-ci. C'est la substantifique moelle des quatre opéras que Thomas et Kane transcrivent pour leurs lecteurs. Et c'est une belle réussite d'impérative vulgarisation.


Le parti pris d'adapter le Ring plutôt que les sources centre l'histoire sur les personnages humains – Siegmund, Sieglinde, Sigfried, Brünhilde même, devenue humaine par amour puis prête à mourir par passion –, et fait des actes des dieux l'arrière-plan, la trame, sur laquelle se déroulent les drames humains.

Les dieux intriguent et donnent sa dynamique au monde, les nains et les géants – laids et menaçants – complotent, les nixes – adorables – nixent, les walkyries – guerrières sacrées au service du Ragnarök plus encore qu'à celui d'Odin – ne peuvent rien empêcher en dépit de leurs pouvoirs et de leur courage. Mouvements surnaturels que tout ça !  Mais ce sont les actes des humains – avec leur courage, leurs passions, leur orgueil, leurs faiblesses aussi qui permettent de les tromper – qui entraînent le monde, et ceci même quand les humains eux-mêmes ne sont que le fruit de la volonté de Wotan.

Siegmund et Sieglinde, jumeaux incestueux et sacrifiés, Siegfried, courageux et tête brûlée, toute l'inconséquence de la force, et Brünhilde aussi, la plus humaine des Walkyries, ballottée, sacrifiée, victime deux fois de l'amour, indispensable au mouvement des événements par ses interférences récurrentes.


Du point de vue narratif l'histoire, adaptation stricte des quatre opéras à une minuscule exception près, est claire et fluide, les éléments inexplicables à un moment trouvant leur explication plus tard.

Graphiquement, les personnages inquiétants inquiètent, les monstres sont monstrueux, les naïves nixes nues comme l'innocence, Wotan aussi mystérieux que peut l'être un Voyageur qui, en dépit de ses intrigues backstage, ne peut défaire ce que ses actes ont fait. C'est finalement les héros humains qui sont les moins réussis ; les héros masculins sont sans doute trop bodybuildés – donc trop datés – et les héros féminins peut-être trop lisses. Autre temps, autres mœurs.

Composition, décors, et dynamique sont de haute volée, les dessins étant soutenus par une colorisation qui fait éclater les scènes dans le regard (il serait néanmoins sûrement intéressant de voir la version NB, la planche offerte aux 200 premières commandes laisse imaginer de grandes merveilles de précision et de sobriété).


"L'Anneau du Nibelung" est donc une belle adaptation qui permet de se faire tout le Ring sans aller à Bayreuth (ni au MET ; Thomas y avait vu une représentation qui l'avait vivement séduit dans les années 70, j'ai vécu la même expérience grâce à la magie des direct HD au cinéma que je vous conseille plus que vivement quand les cinémas auront rouverts).

Elle sort aujourd'hui en français aux éditions Néofélis (une maison marseillaise, grande ville d'opéra que Wagner aimait et où il passa), traduite par Alice Ray. Ne pas la manquer !


L'Anneau du Nibelung, Thomas, Kane, Woodring, d'après Wagner

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