Wolf Worm - T. Kingfisher

1899, Caroline du Nord. Sonia Wilson arrive à la gare de Siler - « le pays du mondialement célèbre Lapin de Chatham » . Après la mort de son père, avec qui elle vivait, cette femme célibataire vient prendre un emploi chez le Dr Halder, un naturaliste comme son défunt père. Différence notable entre les deux : le père Wilson inventoriait les végétaux quand le Dr Halder s’occupe, lui, d’insectes. Dans la maison isolée où elle va dorénavant vivre et travailler, elle découvre un tout petit monde composé d’une gouvernante, de son mari, d’une jeune domestique, et surtout du très désagréable Dr Halder. Autour, quelques rares voisins (dont un paraît cinglé) , et quelques paroissiens côtoyés à l’office du dimanche. C’est tout. C’est peu. Et comme si ça ne suffisait pas, Sonia réalise vite que quelque chose (quoi au juste ?) n’est pas normal. Wolf Worm est le dernier roman de T. Kingfisher . C’est un Southern Gothic  réussi, à condition d’atteindre une assez forte suspension d’inc...

Nécropolitains - Rodolphe Casso - Retour de Bifrost 97


"Nécropolitains" est le second roman de Rodolphe Casso. Il fait suite à Pariz, dans lequel on voyait le monde – et singulièrement Paris – être emporté par l'apocalypse zombie vers un post-apo dans lequel la simple survie est un exploit en soi.


"Nécropolitains" commence un an après les événements. Une poignée de soldats survit plus qu'elle ne vit dans la base souterraine de Taverny. Leurs réserves s'épuisent lentement mais c'est surtout leur moral qui est de plus en plus en berne, au point que les suicides se multiplient. Le commandant de la base décide alors qu'il est temps de réagir. Pour ce faire il envoie le capitaine Franck Masson, un commando de l'air, en mission dans Paris, afin d'y prendre contact avec les quelques poches de survie qui s'y trouvent – des photos satellites l'attestent – et de créer avec ces survivants des liens qui seraient à la fois le ferment d'une renaissance sociétale voire nationale et une source d'espoir et de projets futurs pour les enterrés volontaires de Taverny. L'envoyé, Masson, est un « soldat d’Épinal », courageux, discipliné, patriote, catholique – l'homme de la situation donc.

Largué par hélicoptère près de la butte Montmartre (la première des trois stations de son calvaire), il entreprend une dangereuse tournée dans l'inconnu – même si le vrai danger maintenant vient aussi souvent des hommes et des chiens errants que des zombies eux-mêmes. Pour tout équipement, un uniforme, un Famas, une radio-satellite pour contacter sa base, des rations, et un carnet pour noter ce qu'il voit et entend afin d'initier une nouvelle mythologie, la culture populaire des temps nouveaux.


Première étape : la butte Montmartre et sa « République » foutraque. Dirigée par un ex-animateur télé, confite dans un passé qui ne veut pas mourir, on y trouve, sous une bonhomie et une liberté affichées, une société perverse dont certaines des pratiques sont bien peu ragoutantes.

Second arrêt : le parc des Buttes-Chaumont où s'est installée une communauté autogérée plutôt pacifique. Plus digne sans conteste que le précédent, ce groupe humain n'est néanmoins à l'abri ni des dissensions internes, ni des agressions externes, ni, surtout et toujours, des diverses pénuries qui rendent la vie difficile et nécessairement courte.

Enfin, troisième et dernier stop : l’île de la Cité, étroite langue de terre isolée devenue une sorte de mini théocratie illuminée gouvernée par les autorités ecclésiastiques et policières du lieu – un genre de parvis de Notre-Dame hugolien avec des motos. Partout Masson doit s'intégrer – jusqu'à créer parfois des liens forts – pour voir si un rapprochement est possible, sans abandonner néanmoins ses valeurs. Mais toujours sa mission prime, toujours il va de l'avant, bravant les périls des transits et les risques de chaque nouvelle insertion. Paris a changé, radicalement, et, conséquence, Masson change aussi ; il est changé par la réalité qu'il traverse et les rencontres qu'il fait, jusqu'à comprendre qu'il lui faut aussi dans sa tête aller de l'avant.


"Nécropolitains" est un roman d'aventure rythmé et plutôt agréable à lire mais il est un peu alourdi par le luxe de détails que donne l'auteur. Rodolphe Casso adore Paris, son roman le hurle. D'interminables descriptions qui rendent le texte sûrement trop long décrivent les lieux, les boutiques, les rues, les structures de la vie urbaine (canaux, métros, ponts, and so on). Ce n'est jamais désagréable mais on peut penser que cette façon de décrire Paris dans ses moindres détails avant (ou afin) d'y placer le malheur parlera plus aux Parisiens qui reconnaîtront des lieux dans lesquels ils vivent (encore) une vie normale – et oui, chronique écrite avant le Covid – qu'aux autres habitants du désert français. Le tout fait très parigot, des lieux emblématiques jusqu'aux références à Aristide Bruant. Concernant le ton, le texte oscille entre – parfois – une ironie gouailleuse à la Audiard et – souvent – un anarchisme visuel à la Fluide Glacial ; régulièrement on croit voir des personnages ou des situations à la Goossens. On aimera ou pas selon ses goûts personnels.


Nécropolitains, Rodolphe Casso

Commentaires