Wolf Worm - T. Kingfisher

1899, Caroline du Nord. Sonia Wilson arrive à la gare de Siler - « le pays du mondialement célèbre Lapin de Chatham » . Après la mort de son père, avec qui elle vivait, cette femme célibataire vient prendre un emploi chez le Dr Halder, un naturaliste comme son défunt père. Différence notable entre les deux : le père Wilson inventoriait les végétaux quand le Dr Halder s’occupe, lui, d’insectes. Dans la maison isolée où elle va dorénavant vivre et travailler, elle découvre un tout petit monde composé d’une gouvernante, de son mari, d’une jeune domestique, et surtout du très désagréable Dr Halder. Autour, quelques rares voisins (dont un paraît cinglé) , et quelques paroissiens côtoyés à l’office du dimanche. C’est tout. C’est peu. Et comme si ça ne suffisait pas, Sonia réalise vite que quelque chose (quoi au juste ?) n’est pas normal. Wolf Worm est le dernier roman de T. Kingfisher . C’est un Southern Gothic  réussi, à condition d’atteindre une assez forte suspension d’inc...

Le Cimetière - Gerard Guix - Retour de Bifrost 97

 


Futur indéterminé. Espagne, peut-être. Montée des eaux, surpopulation, et retombées nucléaires (!) ont rendu les terres (arables sans doute) rares. Si rares qu'il est devenu interdit d'enterrer les défunts et que tous les cimetières ont été récupérés – à l'exception d'un cimetière-musée par district, conservé à titre historique. Mais quand la mère d'Isobel meurt, la jeune femme ne peut se résoudre à la condamner post-mortem à l'incinération et à l'intégration mémorielle dans l'un de ces cimetières virtuels que fournit l'Etat. Alors, sur les conseils d'un médecin ami, elle se rend dans un cimetière-musée rural pour tenter d'y inhumer sa mère. Clandestinement. Car la loi est claire, dure, et durement appliquée. Il faut dire que la société dans laquelle vit Isobel est une dictature, pas moins. Gestion autoritaire des morts, écrans d'informations omniprésents, culture sous le rideau, mise au ban des livres papiers, « vaporisation » des contrevenants. Il y eut même une Grande Purge. Et aujourd'hui il y a un XVIIIe Führer et une loi Lebensraum. Diantre !

Perpétuant par son acte une tradition familiale de résistance à l'oppression, Isobel se met en grand danger. Travis, le gardien du cimetière dans lequel elle prévoit d'inhumer sa mère, l'aidera-t-elle ou la dénoncera-t-elle ? Et surtout, que feront ces deux solitaires de la tension érotique qui naît entre eux dès le premier regard ?


Lisant cette dernière phrase, on a le cœur du problème de ce court roman catalan. Mix peu subtil de Farenheit 451, des Androïdes rêvent-ils de moutons électriques, et de 1984 mâtiné de surpopulation à la Soleil Vert, "Le Cimetière", stylistiquement assez imparfait – dans les dialogues notamment –, échoue à créer l'angoisse lorsqu'il tente de le faire et offre une présentation caricaturale du cinéma d'horreur indigne d'un auteur qui, ici, se réclame de l'Imaginaire ; le tout sans compter un twist qu'on voit venir de l'autre bout du livre. Mais surtout, surtout, "Le Cimetière" place le lecteur dans la situation d'un otage involontaire de roman Harlequin. Une litanie de phrases finalement hilarantes – mais était-ce le but ? – racontent les émois d'Isobel et la folie des sens qui s'empare des deux seuls protagonistes vivants du récit ; c'est si mièvre que j'ai dû aller vérifier l'âge de l'auteur. Impossible de retenir autre chose de ce texte, d'autant que les banalités résistantialistes qui y sont enfinlées comme des perles sur un collier ne sont guère transcendantes ; si les Catalans n'ont que cette bouillie indigente à se mettre sous la dent, craignons pour eux qu'ils ne succombent au crétinisme avant d'atteindre l'indépendance.


Le Cimetière, Gerard Guix

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