Wolf Worm - T. Kingfisher

1899, Caroline du Nord. Sonia Wilson arrive à la gare de Siler - « le pays du mondialement célèbre Lapin de Chatham » . Après la mort de son père, avec qui elle vivait, cette femme célibataire vient prendre un emploi chez le Dr Halder, un naturaliste comme son défunt père. Différence notable entre les deux : le père Wilson inventoriait les végétaux quand le Dr Halder s’occupe, lui, d’insectes. Dans la maison isolée où elle va dorénavant vivre et travailler, elle découvre un tout petit monde composé d’une gouvernante, de son mari, d’une jeune domestique, et surtout du très désagréable Dr Halder. Autour, quelques rares voisins (dont un paraît cinglé) , et quelques paroissiens côtoyés à l’office du dimanche. C’est tout. C’est peu. Et comme si ça ne suffisait pas, Sonia réalise vite que quelque chose (quoi au juste ?) n’est pas normal. Wolf Worm est le dernier roman de T. Kingfisher . C’est un Southern Gothic  réussi, à condition d’atteindre une assez forte suspension d’inc...

Jardins de poussière - Ken Liu - Retour de Bifrost 97


Quatre ans après le très bon La ménagerie de papier, Le Bélial propose aujourd'hui une nouvelle anthologie du multiprimé Ken Liu, intitulée "Jardins de poussière", une fois encore organisée par les Quarante-Deux et traduite par Pierre-Paul Durastanti. Non contents d'avoir réunis des textes écrits par Liu durant toute sa carrière, les Quarante-Deux les ont regroupés par thèmes, donnant ainsi au recueil une cohérence multi-thématique qui a surpris l'auteur lui-même.


La premier texte du recueil concentre pour le mieux ce que sait faire Liu : Jardins de poussière est le récit vertigineux d'une colonisation spatiale au bord de l'échec qui est sauvée de justesse par un acte dans lequel l'auteur mêle rigueur scientifique, beauté poétique, et une once d'amour.

Tout au long de l'ouvrage on trouvera ce mélange assez inédit qui caractérise le travail de Liu. Car touchant à beaucoup de genres SFFF différents – donc à beaucoup de formes différentes – c'est à son fond que l'auteur est reconnaissable, au mix de justesse, de sensibilité et de tendresse qu'il met dans des histoires qui racontent la difficulté des sentients à vivre ensemble mais aussi la chaleur réconfortante qu'apportent la présence et l'amour des autres. Des nouvelles, qui peu ou prou, parlent toutes de famille, de contact, d'Histoire, d'exploration, de changements, voulus ou forcés. De la difficulté donc d'avancer vraiment sans perdre en route ce qu'on est, ce qui fut, sa culture ou son entourage.


Revue en flashes non résumés :


La fille cachée et Bonne chasse – cette dernière adaptée en anime dans la série Love, Death, and Robots –, sont silkpunk et steamfantasy. Mais dans les deux cas, c'est de changement qu'il s'agit pour des personnages profondément émouvants.


Rester, Ailleurs, très loin de là, de vastes troupeaux de rennes, et la très jolie Souvenirs de ma mère s'interrogent, Ken Liu-style, sur les déchirements et les évolutions radicales qu’entraîneront les techniques de numérisation des consciences. Excellents et à rapprocher du meilleur d'Egan.


Le fardeau est un texte de xéno-archélogie vraiment drôle sur lequel il importe de ne pas spoiler. Quand à Nul ne possède les cieux, on y mêle science et religion au service d'innovations qui, les hommes étant ce qu'ils sont...N'en disons pas plus.


Long courrier est assimilable à un texte cli-fi, il dépeint un monde nouveau rendu meilleur sans doute par un retour à une technologie plus propre. Il montre ce qu'apportent l'ouverture et le contact, et ce qu'ils coûtent aussi.


Ouverture et contact encore dans Sauver la face où Liu réintroduit joliment l'incontournable facteur humain dans la rationalité algorithmique.


Une brève histoire du Tunnel transpacifique dit plutôt la face noire du contact et du progrès imparfaitement distribué.


Jours fantômes raconte le désarroi existentiel de colons spatiaux pris entre une Histoire prégnante et un avenir inédit à forger.


Dolly, la poupée jolie est un conte cruel sur la fin de vie des objets sentients – qui peut rappeler Le petit soldat de plomb d'Andersen par exemple. Là où Animaux exotiques, tragique aussi mais bien loin d'être un conte, est un récit quasi cyberpunk très touchant qui dit les horreurs possibles d'une génétique devenue prométhéenne au service d'une humanité hélas égale à elle-même.


Vrais visages montre les excès de l'éthique différentialiste – mais le texte est démonstratif et prévisible. Moments privilégiés, en revanche, pointe les risques toujours inattendus des nouvelles technologies censées améliorer la vie humaine ; il rappelle les mises en garde de quelqu'un comme Peter Watts.


Imagier de cognition comparative pour lecteur avancé est un texte à liste qui, en ajoutant de l'humain, réussit le tour de force d'être émouvant, ce que ne sont pas toujours ces textes.


La dernière semence émeut encore, autant qu'elle navre et précisément parce qu'elle le fait.


Sept anniversaires met en scène l'amour difficile mais jamais éteint qui lie mère et fille prises dans le tourbillon d'une panspermie d'origine humaine. Quand à Printemps cosmique elle nous amène, à grands renforts de gigantisme cosmique, vers la mort thermique de l'univers et le début d'un nouveau cycle. Les deux textes sont aussi beaux que vertigineux.


Concluons en disant que, mis à part un ou deux textes dispensables, l'ensemble est de très bonne tenue car Liu parvient à mettre beaucoup d'humain dans ses textes, y compris dans ceux – à échelle cosmique – qui pourraient être les plus secs. Hitech, beauté, wonder, la belle couverture dit tout.


Jardins de poussière, Ken Liu

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