Wolf Worm - T. Kingfisher

1899, Caroline du Nord. Sonia Wilson arrive à la gare de Siler - « le pays du mondialement célèbre Lapin de Chatham » . Après la mort de son père, avec qui elle vivait, cette femme célibataire vient prendre un emploi chez le Dr Halder, un naturaliste comme son défunt père. Différence notable entre les deux : le père Wilson inventoriait les végétaux quand le Dr Halder s’occupe, lui, d’insectes. Dans la maison isolée où elle va dorénavant vivre et travailler, elle découvre un tout petit monde composé d’une gouvernante, de son mari, d’une jeune domestique, et surtout du très désagréable Dr Halder. Autour, quelques rares voisins (dont un paraît cinglé) , et quelques paroissiens côtoyés à l’office du dimanche. C’est tout. C’est peu. Et comme si ça ne suffisait pas, Sonia réalise vite que quelque chose (quoi au juste ?) n’est pas normal. Wolf Worm est le dernier roman de T. Kingfisher . C’est un Southern Gothic  réussi, à condition d’atteindre une assez forte suspension d’inc...

Caruso - Kiernan - Harrow - Kloetzer - Jackson in Bifrost 99


Dans le Bifrost 99 il y a un dossier très complet sur la grande Shirley 'Haunting of Hill House' Jackson, coordonné de main de maître par Jean-Daniel Brèque.

Outre le dossier et les rubriques habituelles, on trouve aussi six nouvelles sous la couverture dessinée par Miles Hyman.

A tout seigneur tout honneur, on lira deux nouvelles de Shirley Jackson, La souris et Un jour comme les autres, avec des cacahuètes.
On y retrouve le goût de l'autrice pour l'horreur psychologique domestique presque casual, et les chutes surprenantes.

Noirs vaisseaux apparus au sud du Paradis est une nouvelle post-contact très noire de Caitlin R. Kiernan. Elle prend place dans le monde envahi par les Grands Anciens qu'on subodorait notamment dans Agents of Dreamland, que le Bélial publiera bientôt dans la collection Une Heure-Lumière et que votre serviteur avait chroniqué en VO, ou Black Helicopters.
Plus noir que Lovecraft, proche de Ligotti, le texte est annonciateur d'un avenir qui glace d'effroi. Il fallait bien qu'un jour les cultistes arrivent à leur fin et que l'humanité subissent tout le  poids d'une rencontre avec l'horreur cosmique.

Alix E. Harrow propose, avec Guide sorcier de l’évasion : atlas pratique des contrées réelles et imaginaires, une déclaration d'amour aux livres et à leur pouvoir quasi-magique de permettre l'évasion, de mettre le monde à portée, et  d'aider à se définir (le pouvoir des mots de Maïakovski). C'est aussi un cri d'amour lancé aux bibliothèques qui mettent les livres à la portée de tous et aux merveilleuses bibliothécaires qui, telles des marieuses juives, trouvent le livre qui donnera un sens à la vie de l'emprunteur. Merci aux bibliothécaires (de la part de quelqu'un qui a fait sa première bibliothèque de FNA en chourant à la biblio - stop ! il y a prescription).
Un texte qui parle du pouvoir des livres, de l'amitié qu'on peut éprouver pour eux, et qui rappellera sans doute le Morwenna de Jo Walton (Prix Hugo, comme l'est ce texte-ci, et pour les mêmes raisons).

L. L. Kloetzer offre, avec Ourobouros, une nouvelle trépidante dans le monde de Anamnèse de Lady Star. Il nous donne à voir Celephaïs, un habitat spatial. Géographie, technologie, organisation et dissension sociales, jeux de pouvoir et intrigues politiques. Tout y est, tout ceci sans avoir l'air d'y toucher, à travers une course contre ghost dont on sort ébouriffé tant on en ressent la vitesse. De la belle ouvrage.
Un monde, jusqu'ici seulement entr'aperçu, dans lequel se déploiera peut-être un jour un nouveau récit. Espérons-le.

Et enfin, le choc. Par les visages, d'Olivier Caruso, est une nouvelle science-fictive. On y voit une maladie inédite et dévastatrice se déployer dans Paris alors que la sœur jumelle de l'héroïne tourne dans l'ISS. Pendant qu'en bas tout s'effondre rapidement, en haut on fait une découverte stupéfiante.
D'une situation normale, et presque jacksonienne, Caruso fait basculer son monde dans un merdier rigolard et délirant qui rappelle les meilleures pages de Vian avant de montrer que la rigolade est finie et de lorgner vers Vandermeer ou Kiernan. Le texte, par sa progression maîtrisée, par l'inexorable montée aux extrêmes qui rencontre puis dépasse la phase de déni jusqu'à la laisser si loin derrière qu'elle pourrait n'avoir jamais existé, est véritablement bluffant.
Il est question d'une novella à suivre. YES !
PS : Un texte où on envoie chier le Spritz ne peut pas être foncièrement mauvais.

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