Wolf Worm - T. Kingfisher

1899, Caroline du Nord. Sonia Wilson arrive à la gare de Siler - « le pays du mondialement célèbre Lapin de Chatham » . Après la mort de son père, avec qui elle vivait, cette femme célibataire vient prendre un emploi chez le Dr Halder, un naturaliste comme son défunt père. Différence notable entre les deux : le père Wilson inventoriait les végétaux quand le Dr Halder s’occupe, lui, d’insectes. Dans la maison isolée où elle va dorénavant vivre et travailler, elle découvre un tout petit monde composé d’une gouvernante, de son mari, d’une jeune domestique, et surtout du très désagréable Dr Halder. Autour, quelques rares voisins (dont un paraît cinglé) , et quelques paroissiens côtoyés à l’office du dimanche. C’est tout. C’est peu. Et comme si ça ne suffisait pas, Sonia réalise vite que quelque chose (quoi au juste ?) n’est pas normal. Wolf Worm est le dernier roman de T. Kingfisher . C’est un Southern Gothic  réussi, à condition d’atteindre une assez forte suspension d’inc...

Dracula - Bess - Stoker


Dracula : Plus d'un siècle après la publication du roman épistolaire de Bram Stoker, Georges Bess livre sa version de l’œuvre. Une version aussi fidèle à l'original sur le plan narratif que transcendée par un dessin impressionnant (et les « colorisations » de Pia Bess).

Je ne vais ni raconter ni analyser ici Dracula, bien d'autres l'ont déjà bien fait depuis bien longtemps (Google est ton ami). Sache, lecteur, que Bess marche sans erreur dans les traces laissées par le romancier irlandais.

Tu iras donc avec lui dans cette Transylvanie définitivement « à l'Est » de l'Europe, loin de la civilisation et des lumières de la raison occidentale. Tu y croiseras les « enfants de la nuit » qui hurlent dans la neige, d'inquiétants tziganes aussi, et surtout un comte, antédiluvien semble-t-il, aux mœurs aussi étranges que son pays. Un comte qui veut acheter des propriétés à Londres pour s'installer là où bat le cœur du monde ; c'est pour cela qu'il t'a fait venir, toi, lecteur, toi, Jonathan. Un comte enfin qui t'abandonne à ses succubes et embarque pour une traversée tragique sur le Demeter.

Tu sauras ensuite ce qu'il advint de la malheureuse Lucy, qui mourut deux fois, de Renfield qui ne succomba, lui, qu'une fois mais de quelle horrible façon, à quoi faillit aussi céder la belle et douce Mina. Tu participeras à une course poursuite désespérée à travers toute l'Europe. Tu verras le courage et l'abnégation de prétendants que la survenue du malheur obligea à sortir de leur vie de socialite. Et tu comprendras, grâce au professeur Abraham van Helsing, que, même dans une siècle de lumières, il n'est pas vain de se souvenir des croyances anciennes.

Tu verras, après maintes épreuves, le mal vaincu ; et honnêtement, que demander de plus ?

Tout ceci, lecteur, qui était dans le roman de Stoker, tu le verras ici littéralement prendre vie sous la plume de Bess.

De superbes planches en noir et blanc te feront pénétrer dans l'univers du plus célèbre des vampires.  Cadrages sans cesse changeants, planches grand format ou vignettes, Bess cinématographise son récit. À la fois très précis et très dynamique, s'adaptant aux pleins et déliés du récit, le style allie beauté et énergie.
L'approche résolument gothique qu'il adopte donne profondeur et ancienneté tant au château déprimant du comte qu'aux étendues enneigées du col de Borgo ou aux repaires londoniens du monstre.

Et quel traitement des deux héroïnes du récit ! Eclate sous le regard tant la fragilité éthérée de Lucy que la solidité pragmatique de Mina.
Loin de la version aristocratique de Christopher Lee (ne parlons pas des autres), son Dracula est bien la bête moins qu'humaine que décrit Stoker. Aucun arrangement n'est possible avec une telle créature surgie de l'enfer, qui rampe sur les murs et ne partage avec l'humanité qu'une ressemblance physique fluctuante.

Le gothique est du romantisme noir ; l'album de Bess, comme le roman original, est du pur gothique. La couverture – mort et fleur de tombe – donne le ton sans ambiguïté possible. Si tu l'aimes, lecteur, tu aimeras ce qu'elle dissimule.

Georges Bess est connu pour avoir dessiné Le lama blanc de Jodorowski. Ca c'était jusqu'à présent. Dorénavant, il est pour l'éternité celui qui a réalisé la meilleure adaptation BD de Dracula.

Dracula, Bess, Stoker

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