Wolf Worm - T. Kingfisher

1899, Caroline du Nord. Sonia Wilson arrive à la gare de Siler - « le pays du mondialement célèbre Lapin de Chatham » . Après la mort de son père, avec qui elle vivait, cette femme célibataire vient prendre un emploi chez le Dr Halder, un naturaliste comme son défunt père. Différence notable entre les deux : le père Wilson inventoriait les végétaux quand le Dr Halder s’occupe, lui, d’insectes. Dans la maison isolée où elle va dorénavant vivre et travailler, elle découvre un tout petit monde composé d’une gouvernante, de son mari, d’une jeune domestique, et surtout du très désagréable Dr Halder. Autour, quelques rares voisins (dont un paraît cinglé) , et quelques paroissiens côtoyés à l’office du dimanche. C’est tout. C’est peu. Et comme si ça ne suffisait pas, Sonia réalise vite que quelque chose (quoi au juste ?) n’est pas normal. Wolf Worm est le dernier roman de T. Kingfisher . C’est un Southern Gothic  réussi, à condition d’atteindre une assez forte suspension d’inc...

Nil - James Turner - Quae nocent docent


Monsieur Nul vit à Nihilopolis. Dans cette capitale du nihilisme, où les politiciens mentent et font assaut de démagogie populiste, on pratique la triple pensée (car la double, ce n'est pas assez), on travaille à la fabrique de breloques ou de babioles ou de bombes ou de consensus ou de canards en plastique, on est exploité et embobiné par les puissants, on sait que l'enfer c'est les autres, on se fait exploser régulièrement pour une cause nihiliste ou une autre.
Surtout, à Nihilopolis, on déconstruit, jour après jour et minute après minute, jusqu'à la déraison. A Nihilopolis, on sait que l'espoir est une illusion hypocrite, comme la loi, la religion, l'amour, la démocratie, les idéologies. On le sait, et on le dit, dans chaque conversation (la tentative de séduction sur un mode Gène égoïste à la Dawkins est hilarante).

Monsieur Nul travaille sur le Derrida, un vaisseau déconstructeur qui va quotidiennement éradiquer croyances, idées, espoir, avant que ces virus puissent se propager. Il a un ennemi intime, Monsieur Sly, et un amour non partagé pour Miss Void. En dépit de sa solitude sexuelle, Monsieur Nul est « heureux » à Nihilopolis. Jusqu'au jour où il est accusé d'un meurtre qu'il n'a pas commis et doit fuir le pays pour tenter de se réfugier en Optima, la pays des optimistes.

Hélas, pour lui, Monsieur Nul n’atteindra jamais Optima. En chemin, il est pris pour le chef d'un mouvement révolutionnaire et finit par se retrouver engagé dans un conflit qui rappelle, par son absurdité criminelle, la Grande Guerre.
En son absence, pendant ce temps, la hiérarchie religieuse de Nihilopolis a décidé d'annihiler toute la population afin d'en finir avec l'hypocrisie essentielle de toute vie humaine.

"Nil" est une sorte d'ovni. Souvent drôle, Turner  décrit jusqu'à l'absurde un monde nihiliste dans lequel la déconstruction règne, supprimant non seulement toute possibilité d'espoir ou d'idéal mais également tous ces petits mensonges réciproquement consentis qui rendent possible les relations humaines. Il pointe nombre des absurdités du monde moderne sur un ton qui prête à sourire. Il fait de Monsieur Nul un de ces « premiers dans un concours de circonstances » qui évoque l'Anthony Quinn de La 25ème heure. Et il conclut fort à propos son récit.

Très joliment dessiné (l'album est très beau aussi), dans un noir et blanc stylisé qui exprime la dualité fondamentale du monde de Monsieur Nul, le récit est néanmoins, à mon avis, trop long. Il est difficile d'être ironique sur la longueur en étant toujours au même niveau. Turner n'y parvient pas vraiment. Une fois le principe compris, et en dépit d'une intrigue qui avance régulièrement, le tout devient un peu redondant. Cinquante pages de moins (sur 250) auraient sûrement rendu le récit plus ramassé, plus dense, plus percutant.


Nil, James Turner

Commentaires