Wolf Worm - T. Kingfisher

1899, Caroline du Nord. Sonia Wilson arrive à la gare de Siler - « le pays du mondialement célèbre Lapin de Chatham » . Après la mort de son père, avec qui elle vivait, cette femme célibataire vient prendre un emploi chez le Dr Halder, un naturaliste comme son défunt père. Différence notable entre les deux : le père Wilson inventoriait les végétaux quand le Dr Halder s’occupe, lui, d’insectes. Dans la maison isolée où elle va dorénavant vivre et travailler, elle découvre un tout petit monde composé d’une gouvernante, de son mari, d’une jeune domestique, et surtout du très désagréable Dr Halder. Autour, quelques rares voisins (dont un paraît cinglé) , et quelques paroissiens côtoyés à l’office du dimanche. C’est tout. C’est peu. Et comme si ça ne suffisait pas, Sonia réalise vite que quelque chose (quoi au juste ?) n’est pas normal. Wolf Worm est le dernier roman de T. Kingfisher . C’est un Southern Gothic  réussi, à condition d’atteindre une assez forte suspension d’inc...

Black Hammer - Lemire - Emouvant et fin


Depuis une dizaine d'années, Abraham Slam et sa petite famille vivent paisiblement dans une petite ville rurale (du Midwest ou pas). Abe s'occupe de la ferme comme n'importe quel paysan américain, il a une petite amie du cru, et un rival amoureux en la personne de l'ex-mari d'icelle.
Mais, avant, dans une autre vie, Abe était bien plus que cela. Super-héros à la résistance inouïe, Abe a combattu les plus terribles super-vilains. C'est lors de son dernier combat, contre le terrifiant Anti-Dieu, qu'il s'est retrouvé projeté sans explication dans ce pocket space rural dont il ne peut sortir, en compagnie des autres héros qui combattaient à ses côtés.

Car avec Abe vit une étrange « famille » : Gail, dont le corps de petite fille abrite une femme cinquantenaire, Barbalien, un pacifiste martien (oxymore s'il en est), Captain Weird, qui vit en partie dans notre réalité et en partie dans la dimension spectrale appelée Para-Zone, Talky Walky, le robot intelligent du Captain, une sorte de Robby, cuistot comme l'original. Près de la ferme vit, dans sa Cabane des horreurs, la mystérieuse et inquiétante Madame Dragonfly. Non loin de la ferme se trouve la tombe de Black Hammer, qui a fait le voyage aussi mais n'y a pas survécu.

Dans la petite ville proche, personne ne sait quel étrange équipage compose la petite bande. Les identités secrètes sont dissimulées. On ne voit qu'une famille un peu bizarre, plutôt dysfonctionnelle (quelle famille ne l'est pas ?), conduite tant bien que mal par le « patriarche » Abe. Difficile de trouver sa place dans et hors du groupe quand on est déraciné et qu'on vit dans ses souvenirs.

Jeff Lemire est un grand scénariste de comic. Il sait comme personne croquer des weirdos et leur donner identité forte et personnalité touchante. C'est encore une fois réussi ici avec ce premier tome très émouvant qui rend un hommage amoureux aux comics de super-héros.

Chacun des exilés a son histoire et ses failles. D'Abe, qui voudrait que tout fonctionne au mieux ici et doit faire tenir ensemble des personnalités blessées, à Madame Dragonfly, qui pleure son amour perdu, en passant par le trouble identitaire de Gail entre autres, chacun des vieux héros a quelque chose à dire et beaucoup à régler pour espérer trouver un peu de paix et de sérénité. Sans compter la volonté toujours présente – mais pas chez tous – d'arriver enfin un jour à quitter ce lieu pour rentrer chez soi, à Spiral City. C'est bien fait, bien amené, fin et touchant.

Et puis, par-delà la force intrinsèque de cette histoire d'exil et de réinvention identitaire, il y a un hommage évident aux comics qui ont bercé l'enfance de tant de personnes. Un style graphique changeant d'épisode en épisode et qui rappellera des souvenirs à beaucoup, un Anti-Dieu qui ressemble à un croisement entre un Skrull et Thanos, un Abe mashup entre Cap America et Daredevil, un Black Hammer qui évoque les héros Marvel des 70's, un hommage explicite à Shazam, un autre au Captain Mar-Vell (jusqu'à l'amour perdu), un autre encore aux House of Mystery et au Swamp Thing, ou au Manhunter de DC (jusqu’au double nom). Il y a même un pseudo-Cthulhu !!!

C'est une belle histoire racontée par un amoureux des super-héros pour des amoureux des super-héros, une belle histoire secondée par des graphistes qui ont su trouver le ton visuel pour seconder la narration. Je ne peux que le conseiller vivement à la tribu des fans qui est aussi la mienne.
J'attend maintenant le tome 2, dans lequel le (des)équilibre sera bouleversé par l'arrivée inopinée de la fille d'un héros mort, d'autant que, comme toujours chez Urban, l'édition est de grande qualité.

Black Hammer t1, Origines secrètes, Lemire, Ormston, Stewart

Commentaires

Anonyme a dit…
Tiberix : J’allais t’écrire que tu devais lire cette BD. Le spin off avec Sherlock Frankenstein est tout aussi bon. Miam.
Gromovar a dit…
Les grands esprits, toussa. Et tu dois lire The Grocery.