Wolf Worm - T. Kingfisher

1899, Caroline du Nord. Sonia Wilson arrive à la gare de Siler - « le pays du mondialement célèbre Lapin de Chatham » . Après la mort de son père, avec qui elle vivait, cette femme célibataire vient prendre un emploi chez le Dr Halder, un naturaliste comme son défunt père. Différence notable entre les deux : le père Wilson inventoriait les végétaux quand le Dr Halder s’occupe, lui, d’insectes. Dans la maison isolée où elle va dorénavant vivre et travailler, elle découvre un tout petit monde composé d’une gouvernante, de son mari, d’une jeune domestique, et surtout du très désagréable Dr Halder. Autour, quelques rares voisins (dont un paraît cinglé) , et quelques paroissiens côtoyés à l’office du dimanche. C’est tout. C’est peu. Et comme si ça ne suffisait pas, Sonia réalise vite que quelque chose (quoi au juste ?) n’est pas normal. Wolf Worm est le dernier roman de T. Kingfisher . C’est un Southern Gothic  réussi, à condition d’atteindre une assez forte suspension d’inc...

Retour de chronique : The boat of a million years - Poul Anderson

Retour de chronique publiée dans Bifrost 75
"The boat of a million years" est un roman-fleuve de Poul Anderson, publié en 1989 et nominé la même année pour le Nebula du Meilleur Roman. Fleuve par le nombre des caractères qui le composent autant que par l’amplitude de temps qu’il aborde ; trop fleuve peut-être.

Trois ans après le succès du film Highlander, Anderson raconte son histoire d’immortels traversant les siècles sans prendre une ride. D’où leur vient ce don ? Mystère. Une combinaison hautement improbable de gènes est sans doute la cause d’une incapacité à vieillir qui ne protège pas, néanmoins, d’une mort violente ou accidentelle. Mais ni duel ni quickening ici. Les immortels découvrent un jour qu’ils ne vieillissent plus, et doivent s’adapter à une situation qui peut les mettre au ban de la société.
Le roman débute quand Hanno, marin phénicien déjà bien plus vieux que la normale, embarque avec Pythéas pour explorer le Nord ; puis le récit saute de siècle en siècle, jusqu’au XXème et au-delà, vers l’espace lointain et le premier Contact.

Au fil de ce temps long, le lecteur suit une poignée de personnages qui ignorent, pour la plupart, s’ils ont des congénères dotés du même étonnant pouvoir. De lieu en lieu et d’époque en époque, du Japon médiéval aux plaines à bisons d’Amérique, du Far West à Constantinople, de la Kiev russe à la Chine impériale en passant par les déserts arabes, le lecteur suit la quête d’Hanno qui, des millénaires durant, cherche ses semblables, et finit par les réunir au XXème siècle. Les huit partiront finalement pour les étoiles quand une humanité devenu post-humaine sombrera dans l’égotisme individualiste, n’offrant plus ni relation authentique ni espace sauvage à explorer ou à vaincre. Ils y rencontreront d’autres spatiopérégrins et trouveront une réponse au paradoxe de Fermi.

Au fil des pages, le lecteur découvre combien il est éprouvant de voir vieillir puis mourir ceux qu’on aime, et plus encore de réaliser que cette issue est inéluctable, qu’elle sera toujours la même ; éviter donc de s’attacher - même s’il est tout aussi difficile de rester solitaire pour l’éternité. Il voit la nécessité de changer régulièrement d’identité pour ne pas être inquiété – même si, hors des religions du Livre, l’immortalité est acceptée comme signe de sainteté et non commerce démoniaque.

Ceci lui est présenté par le biais d’une succession de récits courts, organisés chronologiquement, rapprochés parfois, espacés de plusieurs siècles d’autres fois. Puissants, religions, empires passent et disparaissent. Restent les immortels, et le commerce, qui irrigue tel un fluide vital l’organisme de la communauté humaine et en constitue le pouls. Chaque récit donne à voir, sentir, entendre la réalité d’un lieu et d’une époque. Et Anderson excelle dans cet exercice. On parcourt les rues de Massalia, de Constantinople, de Kiev, les plaines indiennes, les montagnes chinoises ; on est assailli par les sensations que distillent l’auteur. On y est presque physiquement ; c’est à cela que sert la littérature.

Mais ce luxe de détail et l’amplitude balayée se paient aussi. Au fil de la progression, la succession des vignettes, très peu liées, finit par lasser. Le passage du temps historique à celui de la SF donne une impression de déséquilibre, comme si on avait accolé deux textes ou si les deux premiers tiers du roman n’étaient qu’un interminable prologue au point véritable. Ce qui lie le tout, mis à part le libertarisme d’Anderson, c’est l’idée –illustrée déjà dans The Enemy Stars - que ce qui nous rend humain, c’est la soif d’exploration, la volonté de savoir ce qu’il y a de l’autre côté de la colline, même au péril de notre vie. Hanno est un navigateur, ce n’est pas un hasard. Pas un hasard non plus s’il quitte une Terre aseptisée pour aller naviguer sur les mers d’un monde à des milliards de kilomètres de sa Phénicie d’origine.

Un beau roman malgré sa longueur excessive et sa structure étrange.

The boat of a million years, Poul Anderson

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